Après la crise Covid-19, les chiffres du choc économique

par | 27 juillet 2020

L’Insee Auvergne-Rhône-Alpes a consacré son dernier bulletin Conjoncture (n° 23 de juillet 2020) à l’analyse des chiffres de la crise sanitaire. Et ils sont impressionnants.

Niveau de l’activité (arrêt et reprise), emploi, intérim, chômage partiel mais aussi niveau des transactions bancaires ou des flux routiers : l’Institut national des statistiques et des études économiques a multiplié les regards. Nous vous proposons ici de larges extraits de ce bulletin.

Les mesures prises pour endiguer la propagation de la Covid19, notamment le confinement du 16 mars au 11 mai, ont entraîné une brusque chute de l’activité économique. Le produit intérieur brut (PIB) a ainsi, selon les estimations, plongé de 17 % au second trimestre, après -5,3 % au premier trimestre. Si ces chiffres se confirment, c’est la plus forte récession depuis 1948. Le redémarrage est net depuis la mimai, mais l’activité reste inférieure à la situation d’avant-crise. Après une perte évaluée à 30 % en avril, puis à 22 % en mai, l’activité économique serait encore à -12 % en juin (estimations).

La reprise progressive s’observe dans l’ensemble des branches. Le secteur de la construction (-31 % par rapport à la normale) et la production de matériels de transports (-41 %) demeurent fortement touchés. L’industrie dans son ensemble souffre encore d’une demande internationale toujours en berne. Mais l’hébergement-restauration redémarre nettement : “ seulement ” -20 % en juin, après une mise quasi à l’arrêt (seul un hôtel sur cinq, dans la région, est resté ouvert pendant le confinement, tandis que les stations de ski ont été fermées un mois plus tôt que d’habitude). Exception : les territoires centrés sur le thermalisme où peu d’hôtels ont rouvert avant fin juin, voire début juillet.

Les effets de la pandémie sur l’emploi se sont fait sentir dès la fin du premier trimestre. Fin mars, l’emploi salarié total dévissait pour la première fois depuis 10 ans en France, après seulement quinze jours de confinement. Après cinq ans de hausse régulière, Auvergne-Rhône-Alpes (Aura), a été plus fortement touchée qu’au plan national : -2,2 % contre -2,0 %. 67 400 emplois salariés y ont disparu sur le premier trimestre, essentiellement dans le secteur privé (-2,8 % contre +0,1 % dans le public). Savoie, Haute-Savoie et Ain ont été les plus durement frappés, avec une baisse dépassant 2,7 %.

Ce repli de l’emploi salarié total est particulièrement lié au sévère recul de l’intérim, qui décroche de 40,2 % dans la région, soit -44 200 intérimaires. Hors intérim, les secteurs de la construction, de l’industrie ainsi que le tertiaire non marchand connaissent des baisses de l’emploi très modérées, comprises entre -0,1 % et -0,3 %. Le tertiaire marchand, en hausse continue depuis plus de trois ans, affiche, lui, -1,5 %. L’hébergement-restauration perd 7 300 salariés (-5,3 %, contre -4,4 % en moyenne nationale), avec une baisse proche de 8 % dans les départements savoyards, en lien avec l’arrêt des activités touristiques. Le commerce, le transport et l’entreposage limitent la casse (-1,0 %).

Les emplois dans l’information et la communication, eux, sont même… en une légère augmentation pour le premier trimestre (+0,4 %). Les mesures spéciales d’activité partielle et d’arrêts pour maladie et garde d’enfants ont contribué à réduire le nombre de salariés en situation de travail effectif pendant le confinement : -33 % durant la semaine du 23 au 27 mars par rapport à la semaine de référence avant confinement (2 au 6 mars). L’impact s’est ensuite réduit, avec -28 % fin avril. L’activité partielle a concerné environ trois fois plus de salariés que les arrêts de travail.

D’AVANTAGE D’ARRÊTS EN PAYS DE SAVOIE

Confrontées à la fin prématurée de la saison touristique, les deux Savoie sont les départements où l’activité partielle et les arrêts ont été les plus fréquents, au moins au départ : -40 % pour la semaine du 23 mars.

Confrontées à la fin prématurée de la saison touristique, les deux Savoie sont les départements où l’activité partielle et les arrêts ont été les plus fréquents, au moins au départ : -40 % pour la semaine du 23 mars. Au contraire, l’impact a été plus faible dans le Rhône (-30 %), sans doute grâce à un recours au télétravail plus important dans les secteurs tertiaires. À noter que, d’un point de vue global, plus la taille de l’établissement est faible plus la part de l’activité partielle dans l’emploi salarié est massive.

En ce qui concerne les non-salariés, en Auvergne-Rhône-Alpes, près de 155 200 personnes relevant du régime complémentaire des indépendants ont pu bénéficier d’une aide avant le 4 juin. Cela représente un versement global de 136 millions d’euros, soit 878 euros en moyenne par bénéficiaire, ce qui est plus élevé de 30 euros que dans la moyenne nationale. La construction, qui ne représente que 13 % de l’emploi non salarié, en a perçu près de 25 %. Le commerce, comptant pour 16 % des indépendants, en a encaissé plus de 20 %. Le secteur de l’hébergement-restauration a reçu 10 % de la dotation globale.

Par ailleurs, en ce qui concerne les cotisations patronales et salariales, 5,4 milliards d’euros devaient être versés aux Urssaf entre le 15 mars et le 15 mai : 32,6 % (en montant) ont fait l’objet d’une demande de report, avec des demandes plus fortes en mars-avril qu’en mai (“seulement” 26,7 % sur ce mois). La tendance se retrouve au niveau des établissements : 42 % ont fait une demande en avril, 30 % en mai. Le secteur de l’hôtellerie-restauration est le plus concerné : les demandes ont porté sur 63,4 % des montants sur ces deux mois.

HAUSSE DE LA DEMANDE D’EMPLOI

Malgré les dispositifs d’activité partielle ou d’aides aux entreprises, l’arrêt des embauches et le renouvellement des contrats ont entraîné, dans la région, une nette hausse du nombre des demandeurs d’emploi. Fin mai, ceux sans aucune activité (catégorie A) étaient 475 260 en Auvergne-Rhône-Alpes. Du jamais vu avant la crise sanitaire. Après +8,7 % en mars, le mois d’avril fut celui de l’explosion de la demande : +25,7 % dans la région, soit 3 points de plus qu’au niveau national. Toutefois, la baisse post-déconfinement (-4,5 %) a aussi été plus nette dans la région.

Entre mars et mai, le nombre de demandeurs d’emploi en Aura a bondi de 29,7 %. La Haute-Savoie a encaissé une hausse de 40,5 %, une des plus marquées de France. La Drôme affiche la progression la moins marquée de la région, à +25,5 % quand même. Si l’on inclut les demandeurs ayant une activité partielle (catégories A, B et C), l’augmentation régionale est de 4,4 % en mars, de 4,1 % en avril et de 0,3 % en mai. Un grand nombre de demandeurs d’emploi en activité réduite se sont retrouvés sans aucun emploi durant le confinement, passant ainsi des catégories B et C en A. Une tendance qui s’inverse en mai. Là encore, la Haute-Savoie détient le record régional, avec +6,8 % sur février-mai pour les A, B et C cumulées.

« UN GRAND NOMBRE DE DEMANDEURS D’EMPLOI EN ACTIVITÉ RÉDUITE SE SONT RETROUVÉS SANS AUCUN EMPLOI DURANT LE CONFINEMENT. »

MÉTHODOLOGIE : « ALLÔ ? T’ES BIENTÔT ARRIVÉ ? »

Vous ne le savez pas mais, en allant tranquillement au boulot, vous avez peut-être participé à l’élaboration des statistiques de l’Insee. Car les éléments d’évolution du trafic routier présentés par L’Institut national de la statistique et des études économiques (lire page 14) dans son bulletin Conjoncture s’appuient sur des estimations de mobilité réalisées par Orange Business Services France à partir de son offre existante Flux Vision. Des éléments qu’Orange a décidé de communiquer à l’Insee « au vu de la situation exceptionnelle de crise sanitaire », explique l’institut. Et l’Insee de rassurer en expliquant que les algorithmes utilisés par Flux Vision garantissent une anonymisation irréversible en supprimant toute donnée à caractère personnel et en rendant impossible l’identification d’une personne physique.

Comme les déplacements observés (et leurs motifs) sont multiples et variés, seuls ont été considérés par l’Insee les déplacements se terminant entre 7 heures et 9 heures chaque matin, suivis d’une période de stabilité d’au moins 3 heures, afin de cibler au mieux les trajets entre le domicile et le lieu de travail. Les indicateurs analysés ont été préalablement redressés par Orange afin d’être rendus représentatifs de la population résidente et non uniquement des utilisateurs de mobile Orange. Ensuite, tous les résultats présentés, visant à traduire un niveau d’activité durant la crise sanitaire, sont comparés à une semaine de travail de référence considérée comme normale, en l’occurrence, la première semaine de février, soit avant les vacances scolaires et après les conflits sociaux dans les transports.

On vous épargne la moulinette méthodologique complète (détaillée à la fin du bulletin déjà évoqué, à lire sur Insee.fr). Mais probable qu’à partir d’aujourd’hui, en allant au travail, vous ne regarderez plus tout à fait pareil votre téléphone portable. En optant, au choix, pour la satisfaction de participer au service public de la statistique nationale ou… pour l’envie de relire 1984.

FLUX : MOINS DE TRAFIC, MOINS DE TRANSACTIONS, MOINS DE CRÉATIONS

Ce sont des indicateurs moins souvent mis en avant que l’emploi ou les liquidations judiciaires. Et pourtant ils permettent eux aussi de mieux cerner l’ampleur d’une crise. Dans son bulletin Conjoncture dédié au choc de la Covid-19, l’Insee Auvergne-Rhône-Alpes s’est aussi intéressé aux statistiques des créations d’entreprises, du trafic routier et des transactions bancaires. Sur la période allant de mars à mai, les créations d’entreprises ont baissé de 31 % par rapport à une année 2019, il faut le préciser, exceptionnellement élevée. Le creux est encore plus marqué sur le mois d’avril, à -46 %.

La reprise s’amorce en mai avec un niveau de créations approchant celui de 2018, mais encore bien en deçà de 2019. Les créations de sociétés pâtissent davantage de la crise à partir d’avril, avec un niveau de nouvelles immatriculations deux fois moins important qu’un an plus tôt. La reprise des créations en mai y est d’ailleurs nettement moins visible (-35 % par rapport à mai 2019). À l’inverse, les créations de microentreprises ont gardé des valeurs proches de celles de 2018 en mars et en avril, avant de repartir à la hausse en mai. Sur mars-mai, elles n’affichent ainsi « que » -26 % par rapport à 2019. Autre indicateur parlant, le trafic routier a décru très rapidement avec le confinement.

En moyenne, par rapport à une situation d’avant crise, il a reculé de 60 % pour l’ensemble des véhicules et de 42 % pour les seuls poids lourds, qui ont continué d’assurer l’approvisionnement de certains commerces prioritaires. Au niveau des déplacements matinaux entre deux intercommunalités, pouvant s’apparenter à des trajets du domicile vers le lieu de travail, le nombre d’arrivées observées dans les intercommunalités du Cantal et de la Haute-Loire était en baisse de 58 % lors de la première semaine de confinement (par rapport à début février) et de plus de 80 % dans celles du Rhône, les autres départements se situent entre ces deux extrêmes.

Le déconfinement a marqué une reprise rapide du trafic de véhicules. La fin de la règle dite « des 100 km », début juin, a densifié le trafic routier, notamment les week-ends. Les déplacements matinaux entre intercommunalités reprennent toutefois plus progressivement : selon les départements, il y a toujours un déplacement sur deux (Rhône) à un déplacement sur trois (Haute-Loire, Cantal) de moins par rapport fin mai (toujours par rapport à début février).

CONSOMMATION HABITUELLE

Enfin, contrairement à l’activité qui reste en retrait, les dépenses par carte bancaire ont retrouvé un niveau normal. La première semaine de déconfinement, entre le 11 et le 17 mai, a même vu un fort rebond de la consommation des ménages (montant des transactions en hausses). Depuis, elle reste globalement à un niveau proche de 2019. Pendant le confinement, le département de la Savoie a connu une baisse des transactions plus marquée que les autres départements (-75 % entre le 23 et le 29 mars), en raison de la fermeture des stations de ski et du départ des touristes.

Ce moindre volume perdure jusqu’à fin avril, avant de rejoindre l’évolution régionale moyenne. Le Rhône enregistre également moins de transactions. Ce niveau plus faible, constaté jusqu’au 25 mai, est lié à la concentration des commerces soumis à fermeture et à la fermeture des grands centres commerciaux mais aussi au plus faible nombre d’actifs revenus travailler en présentiel sur le département. À l’inverse, la baisse des transactions a été moins forte en Haute- Loire, dans l’Ain et en Ardèche.


Dossier réalisé par Stéphanie Depil, Bertrand Kauffmann, Frédéric Lahi, Annelise Robert, Insee – Avec la rédaction d’Eco Savoie Mont-Blanc.

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