AboutGoods Company explose dans ses murs

par | 23 Mar 2018

Active dans le secteur de la « Market intelligence », la start-up annécienne AboutGoods Company retraite les données des consommateurs à partir  de la photo d’un ticket de caisse. Son équipe d’ingénieurs et de chercheurs, en plein essor,  lui permet de mettre en oeuvre une stratégie dite du Cheval de Troie, au moyen notamment de l’intelligence artificielle.

« About Goods Company a doublé le nombre de ses collaborateurs en 2017, comme déjà en 2016. Ce sont  des ingénieurs, des chercheurs et doctorants, qui travaillent tous sur des sujets très complexes » a expliqué récemment René Le Caignec,  créateur et dirigeant de la start-up annécienne, en présentant un bilan  de l’année écoulée et des perspectives ambitieuses.

Elle s’installe dans quelques jours dans de 240 mètres carrés flambant neufs, au cœur des Papeteries (voir aussi Eco Savoie Mont Blanc du 23 mars), car la société explose, pour l’heure, dans ses murs actuels.

About Goods va pouvoir intégrer des locaux plus en adéquation avec sa forte croissance. Toujours au sein des Papeteries Image Factory.

Croissance exponentielle

René Le Caignec, son dirigeant, table pour 2018 sur un chiffre d’affaires de 800 000 euros au moins, après 500 000  euros en 2017 et 200 000 euros en 2016. Une croissance exponentielle, avec un résultat net qui atteindra 250 000 euros si l’activité grimpe à 1 million d’euros en hypothèse basse, voire 2 millions d’euros en, en hypothèse haute. Un essor à grandes enjambées qui se traduit aussi en nombre de collaborateurs, passé à 20 en cinq ans à peine, alors que 4 nouveaux talents sont attendus sous peu.

About Goods Company (ABC) est positionnée avec succès sur le secteur de la Market intelligence qui permet aux grands comptes qui sont ses clients, les entreprises de la grande consommation et du commerce, de prendre de meilleures décisions grâce à la livraison d’informations données via… un ticket de caisse. « Toutes les technologies  existantes sont utilisées : les applis mobiles, le cloud, le big data, le data board, l’intelligence artificielle (IA), afin d’aider nos clients à la décision », poursuit René Le Caignec.

Raffiner les données de consommation

Le rôle d’ABC est de raffiner ces données et de permettre à ses clients d’en tirer parti. En toute confidentialité pour le consommateur encouragé via une appli à photographier son ticket de caisse dont l’analyse, contrairement à la simplicité apparente de l’objet, est très complexe.

« Ce n’es pas évident  pour un cerveau humain, et c’est très compliqué pour un robot », image le patron d’About Goods Company », soulignant qu’il y a beaucoup d’enjeux et d’informations à traiter, partout dans le monde.

Questionnaires aux consommateurs, agrégateur de factures, … tout passe par le SDK (Source software development kit) d’About Goods Company, qui est au cœur du système dans le cadre de sa stratégie dite du Cheval de Troie.

L’intelligence artificielle, et surtout celle de son équipe, permet à la société annécienne d’interpréter, en clair, la sémantique du contenu du ticket. Puis les données sont stockées dans une base de données afin de suivre pas à pas  – mais dans le respect de sa vie privée – chaque consommateur. On imagine aisément comment la grande distribution, et plus généralement le commerce, tire profit de ces informations comportementales et tendancielles  dans un pays donné.

Les Papeteries à Cran. Crédit photo : Annecy French Tech.

Un nouveau concept : About Me

« Les outils que nous développons permettent de passer d’une information en liste à une information structurée et comparable. On peut voir d’un consommateur à l’autre si des écarts importants existent. Chacun d’entre nous peut faire l’analyse de sa propre consommation ». Pour cibler cette information, la société annecienne développe un concept dénommé « About me ».

Pour l’aider dans sa démarche d’innovation, elle a le soutien de deux partenaires  très actifs sur le marché de l’innovation, l’IRI, numéro 5 mondial du secteur des études de marché présent dans quelque 20 pays dans le monde, et Mediapost, la filiale digitale du groupe La Poste, qui a elle seule doit traiter 15 000 tickets de caisse par jour ! « Nous sommes en train d’entrer dans une phase  industrielle avec Mediapost, avec un traitement automatique des données au moyen notamment de l’IA », indique René Le Caignec.

Tirer des bords pour gagner de l’argent

Alors comment un tel développement a-t-il été possible ?

« Si l’on était installé aux Etats-Unis, About Goods Company aurait normalement perdu de l’argent pendant trois ans,  mais ici tout est différent. Nous avons trouvé du business pour vivre et développer en parallèle nos technologies. Notre stratégie a consisté à tirer des bords, quitte parfois à s’écarter beaucoup de notre cible », reconnaît le marin breton qui dirige la société.

Mais il a dû pour cela entamer de longues discussions avec ses partenaires bancaires. Il verrait bien aujourd’hui des spécialistes du venture-capital (capital-développement) s’intéresser à la belle croissance de cette jeune société dont l’ambition est d’aller plus loin encore, et  surtout plus vite, pour faire face aux attentes en plein essor de sa clientèle.

Une partie de l’équipe actuelle d’About Goods.

Annecy : un écosystème minuscule !

Elle vient d’ailleurs de créer sa première filiale à Madrid dans un lieu qui héberge 400 start-up, sous l’égide du groupe We Work présent partout sur la planète.

« L’écosystème annecien est minuscule par rapport à celui de villes comme Paris, Lyon ou Grenoble ! Il faut pour cela au minimum une centaine de start-up, des cabinets d’experts-comptables, des experts, des banques actives et à l’écoute…, pour qu’un véritable effet réseau puisse se mettre en action ».

Positionnée sur un marché par essence mondial, et en compétition avec les spécialistes des leaders  mondiaux sur le marché de la donnée, About Goods Company développe ses propres applis mobiles, en coopération avec d’autres spécialistes. Elle assure aux consommateurs une parfaite confidentialité, mettant en œuvre une démarche éthique basée sur l’anonymat, laissant à chacun le choix de consulter à tout moment ses propres données en temps réel, de les modifier, voire de les supprimer.

Dupliquer un modèle leader en France

« L’idée est d’aider chacun à terme à consommer plus juste,  et par exemple, de réduire le gaspillage alimentaire grâce une analyse de sa propre consommation», explique le dirigeant d’ABC, dont l’entreprise maîtrise plusieurs technologies dernier cri.

Après la première ouverture d’un bureau en Espagne, placé sous la férule d’Antonio Irusta depuis janvier, About Goods Company, entend dupliquer son modèle – encore leader en France – d’un pays à l’autre. Certains marchés matures tels que la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie, le Bénélux, l’Autriche, la Scandinavie,  et la toute proche Suisse sont, dans son prochain viseur. La société mise en parallèle sur des pays émergents tels que la Pologne, la Slovaquie, la Hongrie.

Après le test espagnol, ABC investira ses forces vers le marché nord-américain, puis l’Asie et notamment la Chine.

«Nous avons pour cela de gens qui nous accompagnent pour nous aider à investir, nous sommes encore trop petits pour répondre aux attentes des grands acteurs de la consommation, des marques mondiales telles que Nestlé ou Unilever».

Au sein des Papeteries Image Factory, le bâtiment totem de l’a filière image animée et nouvelles technologies à Annecy.

Mutualisation autour de la French Tech

Comment mettre du carburant pour faire décoller plus vite la fusée ?

«En comparaison, il faudrait un système un peu semblable à celui de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), un écosystème en soi avec des grands entreprises qui viennent en soutien à une myriade de start-up »  explique celui qui a longtemps travailler en Suisse, et en connaît l’efficacité.

« Nous regardons aussi de près ce qui se passe en Israël, à Tel Aviv, et bien sûr dans la Silicon Valley. Ce n’est pas gagné encore à Annecy !», estime René Le Caignec.

Et de nuancer son propos en précisant qu’il faut « un lieu fédérateur à l’image de celui des Papeteries, et surtout un alignement de pensées  qui se mette en place grâce à la French Tech in the Alps, entre Annecy, Chambéry, Grenoble et Valence ».

Il prône enfin que le monde politique s’ouvre plus encore à cette stratégie de conquête, avec une « vraie volonté de synergie et de mutualisation » et que les banques accompagnent plus vite et mieux les start-up à l’ambition mondiale.

Réveiller les consciences

« Il y a cinq ans, j’ai trouvé 50 000 euros auprès d’Initiative Grand Annecy, et un soutien de BPIFrance… Mais c’était assorti d’un nantissement du fonds de commerce », rappelle le dirigeant d’About Goods Company, qui voit aujourd’hui certains lui dérouler le tapis rouge, sans lui demander de caution.

Et de rappeler aussi, lors de cette présentation, l’importance pour l’écosystème français du crédit impôt-recherche, qui a boosté bien des projets, et continue de le faire.

La transition numérique et digitale des entreprises, à marche forcée pour certaines, est bien partie. Le moment pour une réflexion adaptée sur un pôle métropolitain annécien, permettrait, selon lui, et quelques autres, de réveiller une belle endormie sur les lauriers de son passé.

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