Loi Egalim et réflexions autour de la PAC ont animé les débats de la traditionnelle conférence agricole à l’initiative du Département, le 26 octobre.
Initiés par le président Macron, les États généraux de l’alimentation (Egalim), de juillet à novembre 2017, ont été marqués par des rencontres fructueuses entre les maillons de chaque filière. Votée le 2 octobre dernier, la loi Egalim vise un meilleur équilibre des relations commerciales dans les secteurs de l’agriculture et de l’alimentation, mais aussi un approvisionnement équilibré, sain et accessible à tous.
Concernant le volet économique, les objectifs sont pluriels. Désormais, le prix référentiel sera basé sur celui des coûts de production. Le but étant d’éviter la guerre des prix qui paupérise les filières. Le sujet a été longuement évoqué lors de la conférence agricole annuelle organisée par le Département, le 26 octobre, à Saint-André-de-Corcy. Au cœur des débats, la Politique agricole commune (PAC), dont le cadre financier pluriannuel post 2020 a été établi au mois de mai. Contrairement au début des années 2000, l’agriculture se retrouve au troisième rang des priorités européennes pour la période 2021-2027.
Dans un contexte où l’euroscepticisme gagne du terrain (le Brexit devrait se concrétiser en mars 2019), la part de l’agriculture dans le budget de l’Union Européenne ne représentera plus que 27 % (prévision 2027) contre 66 % dans les années 1990.
Débats
« Nous avons le sentiment que les États généraux de l’alimentation se traduisent par des perspectives qui semblent plutôt aller dans le bon sens notamment en fixant le prix des produits agricoles à partir du coût de revient, a réagi Jean-Yves Flochon, vice-président du Conseil départemental. C’est l’esprit de la loi. Au niveau européen, l’agriculture était jusque-là fortement soutenue, mais le combat politique qui s’engage est loin d’être facile, notamment avec les élections européennes au mois de mai. Nous ne sommes plus tout à fait certains que l’agriculture figure parmi les objectifs de l’Europe, et cela est inquiétant. »
Selon Adrien Bourlez, président de la FDSEA de l’Ain, l’enjeu des États généraux est la recherche du prix et de la matière première. « Nos revenus sont composés à 80 % voire 100 % de la PAC. C’est la réalité économique ! avance Adrien Bourlez. Malheureusement, lorsque l’on prend connaissance des annonces de l’Europe concernant le budget de la PAC, nous sommes quelque peu préoccupés. En Auvergne-Rhône-Alpes, le bassin de consommation est exponentiel et le territoire est dynamique. Toutefois, alors que nous produisons de la matière première alimentaire, nous n’arrivons pas à nous dégager un revenu. Notre modèle économique ne nous permet pas de vivre correctement. Les États généraux devaient repenser la création de richesse afin de la redistribuer aux producteurs, les citoyens devant contribuer davantage à la caisse pour leurs besoins alimentaires. Il faut déterminer un prix justifiant un coût de production qui inclut la rémunération des producteurs. »
Du bio et du local à la cantine
La loi Egalim mentionne également la restauration collective qu’elle soit publique ou privée. Elle se voit imposer un objectif de 50 % de produits locaux ou de qualité (Label Rouge, AOP, AOC, par exemple) d’ici 2022, avec une part d’au moins 20 % en bio.
« Nous n’avons pas attendu la loi Egalim pour proposer du bio à la cantine, a réagi Charles de la Verpillière, député de la 2e circonscription de l’Ain depuis 2007. Le caractère local des produits compte beaucoup, c’est évident. Le débat aurait dû être avant tout économique sur le rééquilibrage des rémunérations respectives des producteurs, des transformateurs et des distributeurs entre autres, mais celui-ci a été déplacé sur le terrain environnementaliste. Dans la Plaine de l’Ain, on remplace les pompages de la nappe par des pompages issus du Rhône, cela illustre déjà une action environnementaliste. Cette loi Egalim est sans doute une occasion manquée. »

La conférence agricole s’est tenue à la salle des fêtes de Saint-André-de-Corcy.
Axes
Au programme de la conférence agricole, des échanges autour de l’accompagnement des agriculteurs, la maîtrise de l’eau et la préservation des sols, les enjeux environnementaux tout en préservant la rentabilité des exploitations, le développement de l’alimentation de proximité, suivi d’un focus sur le tourisme à travers la promotion des produits locaux.
4 090
C’est le nombre d’exploitations dans le département. L’agriculture génère 15 % de l’emploi dans l’Ain, soit 32 000 emplois et 681 millions d’euros de recettes, pour la production agricole.
1 400
C’est le nombre d’exploitations produisant au moins un produit sous signe de qualité. Les labels et certificats de conformité sont nombreux et 180 exploitations sont certifiées en Agriculture biologique.
Convention pour l’électrification des projets agricoles
La conférence agricole a été rythmée par la signature d’un accord-cadre sur l’électrification des exploitations agricoles. « Alors qu’aucun accord n’avait été obtenu jusque-là, il était difficile de s’y retrouver pour les agriculteurs qui souhaitent réaliser de nouveaux bâtiments ou électrifier des parcelles, a indiqué Jean Deguerry. La session du département lundi 22 octobre a permis de voter une répartition financière de prise en charge de ces travaux avec le concours du SIEA (président Walter Martin) et l’intercommunalité ou la commune. Je suis certain que ce protocole de financement saura être au service des exploitants, et capable d’accompagner au mieux les projets et les développements. »
Le Département au chevet des agriculteurs
Jean Deguerry est revenu sur l’incendie de l’abattoir Gesler.
« Cet état d’esprit d’être au plus près des élus et des agriculteurs, je le cultive et je le maintiens, a affirmé Jean Deguerry, président du Département. C’est ainsi que je me suis déplacé le 30 septembre à Hotonnes dans le massif du Haut-Bugey, avec Damien Abad et Laurent Wauquiez sur le site encore fumant de l’abattoir Gesler. Cet incendie criminel est évidemment dans toutes nos têtes et vous pouvez compter sur ma détermination et ma volonté pour trouver les coupables et punir ces irresponsables. Cet acte m’est insoutenable car il met au chômage technique 80 personnes, et visait un employeur important. » L’incendie criminel de l’abattoir Gesler le 28 septembre, perturbe le réseau d’élevage et d’approvisionnement local. Le Département étudie actuellement avec la région Auvergne-Rhône-Alpes, la possibilité d’aider les éleveurs qui subissent les pertes d’exploitation liées au transport des bêtes vers d’autres abattoirs. « Damien Abad proposera la création d’une commission d’enquête à l’Assemblée nationale pour lutter contre les activistes antispécistes violents et aborder la question de la liberté alimentaire », a ajouté Jean Deguerry.
À la suite des nombreux aléas climatiques survenus dans le département l’an dernier (grêle, gel tardif, sécheresse en Dombes), les dégâts causés ont été importants pour les exploitants agricoles. « Lors de la dernière conférence agricole, nous avions posé les bases d’une réflexion à long terme pour des réponses pérennes, a rappelé le président du Département. Cette année encore, le manque d’eau sur le département est criant. Au-delà de la ressource en eau potable et des conséquences pour la population, la situation est jugée critique : les trois quarts du département sont placés en crise, l’autre quart en alerte. Le prix du fourrage est passé de 70 euros à 200 euros la tonne, rendant encore plus difficile l’équilibre financier des exploitations. » En 2018, le Conseil départemental a consacré 7,6 millions d’euros à l’agriculture, au tourisme et à l’attractivité des territoires.
Par Sarah N’tsia









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