Hausse du prix des matières premières et des engrais, sécheresses et canicules, concurrence impitoyable… l’agroalimentaire fait face à de nombreuses contraintes et menaces qui impactent les marges des producteurs et des industries.
Impossible pour l’instant de mesurer précisément l’impact de la fermeture du détroit d’Ormuz sur le prix des engrais, tant le conflit Iran- USA reste imprévisible. Face à cela, les ministères de l’Agriculture et de l’Industrie ont annoncé en juillet un plan d’urgence de 107 millions d’euros pour les agriculteurs, assorti d’une stratégie de souveraineté. Mais sur le terrain, c’est surtout la sécheresse qui inquiète, avec ses effets sur la campagne agricole en cours du 1er juillet 2026 au 30 juin 2027 et la suivante.
Le coût des canicules
« Cette situation a des répercussions directes sur les transformateurs, qui doivent absorber ces contraintes, et in fine, sur le consommateur », résume Carole Perrier, déléguée générale d’Aria Auvergne Rhône- Alpes. Qui paie ? « En partie l’industriel, en partie le consommateur », sans oublier des agriculteurs aux marges toujours plus étroites. À cela s’ajoutent la dépendance aux cours mondiaux (blé notamment) et une concurrence internationale non soumise aux mêmes normes sociales et environnementales. Autant de freins à l’investissement et à la compétitivité des industriels français.
L’agroalimentaire d’Auvergne Rhône-Alpes illustre bien cette tension : 650 entreprises, 970 établissements, plus de 21 milliards d’euros de chiffre d’affaires (10 % du total national), 43 300 salariés (11,2 % de l’emploi manufacturier régional). Entre 1990 et 2022, quand l’industrie manufacturière classique perdait 27 % de ses effectifs, l’industrie agroalimentaire régionale en gagnait 26 %. Attention toutefois à la hausse récente du chiffre d’affaires (+11 % en 2021-2022, +9 % en 2022-2023) qui reflète surtout l’inflation alimentaire, pas les volumes. L’export, lui, ne pèse que 13 % du chiffre d’affaires régional.

Croissance en trompe-l’œil
Cette industrie s’appuie sur une agriculture parmi les plus riches de France : 4e région agricole nationale, 2,9 millions d’hectares de SAU, plus de 41 000 exploitations. L’élevage structure le territoire (3,56 milliards d’euros de production animale en 2024), aux côtés de productions végétales diversifiées (3,33 milliards d’euros), notamment dans la vallée du Rhône. Un atout que la filière veut mieux valoriser, alors que la souveraineté alimentaire s’affirme comme priorité nationale.
L’agroalimentaire gagne 1 750 emplois en Savoie Mont Blanc depuis 2019
La filière agroalimentaire a créé près de 1 750 emplois en Savoie Mont Blanc entre 2019 et 2025. Elle rassemble désormais plus de 12 200 salariés, dont 4 500 en Savoie et 7 700 en Haute-Savoie, soit des progressions respectives de 18 % et 16 %. L’activité est présente dans plus d’une commune sur deux et les effectifs augmentent dans les deux tiers des territoires concernés. Troisième force industrielle des Pays de Savoie, l’agroalimentaire représente 18,6 % des emplois industriels savoyards et 16,4 % des effectifs haut-savoyards.
La croissance est notamment portée par les eaux de table, les glaces, la bière et les plats préparés en Savoie, ainsi que par les boissons, le malt, la biscuiterie, la conservation des légumes et la transformation du thé et du café en Haute-Savoie. Les performances commerciales restent cependant très contrastées : en 2025, la Savoie affiche encore un déficit agroalimentaire de 1,5 million d’euros, malgré une amélioration de 5,5 millions d’euros en un an, tandis que la Haute-Savoie dégage un excédent de 257,2 millions d’euros, largement soutenu par les exportations de boissons.

Mathilde Darfeuille et Groupe Ecomedia
Cet article est issu de notre Panorama économique Industrie 2026, disponible au format liseuse en ligne ou au format papier.









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