La section de l’Ain de la Confédération des artisans et des petites entreprises du bâtiment s’est posé la question, lors de son assemblée générale, du futur du secteur et de la place qu’y occuperont les artisans.
«Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) dresse un état alarmant de nos émissions de gaz à effet de serre. Les enjeux environnementaux imposent de revoir la conception des bâtiments. L’évolution de la réglementation va rendre les programmes neufs de plus en plus difficiles à monter. Ainsi, 80 % des chantiers futurs se feront en rénovation. Dans ce contexte, nous allons devoir trouver notre place en tant qu’artisans », a expliqué Éric Donetti, président de la Capeb de l’Ain (Confédération des artisans et des petites entreprises du bâtiment), vendredi 1er juillet, en introduction de la table ronde qui a clos son assemblée générale. « L’Agence du climat et de l’énergie de l’Ain (Alec 01) a fléché 47 M€ d’aides à la rénovation dans ses dispositifs territoriaux, mais ne référence que 114 entreprises artisanales sur les 7 000 que compte le département », a-t-il ajouté. Et un représentant d’Alec de préciser : « Rassurez-vous, 114 entreprises référencées, ce ne sont pas 114 entreprises qui se partagent 47 M€. Cependant, nous ne comptons que 700 entreprises artisanales labélisées RGE (Reconnu garant de l’environnement). »
La question a donc été posée à Jean-Christophe Repon, président national de la Capeb, de savoir si les artisans sont prêts à faire face aux enjeux de demain. « Ils en ont la compétence, a-t-il assuré. Le problème, c’est que les entreprises vivent le label RGE comme une contrainte et non comme une opportunité. Or, avec un marché du neuf plus contraint, les grands groupes vont se tourner vers la rénovation, domaine dans lequel nous sommes aujourd’hui leaders. C’est dommage de considérer que ces marchés ne nous concernent pas. »
Répondre au besoin
Pour se démarquer tandis que la réglementation pousse vers des offres globales pas toujours à portée de bourse pour les clients, les artisans plaident pour des programmes de rénovation où les travaux seraient réalisés étape par étape. « Nous réfléchissons à une refonte du label Eco-artisan, pour aller dans ce sens », a annoncé Jean-Christophe Repon. « Ce qu’il manque à la rénovation, c’est le diagnostic, c’est de déterminer les investissements à conduire en premier, y compris en termes d’aides », a approuvé Bruno Pernici, architecte. Et Éric Donetti d’ajouter : « L’habitat qui perdure, c’est celui qui répond au besoin. Nous devons être à l’écoute. »
Reste une inquiétude : la flambée des coûts, pour les entreprises comme pour les clients, entre Réglementation environnementale 2020, responsabilité élargie du producteur en matière de déchets, diagnostics de performance énergétique, etc. « Il ne faut pas ajouter de l’inflation à l’inflation, sinon le modèle ne tiendra pas », a estimé Jean-Christophe Repon. Et celui-ci de conclure cependant : « Nous avons de belles perspectives. J’en tire davantage d’enthousiasme que de préoccupations. »
Du polystyrène sur du pisé
L’info, lâchée depuis le public par un représentant de l’Agence locale de l’énergie et du climat (Alec 01), pendant la table ronde de la Capeb sur l’avenir du bâtiment, a fait l’effet d’une bombe : Non seulement la difficulté à obtenir des devis et des délais conduit les porteurs de projet à abandonner, mais elle les pousse dans les bras de structures ayant une importante force de frappe commerciale, pour des chantiers qui ne respectent pas toujours les critères de qualité, en particulier dans le bâti ancien. On colle du polystyrène en isolation par l’extérieur sur des murs en pisé. Une hérésie ! S’il fallait un argument pour convaincre les artisans de s’emparer eux-mêmes des marchés de la rénovation, c’était bien celui-là. L’exemple a été repris par plusieurs intervenants. L’un y voit « un effet pervers de la massification des aides », un autre l’occasion de dénoncer des solutions techniques imposées en dépit du bon sens. Et tous de plaider pour une approche globale de la rénovation.
7 000
L’Ain compte selon la Capeb, 7 000 entreprises artisanales du bâtiment, dont seulement 700 sont RGE (Reconnues garantes de l’environnement) et 114 référencées par les PTRE (Plateformes territoriales de rénovation énergétiques) locales.
La solution du réemploi
Et si l’avenir du bâtiment passait par la réutilisation des matériaux ?

« Les déchets du BTP représentent 42 millions de tonnes chaque année, indique Dominique Firinga, dirigeante de Decodex, entreprise spécialiste de l’économie circulaire à Mâcon.Si l’essentiel est produit par les travaux publics, ce dernier secteur a déjà beaucoup progressé en matière de recyclage, le réemploi ayant dans ce domaine un réel sens économique. C’est forcément un peu plus compliqué pour le bâtiment et, en particulier, pour le second œuvre. Mais des expérimentations conduites depuis 2010 montrent que c’est pertinent. » Le réemploi du béton, par exemple, permet d’éviter 50 kg d’émissions de CO2 par tonne collectée. « Évidemment, il est difficile de réutiliser du béton de structure pour le même usage. En revanche, on peut très bien s’en servir pour d’autres usages, comme en VRD », argue la spécialiste. Et celle-ci de citer un autre exemple, le bois. « Pourquoi réemployer une ressource renouvelable ? Parce que même dans ce cas, on parvient à s’épargner 500 kg d’émissions de CO2 par tonne collectée. Et aussi parce qu’avec le changement climatique, la ressource forestière n’est pas au mieux de sa forme. »
Dominique Firinga n’est pas de celles qui pestent contre la réglementation. Elle la voit comme un moteur d’actions. Ainsi en est-il de la loi Agec (Antigaspillage pour une économie circulaire) qui « met en place des conditions d’évaluation des matériaux et des possibilités de réemploi ». « L’idée, c’est d’arrêter de conduire systématiquement les matériaux usagés vers la filière déchets. Dans un projet de rénovation, le réemploi comptera comme neutre du point de vue des émissions de carbone. Cela peut même devenir un argument commercial auprès des clients sensibles à ces questions. » Reste à lever quelques obstacles culturels et normatifs. Dominique Firinga cite la réutilisation d’un garde-corps autoportant. « Il n’est pas rare que le client ait conservé les factures de construction. Si on a la facture, on sait à quelle norme le garde-corps correspond. Et si cette norme n’a pas changé, alors il est tout à fait réutilisable. L’enjeu porte alors sur la pose. Mais la pose, c’est votre métier. »
Sébastien Jacquart








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