Avec Capit’Alpes, retour au capitalisme de proximité

par | 18 mars 2020

Savoie Mont Blanc Angels a lancé Capit’Alpes Développement, un fonds dédié à l’investissement local alimenté par des investisseurs locaux.

«Dans l’esprit, ça rappelle la création de la Banque de Savoie, de la Banque Laydernier ou de la Banque populaire savoisienne de Crédit : des établissements locaux au service de l’économie locale, met en perspective Dominique Favario. C’est une nouvelle forme de capitalisme que nous voulons favoriser face à un capitalisme financier devenu incontrôlable.»

Pourquoi un tel enthousiasme du coprésident (avec Alain Clanet) de Savoie Mont Blanc Angels (Samba)? En raison du succès rencontré par le nouveau véhicule d’investissement mis sur pied par l’association : Capit’Alpes Développement. Imaginée dès 2018 mais véritablement lancée à l’automne 2019, la souscription pour ce fonds a été clôturée fin janvier avec plus de 3,2 millions d’euros recueillis, bien au-delà de l’objectif initial.

Au départ, l’association d’investisseurs providentiels (c’est la traduction recommandée pour business angels) espérait entre 1 et 2 millions d’euros, avec une moitié apportée par des institutionnels et l’autre par des particuliers. Au final, les institutionnels – Crédit Agricole, Banque Populaire, Caisse d’Épargne, EDF Une rivière un territoire Financement, ATMB – ont injecté près d’1 million et les particuliers près de 2,3 millions (et non l’inverse comme écrit par erreur dans la version papier de cet article, parue dans Eco Savoie Mont Blanc du 21 février).

Ces fonds vont être utilisés au profit d’entreprises du sillon alpin : Savoie et Haute-Savoie en premier lieu (là où Samba puise ses racines), mais aussi Isère et même Drôme-Ardèche. Cependant, pas n’importe quelles entreprises : des PME profitables, avec déjà plusieurs années d’existence, réalisant entre 1 et 10 millions d’euros de chiffre d’affaires et présentant un fort potentiel de croissance; et celles en phase de transmission-reprise. Avec des montants d’intervention de 100 000 à 500 000 euros en fonds propres, c’est-à-dire sous forme de capital ou d’obligations convertibles.

117 INVESTISSEURS SÉDUITS

Par cette sélection, Capit’Alpes Développement se place en complément des activités historiques de Samba, très axée sur le financement des jeunes pousses. Et vient aussi compléter les interventions des fonds nationaux de capitalinvestissement, plutôt enclins à financer les opérations aux montants supérieurs. L’objectif est alors d’investir dans quinze à dix-huit sociétés dans les quatre ans
à venir, avec une durée de présence au capital d’au moins cinq ans.

Le projet a séduit 117 investisseurs. Certains étaient déjà dans Samba, «mais les deux tiers sont nouveaux, se réjouit Dominique Favario. Les planètes sont alignées pour que cela fonctionne bien : il y a des investisseurs avec des moyens, et les placements classiques ne sont pas très attractifs [ndlr : taux d’intérêt très bas, impôt IFI sur l’immobilier…] et il y a un vrai intérêt pour le local. Bien sûr, la perspective de plusvalues joue, mais avec un retour sur investissement à moyen terme comme nous le proposons, ce n’est pas la seule motivation : on sent un véritable engouement pour la démarche de territoire. La preuve, c’est que sur les 117 investisseurs, 57 se sont portés candidats pour participer au comité d’investissement.»

Un comité qui, après l’assemblée constitutive de Capit’Alpes Développement (une SAS avec statut de société de capital risque), le 31 janvier au Bourget-du-Lac, s’est rapidement mis au travail : les premiers investissements sont attendus avant l’été. Les partenaires bancaires sont évidemment pressentis pour être des pourvoyeurs de dossiers mais le fonds mise aussi sur l’effet réseau et le bouche à oreille. Contact et infos complémentaires : savoie-mont-blanc-angels.com.




BANQUIER PUIS PATRON

Yves Magat est le premier président de la SAS Capit’Alpes Développement. À tout juste 59 ans, cet ancien cadre du Crédit Coopératif et de BPI, rompu aux problématiques de financement des PME, s’est ensuite mué en chef d’entreprise, d’abord dans une imprimerie artisanale puis dans la découpe laser. Après avoir revendu ses sociétés, il s’est spécialisé dans le conseil. Seule lacune à son CV, vu de Capit’Alpes Développement : pour ses croissances, il n’a jamais fait appel à des investisseurs extérieurs.

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