Emploi : coup de chaud sur la centrale du Bugey

par | 13 septembre 2018 à 9H00

Préparé depuis 2014, le « grand carénage » du site nucléaire s’apprête à entrer dans la phase la plus active. Le point sur les actions conduites pour mener à bien ce programme industriel exceptionnel.

Programme industriel de 2,1 milliards d’euros destiné à prolonger la durée de vie de la centrale du Bugey, le « grand carénage » a démarré en 2014 pour s’achever en 2023, avec la visite décennale du dernier des quatre réacteurs du site. Mais, le gros de l’activité, c’est précisément ces visites décennales, dont l’essentiel aura lieu sur 22 mois, à partir de 2020. Un pic au cours duquel la centrale nucléaire accueillera 30 % de salariés et prestataires en plus, soit 4 000 personnes par jour, au lieu de 3 000 habituellement. Autant dire que ces quatre dernières années n’auront été, finalement, que des préparatifs et que le donneur d’ordre, EDF, se trouve maintenant au pied du mur. Aussi, un premier bilan a été dressé, mercredi 5 septembre, par le directeur de la centrale du Bugey, Pierre Boyer, la sous-préfète de Belley, Pascale Préveirault, et le préfet de l’Ain, Arnaud Cochet, à l’issue d’une réunion de l’instance de concertation avec le territoire.

« Cette instance réunit différents partenaires (les collectivités locales, le conseil régional, le conseil départemental, les communautés de communes concernées de l’Ain et de l’Isère, Plaine de l’Ain et Balcons du Dauphiné, la CCI et Pôle Emploi) autour de deux groupes de travail, rappelle le préfet. Le premier planche sur les problématiques d’emploi, de gestion des compétences, de gestion des ressources humaines, afin de trouver la main-d’œuvre nécessaire aux opérations du « grand carénage ». Le deuxième est davantage tourné vers les entreprises intervenantes et leur accompagnement en termes d’hébergement, de restauration et d’attractivité du territoire. Les salariés qui vont travailler sur le site, parfois pendant plusieurs mois, doivent être accueillis correctement et se sentir bien ici. »

Recruter

L’enjeu est important. « Le besoin en main-d’œuvre est assez exceptionnel. Il dépasse largement les capacités du bassin, note Arnaud Cochet. Il nous faut donc regarder parmi les chômeurs de l’Ain et des départements limitrophes de l’Isère et du Rhône, les personnes à recruter ou à former et réfléchir ensuite à la fidélisation de cette main-d’œuvre sur le bassin, soit chez les intervenants du nucléaire, soit au sein d’entreprises plus traditionnelles. » Les marchés sont déjà passés, souvent avec des entreprises nationales spécialistes du nucléaire. Mais, celles-ci doivent à présent trouver des ressources sur place, des salariés et des sous-traitants. « Ce programme industriel est une chance pour le territoire, à condition de ne pas perturber une économie locale déjà florissante », ajoute Pierre Boyer. Car si les besoins sont importants, ils ne sont pas nécessairement spécifiques. « Les gens pensent que la centrale n’emploie que des profils hautement qualifiés. Il nous faut faire sauter ce verrou psychologique qui freine les candidatures. Oui, certains de nos métiers sont très techniques, mais nous avons également des besoins sur des postes peu qualifiés », souligne le directeur.

Le « grand carénage » consiste en trois types d’activités : la rénovation ou le remplacement de gros composants arrivant en fin de vie technique, la réalisation des modifications nécessaires à l’amélioration de la sûreté — dont les modifications post-Fukushima — et l’assurance de la pérennité des matériels au-delà de 40 ans. « C’est un défi industriel qui impose de trouver des ressources en termes d’activités et d’emplois, un défi technique et logistique avec de grosses opérations de maintenance, un défi humain générateur de 110 000 emplois nouveaux à l’échelon de la filière, un défi financier de l’ordre de 47 milliards pour l’ensemble du parc, dont 2,1 milliards d’euros pour Bugey, et un défi de territoire puisque la centrale n’est pas un élément isolé, énumère Pierre Boyer. Nous devons être prêts pour les visites décennales. »

Accueillir

Mais, face à ces enjeux, le préfet note un engagement et une forte mobilisation des partenaires grâce auxquels des résultats concrets ont été obtenus. « Nous avons mis au jour notamment des solutions d’hébergement, relève Arnaud Cochet. Les capacités d’accueil du bassin ont été largement augmentées, grâce à des solutions publiques et privées. » Ceci a été rendu possible par un travail de recensement des hébergements disponibles, réalisé au printemps dernier. Quelque 850 hébergeurs potentiels, présents dans un rayon de 40 km et 45 minutes autour de la centrale du Bugey, ont été invités à une réunion publique. Depuis, la plateforme qui liste les solutions disponibles s’enrichit de jour en jour. Leur nombre a augmenté de 19 %, de 520 à 618. Une autre action a consisté à donner de la visibilité à l’offre de restauration disponible, tandis qu’une nouvelle cantine est en cours de création sur le site nucléaire.

Comité de concertation centrale du Bugey ©EDF

Lors de la dernière réunion du comité de concertation, mercredi 5 septembre.


La quête éperdue des emplois à pourvoir

De nombreuses actions sont conduites pour répondre aux besoins de recrutement de la centrale du Bugey, sans déshabiller Pierre pour habiller Jacques.

La première action du groupe de travail sur l’emploi aura consisté à évaluer le besoin en main-d’œuvre et à plancher avec Pôle Emploi et la Région sur le recrutement et la formation des futurs intervenants. Une plateforme d’emploi a été mise en place qui va au-delà de l’Ain, sur les territoires de l’Isère et du Rhône. Et celle-ci semble porter ses fruits. Les entreprises General Electrics et Comi lui ont ainsi transmis leurs besoins pour l’année 2018, 17 postes pour la première, 15 pour la seconde. Tous sont aujourd’hui pourvus, tandis que Comi lance une session de recrutement en ce début septembre, pour 12 postes en contrat de professionnalisation. « Ce galop d’essai confirme la pertinence de notre organisation », commente Pierre Boyer, directeur de la centrale. Pour 2019, GE a identifié 20 postes et prévoit 40 places en formation continue sur l’Ain et l’Isère. Comi envisage d’embaucher 45 personnes, avec des formations d’adaptation aux postes de trois mois.

Par ailleurs, grâce à l’investissement du conseil régional, un CFA hors les murs des métiers du nucléaire accueille sa première promotion, 60 élèves, en cette rentrée. Il conduira par la suite, chaque année, 230 élèves vers un bac +2 en électrotechnique, chaudronnerie et logistique. « Ces différents dispositifs s’accompagnent d’opérations de communication auprès de la population et particulièrement des jeunes, pour faire connaître le « grand carénage » et ses besoins, y compris dans les métiers hors du nucléaire », note la sous-préfète de Belley, Pascale Préveirault, qui salue la dynamique créée par les groupes de travail entre les différents acteurs de l’emploi et de la formation.

Au-delà des enjeux de recrutement et de formations des personnels, se pose la question de la coordination des différents intervenants sur le site. Un bâtiment maquette, reproduisant les différents équipements de la centrale du Bugey, est donc en cours de construction. Chacun pourra s’y exercer aux différents aspects du chantier, y compris logistiques.

2,1

C’est en milliards d’euros, le montant des investissements engagés sur la centrale du Bugey pour prolonger la durée de vie du site nucléaire au-delà des 40 ans envisagés à sa création.

4 000

C’est le nombre de personnes qui travailleront quotidiennement sur le site, au plus fort de ce chantier qui s’étale sur la période 2014-2023.

Sur la route aussi…

Accueillir 4 000 personnes par jour sur la centrale nucléaire, c’est aussi répondre à des enjeux de circulation et de stationnement. « Les études conduites n’indiquent pas de saturation à prévoir des axes routiers, mais une fluidité moindre, en particulier aux heures de pointe », souligne le directeur du site, Pierre Boyer. Le nombre de places aux abords de la centrale du Bugey va donc être augmenté par la création d’un parking supplémentaire de 1 100 places. Une réorganisation de la circulation en sens unique sur les parkings et l’installation de panneaux signalant le nombre de stationnements disponibles visent à éviter les flux parasites d’automobilistes tournant à la recherche d’une place. L’aménagement d’une deuxième entrée doit également participer à fluidifier le trafic. Enfin, une réflexion est en cours pour développer les solutions de transport groupé, covoiturage et auto-stop, notamment.


Des rencontres BtoB

Des rencontres ont eu lieu avec les entreprises prestataires désignées par EDF pour le « grand carénage », afin de lister leurs besoins en compétences et les mettre en relation avec des sous-traitants locaux. Dans ce cadre, un forum BtoB est organisé par la centrale, le 11 décembre.


Par Sébastien Jacquart

Sur le même sujet :

La poursuite d’activité de la centrale nucléaire du Bugey au-delà de 40 ans s’organise (archives 2017)

La présentation de la centrale du Bugey sur le site internet d’EDF.

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bourse : tout voir >

PUBLIEZ VOTRE ANNONCE LÉGALE EN LIGNE

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

-3,4 % : ce chiffre d’affaires des entreprises industrielles continue de reculer en 2025 en Savoie Mont Blanc et ce, pour la 3e année consécutive.

ABONNEZ-VOUS

10.90€ / mois
Paiement CB sécurisé
Déblocage immédiat
Tous les contenus premium
Résiliable à tout moment

À lire également :

Un nouveau modèle immobilier pour les hôpitaux suisses ?

Face aux besoins croissants d’investissement dans les infrastructures de santé, un nouveau modèle immobilier se développe en Suisse, consistant à dissocier la propriété des bâtiments de l’exploitation médicale pour permettre aux hôpitaux de se concentrer sur leur...

Savoie : la station thermale de La Léchère en mauvaise forme

Dans un récent rapport, la Chambre régionale des comptes pointe la situation financière dégradée des thermes de La Léchère et des irrégularités. Les thermes de La Léchère (2 500 habitants) ont vu leur état de santé s'aggraver avec la crise sanitaire. Gérés par la...

Cédric Lieudenot, dirigeant de Cosea

Ain : Cosea toujours plus spécifique

En filialisant ses activités de transport et de stockage, l’entreprise libère de l’espace sur son site de Viriat, afin d'accompagner le développement de marchés à forte technicité. Entreprise de traitement de surface pour le nucléaire, l’industrie, les structures...

L’équipe de Didier Signalétique. © Didier Signalétique

Ain : Didier Signalétic rejoint Scadra Group

Fondé en 1975 à Bourg-en-Bresse par Norbert Didier, le leader burgien de la signalétique a officiellement changé de mains le 8 janvier dernier. À la suite de discussions engagées à l’initiative de Scadra Group, spécialisé dans les services aux industriels, Béatrice...

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire (chaque lundi à 7H00)

Linkedin

Suivez-nous sur nos pages Linkedin dédiées à l'économie de vos territoires

Abonnement

Restez informé.e en vous abonnant à nos publications économiques

Annonce légale

Devis instantané, publication et attestation sans délai, paiement CB sécurisé