Accompagnés des chambres consulaires, les services de l’État battent la campagne pour faire connaître les dispositifs destinés à limiter l’impact de la crise énergétique. Les entreprises apprécient, mais restent inquiètes.
Dirigeant de Bestone, fabricant de pièces hauts polymères pour le médical et l’industrie à Arbent (22 personnes, 2 M€ de chiffre d’affaires), Nicolas Tonin se considère comme chanceux. L’artisan a signé mi-juin, « au plus bas de l’année 2022 », le renouvellement de son contrat d’électricité. De quoi limiter la hausse de ses factures à deux fois et demie le tarif antérieur. « Cela n’est tout de même pas négligeable, puisque le poids de l’énergie est passé de 3,5 % à 7,5 % de notre chiffre d’affaires », a-t-il témoigné lors d’une visite que la Chambre de métiers et de l’artisanat (CMA) de l’Ain a organisé, lundi 16 janvier avec la sous-préfète de Nantua, Danielle Balu, pour se faire le relais des aides de l’État ou de la Région. Déjà, la CMA s’était rendue dans les locaux de la boulangerie-pâtisserie-chocolaterie Bouvard à Bourg-en-Bresse, le vendredi, en compagnie de la préfète Cécile Bigot-Dekeyzer, laquelle a rappelé « la volonté du Gouvernement de couvrir tout le monde » entre bouclier énergétique, amortisseur électrique et autres aides au paiement des factures d’électricité et de gaz.
Le premier bénéficie aux entreprises de moins de 10 personnes et 2 M€ de chiffre d’affaires équipées d’un compteur d’une puissance inférieure à 36 kVA. Il limite à 15 % la hausse des prix, qu’il s’agisse d’électricité ou de gaz. Le deuxième s’applique aux TPE non éligibles au bouclier et aux PME. Dans tous les cas, elles doivent se faire connaître auprès de leur fournisseur d’énergie, en téléchargeant sur le site du ministère de l’Écologie, pour l’amortisseur électrique, une attestation sur l’honneur à lui faire suivre. Et cela n’empêche pas d’accéder au guichet d’aide au paiement des factures. Celui-ci s’adresse aux TPE et PME dont les dépenses d’énergie représentent 3 % du chiffre d’affaires 2021, après prise en compte de l’amortisseur, et dont la facture connaît – malgré cette déduction – une hausse de plus de 50 % par rapport à l’année de référence. Ce système est mis en place à l’identique pour le gaz, sans le critère de l’amortisseur électrique évidemment.
Bestone n’est éligible ni au bouclier, ni à l’amortisseur. Elle a bénéficié en revanche, de la baisse de la fiscalité sur l’électricité au minimum légal européen et de l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique (Arenh). Pour le reste, l’entreprise a commencé à se pencher sur les différents dispositifs que son dirigeant juge tout de même assez complexes, les dossiers fastidieux. Ils ont pourtant été simplifiés pour 2023, si l’on en croit les services de l’État. Nicolas Tonin considère que les mesures de plafonnement de l’électricité sont intéressantes. Il reste cependant inquiet, non seulement pour son entreprise, mais pour la plasturgie en général. « Le secteur est proche du point de non-retour en matière de marges », craint-il. Car la hausse des prix de l’énergie ne fait que s’ajouter à celle des matières premières (+43 % pour Bestone en 2022) et des emballages, et aux difficultés de recrutement qui l’ont conduit à refuser un marché à 1 M€ l’an dernier, faute de compétences. Lui-même a imposé des hausses à certains de ses clients, mais cela pourrait se traduire par des pertes de marchés.
Les syndicats patronaux partagés
Les aides de l’État sont nécessaires et bienvenues, personne n’en doute. Elles ne résolvent pas le problème des prix de l’énergie à la source et paraissent encore complexes.
La crainte de Jean-Bernard Blanc, président de l’U2P de l’Ain (Union des entreprises de proximité), était qu’à trop focaliser sur les problèmes des boulangers face à la montée des prix de l’énergie, on en oublie les autres métiers. Aussi accueille-t-il avec satisfaction, les différentes aides mises en place par le Gouvernement, puisqu’elles concernent l’ensemble des artisans. « Le cas des petites entreprises a été entendu, même si les mesures restent perfectibles, note-t-il. En particulier, à partir de certains seuils, les aides deviennent plus compliquées à mettre en place. »
Stéphane Rostaing, président du Medef, craint plutôt les distorsions de concurrence, entre les entreprises éligibles à certains dispositifs et les autres. « Pourquoi aider plus les boulangeries que d’autres secteurs ? D’accord, cela touche au pouvoir d’achat et à un bien essentiel. Mais, la concurrence au sein de ces entreprises artisanales est locale. D’autres filières subissent une concurrence internationale et le risque est de les voir partir pour des cieux plus cléments », relève-t-il. « Les activités énergo-intensives reçoivent des aides conséquentes. Mais, le système est encore un peu complexe », observe-t-il encore tout en reconnaissant que « nous sommes plutôt bien lotis en France, comparativement à d’autres pays européens, non seulement sur l’énergie, mais sur l’inflation en général ». Pas question cependant de réclamer un quoi qu’il en coûte énergétique. « S’il est essentiel d’accompagner les entreprises stratégiques, il n’y a aucun intérêt à financer des entreprises zombies comme on l’a fait pendant la crise sanitaire. Et l’on a les outils pour faire le distinguo. »
Ce n’est pas Agnès Bertillot, présidente de la CPME de l’Ain qui le contredira. Elle aussi relève le risque de distorsions de concurrence, alors même que les montants annoncés pourraient ne pas suffire. Aussi plaide-t-elle pour une action davantage à la source : « Les entreprises veulent pouvoir travailler et payer leurs factures, pas dépendre de l’aide de l’État. Aujourd’hui, les tarifs doublent ou triplent, en l’espace de quelques semaines. Et les PME sont incapables d’y faire face. Elles ne demandent pas des aides, mais des prix de l’énergie raisonnables. » En cela, elle rejoint complètement la tribune signée par les Acteurs économiques de la Plastics Vallée (AEPV) dans Les Échos (lire ci-dessous).
Monsieur Énergie
Outre un numéro vert national (0 806 000 245) et une messagerie sécurisée sur impots.gouv.fr pour se renseigner sur les aides à l’énergie, les entreprises peuvent se rapprocher du conseiller départemental à la sortie de crise, Valéry Saramito, au 04 74 45 68 06 ou codefi.ccsf01@dgfip.finances.gouv.fr.
« L’Énergie du désespoir »
Un collectif d’entreprises emmené par les Acteurs économiques de la Plastics Vallée (AEPV) a signé le 13 janvier, dans Les Échos, une tribune adressée au président de la République et intitulée « L’Énergie du désespoir ». Après avoir rappelé le poids industriel de l’Ain, la Haute-Savoie et la Savoie (60 milliards d’euros de PIB pour près de 775 000 salariés), le texte s’alarme du fait que « l’explosion du coût de l’énergie va tuer bon nombre d’entreprises ». Aussi propose-t-il « de fixer un prix de l’électricité égal à la moyenne pondérée des coûts de production, en attendant une réforme du marché européen ». Les signataires souhaitent également, « dans un délai très court, pouvoir résilier les contrats conclus lors des derniers mois ou à défaut avoir un levier de négociation auprès des fournisseurs d’électricité ». Pour eux, les mesures prises prouvent que le Président est conscient de l’urgence, mais elles ne sont « ni suffisantes ni structurellement viables ».
Sébastien Jacquart








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