Spécialiste des relations institutionnelles et de l’action publique, Yasmine Talhi a rejoint cet été Haut-Bugey Agglomération. Elle évoque son parcours, sa conception du métier de directrice de cabinet et sa vision du territoire. Interview.
Yasmine Talhi, en quelques mots, qui êtes-vous ?
Je suis une enfant de Dunkerque, profondément attachée à l’école de la République et à l’égalité des chances. Femme de conviction, passionnée, pugnace et résiliente, je crois avant tout aux rencontres. Depuis de nombreuses années, j’accompagne des femmes et des hommes engagés au service de leurs territoires. Je me définis volontiers comme une femme de l’ombre, animée par le sens de l’intérêt général et la conviction que la richesse d’un territoire repose d’abord sur celles et ceux qui le font vivre.
Dans votre nom, il y a une histoire. Pouvez-vous nous la raconter ?
Jusqu’à il y a deux ans, j’étais connue uniquement sous mon nom de jeune fille, Mecibah. Professionnellement, c’était devenu mon identité. Après ma démission de Saint-Genis-Pouilly, j’ai commencé à utiliser mon nom d’épouse, Talhi, beaucoup ne savaient pas qu’il s’agissait de la même personne. Je n’ai pas voulu changer de nom en cours de carrière. Aujourd’hui, j’utilise les deux, notamment sur LinkedIn, ce qui permet aux personnes qui m’ont connue à Dunkerque, dans le Pays de Gex ou ailleurs de me retrouver plus facilement.
Vous étiez destinée à une carrière juridique. Comment avez-vous basculé vers la sphère publique ?
À l’origine, je suis juriste en droit des affaires, spécialisée en propriété intellectuelle. Je me destinais au métier d’avocate ou de juriste en droit des marques. Mais parallèlement à mes études, j’étais déjà engagée dans le milieu associatif et j’étais étudiante salariée en tant que responsable commerciale. Tout juste diplômée, j’ai exercé comme juriste en propriété intellectuelle à Lille. Entre 2007 et 2009, j’ai également été chargée de cours à l’université de Dunkerque, où j’enseignais le droit de l’entreprise et le droit des affaires. C’est sur le territoire dunkerquois, à la Ville de Grande-Synthe, que j’ai découvert le métier de directrice de cabinet.
Vous avez ensuite rejoint le Pays de Gex pendant plus de dix ans.
Oui. En 2011, j’ai choisi Saint-Genis-Pouilly. C’était un défi passionnant. Il fallait construire l’identité d’une ville en pleine croissance, située au cœur du Pays de Gex et dans le Grand Genève. En quatorze ans, nous avons vu sortir de terre de nouveaux quartiers, des équipements publics, un lycée, une maison de santé. Nous avons travaillé avec les acteurs économiques, associatifs et institutionnels pour faire exister la ville.
Comment définiriez-vous le métier de directrice de cabinet ?
Il n’existe pas vraiment un métier de directrice de cabinet. Chaque binôme élu-directeur de cabinet est différent. Mon rôle est à la fois d’accompagner l’élu sur les questions stratégiques et de faire le lien entre l’administration et le politique. J’aime dire que nous sommes un peu les « couteaux suisses » de la collectivité. Une journée peut commencer par un dossier de fond, se poursuivre avec un acteur économique, une réunion stratégique ou un temps de représentation.
Qu’est-ce qui vous plaît dans cette fonction ?
La diversité, sans hésiter. J’aime cette gymnastique intellectuelle permanente. Mais surtout, j’ai toujours considéré ce métier comme un engagement au service de l’intérêt général. Je me définis comme une femme de l’ombre qui accompagne celles et ceux qui construisent les territoires. Être directrice de cabinet est un métier exigeant et particulièrement prenant. Il faut être passionné pour l’exercer pleinement. Les contraintes existent, bien sûr, mais lorsqu’on est animé par la passion et le sens de l’engagement, elles deviennent plus faciles à accepter. Et lorsqu’on ne ressent plus cette passion. Il faut savoir passer le relais.
Parallèlement à mes fonctions à Saint-Genis, Hervé Alloy, alors président de l’association DIRCAB (Association des collaboratrices et collaborateurs de cabinet), m’a proposé de rejoindre le bureau. Ce fut ma première expérience à l’échelle nationale. J’y ai d’abord occupé les fonctions de vice-présidente en charge de la communication. J’étais alors une jeune directrice de cabinet et j’ai découvert un réseau extrêmement riche, réunissant des professionnels issus de collectivités de toutes tailles, mais aussi de cabinets ministériels. Cette expérience m’a permis de prendre de la hauteur sur le métier, d’échanger sur les pratiques et de confronter différents regards, tant sur le fond que sur la forme. On apprend beaucoup au contact des autres et l’on progresse sans cesse.
J’ai ensuite eu l’honneur de coprésider l’association aux côtés de Jean-Jacques Gourhan de 2020 à 2023. Ces années ont été particulièrement enrichissantes, tant sur le plan humain qu’intellectuel. J’y ai noué de nombreuses relations et beaucoup appris au contact d’acteurs publics et privés de premier plan. Aujourd’hui, je suis présidente d’honneur.
Pourquoi avoir accepté de rejoindre Haut-Bugey Agglomération ?
Après quatorze années passées à Saint-Genis-Pouilly, je pensais avoir fait le tour du métier de directrice de cabinet. J’avais d’ailleurs choisi de découvrir autre chose en rejoignant Genève, où j’ai travaillé dans la communication et les relations publiques. Puis une rencontre a tout changé.
Lorsqu’on m’a proposé de rencontrer Damien Abad, je n’étais pas dans une démarche de retour à la fonction de Dircab. Mais nos échanges ont été extrêmement simples et naturels dès le départ. Nous avons rapidement constaté que nous partagions la même vision du travail collectif, de l’action publique et du développement d’un territoire. J’ai découvert un homme brillant, simple et humble, qui avance avec détermination, profondément attaché à son territoire et aux habitants qui le font vivre.
Ce qui m’a convaincue, ce n’est pas un poste. C’est avant tout le défi territorial et humain. Le Haut-Bugey est une jeune agglomération qui dispose d’atouts considérables et qui a encore beaucoup à écrire. Il y a une identité à renforcer, une ambition économique à porter et un territoire à faire davantage rayonner. C’est précisément le genre de défi qui m’anime. J’ai également la chance d’évoluer au sein d’une équipe solide. Pour moi, une collectivité fonctionne comme une entreprise : elle repose sur la confiance, la complémentarité et le travail collectif. Entre l’exécutif, la direction générale des services – Abdoulaye Diagne – et les équipes administratives, chacun a un rôle à jouer. Mon métier consiste justement à créer du lien et à faire avancer les projets dans l’intérêt général.
Quelle est votre philosophie de vie ?
Un livre m’accompagne depuis mes débuts professionnels : Le Joueur d’échecs. Il m’a été offert par un élu dunkerquois alors que j’étais encore très jeune. J’y retrouve une philosophie qui me parle profondément : la maîtrise de soi, la capacité à anticiper, à prendre du recul et à avancer malgré les épreuves. Ce qui me touche particulièrement dans ce récit, c’est la résilience de son personnage. Dans nos vies professionnelles comme personnelles, nous sommes tous confrontés à des difficultés ; l’essentiel est de savoir les dépasser sans perdre son humanité. Finalement, cette histoire m’a appris qu’il fallait réfléchir plusieurs coups à l’avance tout en restant fidèle à ses valeurs. Et pourtant, détail amusant, je ne joue pas aux échecs.
Bio Express
- 2005-2006 : Master II de droit de l’entreprise, spécialité droit de la propriété intellectuelle, Université Lille 2
- 2009-2010 : Déléguée du préfet du Nord, sur le territoire de Dunkerque
- 2020-2023 : Présidente de l’association Dircab
- 2024-2026 : Directrice des relations publiques et de la communication à Genève
- Depuis le 1er juillet : Dircab du président de Haut-Bugey Agglomération
Carole Muet








0 commentaires