Ain : Alexia Pittier, « On a le droit de rêver autant que les valides »

par | 27 mai 2026

Athlète de para-dressage portée par les Jeux de Paris 2024, Alexia Pittier poursuit son rêve de haut niveau malgré une maladie dégénérative qui bouscule son quotidien. Entre résilience et inclusion, elle raconte comment le sport est devenu un moteur pour faire bouger les lignes. Interview.

Votre discipline, le para-dressage, reste peu médiatisée. Comment vivez-vous cela ?

Le para-dressage reste une discipline encore peu connue et le paralympisme en général manque de visibilité. En tant qu’athlètes, on essaie vraiment de faire bouger les lignes. Aux Jeux de Paris 2024, on a senti un vrai engouement : le public était présent, curieux. Cela nous a portés. Mais, il reste encore beaucoup à faire pour que notre sport soit reconnu à sa juste valeur. Cette année, je suis engagée pour les championnats du monde qui se dérouleront du 17 au 23 août à Aix-la-Chapelle, en Allemagne, toujours avec mon cheval extraordinaire, Sultan 768.

À quel moment avez-vous compris votre maladie ?

Je suis atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Tooth (CMT), une affection génétique dégénérative qui touche les nerfs périphériques. Elle a été diagnostiquée quand j’avais trois ans. Cette pathologie entraîne une perte de force musculaire dans les jambes, les bras, les mains. Et elle est très douloureuse. L’adolescence a été la période la plus difficile, avec de nombreuses interventions, dont une arthrodèse destinée à limiter la déformation de mes pieds.

Quels ont été vos débuts dans le sport ?

J’ai essayé le tennis et la danse, mais physiquement c’était trop difficile. Je me suis naturellement tournée vers les chevaux : je montais à poney dès l’âge de 5 ans et j’ai eu ma première jument à 14 ans. J’ai d’abord fait de l’obstacle, puis du dressage. Avec l’évolution de la maladie, j’ai progressivement été orientée vers le para. Ma maman m’a beaucoup soutenue. Puis mon compagnon, Jordan Brenier, qui est aussi mon groom, m’accompagne aujourd’hui au quotidien.

Vous avez beaucoup voyagé. Pourquoi autant de déplacements ?

J’ai vécu en Espagne, puis en Savoie et Haute-Savoie. Avec Jordan, nous sommes partis au Portugal pour nous entraîner intensivement avec Pedro Mendes. Avant les Jeux de Paris, nous avons rejoint un centre de préparation en Essonne, puis les Yvelines. Nous voulions ensuite revenir en Auvergne-Rhône-Alpes, dans un lieu stratégique pour nos déplacements en Europe. Depuis février 2026, nous sommes installés dans l’Ain, à Bâgé-Dommartin, chez Perform’Ain Dressage, dirigé par Candice Jammet.

Quels sont vos projets ?

Je suis en recherche de partenariats pour nous accompagner jusqu’aux Jeux paralympiques de Los Angeles 2028. Nous avons des soutiens du milieu équestre, mais pas de partenaires financiers. La Fédération française d’équitation et la Maison de la performance en Auvergne-Rhône-Alpes nous appuient, mais le coût des chevaux reste très élevé. Avec l’évolution de la maladie, je ne peux plus tout gérer seule. Jordan n’a pas encore de statut officiel. Et nous travaillons aussi à faire reconnaître son rôle de chef d’écurie.

Vous serez l’invitée d’une soirée immersive, le 4 juin à Bourg-en-Bresse, sur le handicap, le rebond et la performance. Quel message souhaitez-vous transmettre ?

Le sport et le handicap parlent à tout le monde. Pour moi, l’inclusion, c’est offrir à chacun la même chance. Grâce aux Jeux paralympiques, nous pouvons concourir comme des athlètes de haut niveau, au même titre que les valides. En entreprise, cela passe aussi par des adaptations qui permettent à chacun d’être autonome. Le sport montre le dépassement de soi, la capacité à avancer et à rêver, même quand c’est difficile. Le partage reste essentiel. Et l’impact, c’est la résilience.

Alexia Pittier : bio Express

  • 27 novembre 1992 : Naissance à Sierre, dans le canton du Valais (Suisse).
  • 2016 : Enseignante d’équitation en Haute-Savoie.
  • 2019 : Premiers internationaux en para-dressage.
  • 2024 : Jeux paralympiques de Paris en para-dressage, elle se classe 7e en individuel avec son cheval Sultan 768 et 5e par équipe.
  • 2025 : Championne de France et championne d’Europe en individuel de para-dressage avec Sultan 768.
  • 2026 : Engagée pour les Mondiaux d’août à Aix-la-Chapelle, en Allemagne.

Carole Muet

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