Fondée en 2018, la société développe des solutions de confinement ultra-critiques pour hôpitaux et industries.
L’hantavirus qui s’étend, Ebola de nouveau présent au Congo, le Covid encore dans les mémoires. Les virus aéroportés ne sont pas une fiction. Selon Guillaume Ribot, cofondateur d’Aspida, « 7 % des patients en France rentrent à l’hôpital et contractent une infection au sein de l’établissement ». Ce chiffre, pointé par un rapport de la Cour des comptes publié le 26 avril dernier, évalue le coût des infections nosocomiales entre 2 et 5 milliards d’euros par an.
C’est précisément cette réalité qu’Aspida s’est donnée pour mission de combattre. Tout commence bien avant la création de l’entreprise. Guillaume Ribot, ingénieur grenoblois spécialisé en ultra-propreté, et John Mumford, franco-britannique formé aux environnements nucléaires critiques, se croisent au sein de la société Clean Air Technologies, où ils cogèrent pendant huit ans l’entité française.
Ensemble, ils travaillent sur des projets hors normes : l’arche de Tchernobyl, des laboratoires P4 en Suisse et en Angleterre, le site de démantèlement d’armes chimiques de l’armée française. « Nous avons montré que l’on possédait une expertise dans ces domaines pointus », résume John Mumford.
De l’espace à l’hôpital
Le déclic survient en 2016, lors d’un projet pour les Hospices Civils de Lyon — une chambre Ebola pour le pôle des maladies infectieuses. « Plus nous avancions, plus nous comprenions que l’hôpital n’avait pas les mêmes cadres normatifs que les laboratoires. Là où un labo est soumis à des obligations strictes, l’hôpital fait au mieux avec le budget qu’on lui donne », explique Guillaume Ribot.
En fin d’année 2018, ils quittent Clean Air Technologies et fondent Aspida. Dès ses débuts, l’entreprise cultive une double activité – médicale et industrielle – qui lui forge une crédibilité rare. Côté industrie, la PME accompagne des projets spatiaux pour Ariane Group et l’Agence spatiale européenne, contribue à la conception de bâtiments pour accueillir des échantillons revenant de Mars, et développe une brique technologique clé pour Sanofi.
Côté santé, le produit phare est saisissant : un système mobile capable de convertir une chambre hospitalière conventionnelle en salle aussi propre qu’un bloc opératoire, en seulement 48 heures. « La technologie peut rester au même endroit ou se déplacer au gré des évolutions de l’établissement. Ça apporte de l’agilité à un parc immobilier vieillissant, réduit l’impact environnemental et coûte bien moins cher qu’une reconstruction », détaille le cofondateur grenoblois.
À la clé : jusqu’à 70 % de consommation énergétique en moins. Le système a déjà été déployé dans une quinzaine de chambres à l’hôpital de référence de Melbourne.
Cap sur 2030
Après trois ans à Reyrieux, Aspida inaugurera le 11 juin ses nouveaux locaux à Trévoux, en présence du maire et de représentants locaux. Un déménagement stratégique, soutenu par le Département de l’Ain et la communauté de communes Dombes-Saône-Vallée, pour un investissement total de 1,5 million d’euros.
Depuis leur création, les deux cofondateurs affichent une croissance à deux chiffres année après année. Leur récent référencement sur les portails d’achats publics nationaux lève l’un des derniers verrous à leur déploiement dans les établissements de santé français. Portés par un marché hospitalier en croissance exponentielle et soutenus par la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la BPI et la communauté de communes Dombes-Saône-Vallée, ils visent 10 millions d’euros de chiffre d’affaires, 30 salariés (contre 14 aujourd’hui) et de nouvelles implantations européennes d’ici 2030.
« Toutes les cliniques du monde ont exactement la même problématique. Nos systèmes peuvent préparer l’hôpital du futur », conclut John Mumford.
Thibault Jeanpierre








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