Face à un contexte climatique de plus en plus bouleversé, les banques font évoluer leurs pratiques et se saisissent du sujet de la transition écologique. Elles intègrent de plus en plus cette préoccupation dans les placements et les prêts qu’elles proposent à leurs clients. Du moins en partie…
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Dans de plus en plus de domaines à travers le monde, de grandes entreprises sont visées par des contentieux climatiques pour les pousser à agir. En début d’année, pour la toute première fois, une banque est attaquée à son tour par des associations qui l’accusent de poursuivre le financement de nouveaux projets portés sur l’énergie fossile.
Dans le même temps, La Banque postale Asset Management (LBP Asset Management) annonçait son partenariat avec Greenly. Le spécialiste de la gestion digitalisée de stratégie bas-carbone est désormais chargé d’accompagner l’équipe “dette privée corporate” de LBP Asset Management dans la mesure du bilan carbone de ses investissements. Dans ce cadre, Greenly soutient également les sociétés financées dans leur transition vers une économie à zéro émission de carbone.
Les autres banques suivent, elles aussi, ce mouvement, tout comme leurs entités régionales sur nos territoires. Dans un premier temps, c’est comme entreprises qu’elles agissent, notamment en ayant connaissance de leur propre bilan carbone et en cherchant à l’améliorer.
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BNP Paribas épinglé, mais pas que…
« BNP Paribas apparaît cette année encore comme un leader mondial de l’expansion pétrolière et gazière » pointe dans le rapport Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la Terre France. « Malgré des promesses creuses et de nouveaux engagements faibles, la banque ne montre aucune intention de changer de cap et a même augmenté en 2022 son financement des énergies fossiles. » Lorette Philippot ajoute que « BNP Paribas est même un concurrent sérieux des banques nord-américaines dans leurs activités douteuses. Parce que miser sur le chaos climatique est totalement incompatible avec le respect de son devoir de vigilance climatique, BNP Paribas devra désormais en répondre devant la justice. »
Source : Radiofrance.
Agir auprès des salariés
La Caisse d’épargne Rhône-Alpes (Cera) calcule le sien depuis près de dix ans. « Il s’élève à environ 20 000 tonnes de CO2. Depuis 2019, il a diminué de 15 %. C’est quelque chose que nous commençons à bien maîtriser et nous avons mis en place divers plans d’action dans le cadre du plan stratégique de la Caisse et du groupe BPCE (Banque populaire, Caisse d’épargne). Comme beaucoup d’entreprises, cela passe par des enjeux d’énergie, d’achats et de mobilité », explique Charles Delbrouck, banquier conseil “green” pour les personnes morales au sein de la Cera.
La société utilise notamment un outil de gestion technique du bâtiment pour avoir un instantané de tous les points de consommation de son réseau. En parallèle, elle a instauré des consignes de température en été comme en hiver, s’est intéressée au télétravail et aux mobilités douces. « Ce sont des actions assez classiques pour une entreprise, mais il faut les déployer, et bien. Elles requièrent une sensibilisation des employés. Nous leur proposons des formations, des conférences et d’autres actions ponctuelles. Cette année, nous avons même recruté un “energy manager”. »
Un bilan des crédits moins aisé
Une ligne de conduite que suit également la Banque populaire Bourgogne-Franche-Comté et Pays de l’Ain (BPBFC). Entre 2016 et 2022, elle est parvenue à réduire sa consommation d’énergie de 37 %. « Cela équivaut à la consommation de 900 foyers. Nous avons aussi réalisé un travail sur les déplacements et avons diminué de 20 % les émissions de notre flotte », précise Olivier Poiseau, directeur du département “transition énergétique”.
Au-delà de leur bilan carbone en propre, les banques tentent désormais de calculer celui généré par leurs financements, et pour une bonne raison. Toutes ont défini une trajectoire zéro émission carbone à horizon 2050. Difficile, toutefois, d’atteindre cet objectif sans avoir un point de départ, sans savoir quelles émissions représentent les crédits. Celles-ci s’avèrent difficiles à quantifier puisqu’il faut tout d’abord établir ce qui est vertueux ou non. Quand ce fameux point de départ sera établi, les établissements bancaires visent un premier palier, en 2030, qui leur permettra de redéfinir leurs actions pour les vingt années suivantes.
Une transition nécessaire
S’il semble de plus en plus évident – ne serait-ce qu’au vu des températures élevées en ce mois d’octobre – que la planète subit un bouleversement climatique, et donc qu’il faut désormais agir, les organismes de financement et leurs clients ont également d’autres intérêts à effectuer cette transition. « Aujourd’hui, la Banque centrale européenne s’interroge, avec la CSRD [Corporate Sustainability Reporting Directive – directive sur les rapports sur le développement durable des entreprises, NDLR], la taxonomie européenne et un certain nombre de réglementations. Elle cherche donc à s’assurer que les plus grandes banques financent des projets vertueux pour la planète », poursuit Lionel Fassart.
Une tendance qui incite les banques à anticiper et à prendre ce virage de la transition pour demeurer dans la course. Du côté des entreprises, les intérêts sont pluriels. L’image et la démarche RSE, tout d’abord, prennent une place de plus en plus importante, non seulement auprès du grand public, mais également auprès des collaborateurs en recherche de sens dans leur travail. D’autre part, explique Olivier Poiseau : « La crise de l’énergie a fait s’envoler le prix du gaz et de l’électricité. Si, depuis, cela a baissé, nos entrepreneurs se sont rendu compte que l’énergie peu chère et peu variable fournie en France, c’était fini. Nous rentrons dans une ère où les sociétés ne sont pas à l’abri de nouvelles hausses, et évoluer vers moins de dépendance dans ce domaine représente un réel intérêt économique. »
Une valoriation qui pourrait varier de 30%
Pire encore, et tout comme les banques, les entreprises pourraient être en péril si elles n’effectuaient pas cette transition et ne faisaient pas évoluer leur modèle économique. D’ores et déjà, le bruit court que la valorisation de certaines entreprises serait en train de varier de 20 à 30 % – notamment auprès des fonds d’investissement –selon qu’elles prennent ou pas le virage du développement durable.
Cette tendance est d’ailleurs confirmée par de nombreuses banques : demain, les entreprises polluantes pourraient voir leur viabilité engagée. Et si elles ne perdront pas leurs financements du jour au lendemain, elles auront affaire à des établissements de crédit bien plus regardants sur leurs projets et l’impact environnemental de ceux-ci.
BNP Paribas visée par le premier contentieux climatique au monde contre une banque
Pour la toute première fois, une banque est visée par un contentieux climatique. En effet, en octobre de l’an passé, Les Amis de la terre France, Notre Affaire à tous et Oxfam France ont mis en demeure BNP Paribas de se conformer à ses obligations de vigilance. Ces associations demandaient à l’organisme bancaire de mettre fin à ses soutiens financiers aux nouveaux projets d’exploitation d’énergies fossiles et d’adopter un plan de sortie du pétrole et du gaz.
Devant l’inaction de la banque, elles l’ont finalement assignée en justice, en février, pour non-respect de la loi sur le devoir de vigilance des multinationales. En réponse, BNP Paribas avait annoncé la réduction de ses encours à l’extraction et à la production de pétrole et de gaz à horizon 2030. Des annonces insuffisantes et qui ne répondent en rien aux demandes formulées dans la mise en demeure, selon les trois associations. « Le message urgent porté par la communauté scientifique et l’Agence internationale de l’énergie s’est encore récemment traduit dans des appels répétés des Nations-Unies : une banque ne peut pas prétendre s’engager pour la neutralité carbone tout en continuant à soutenir de nouveaux projets de pétrole et de gaz.
Mais BNP Paribas, premier financeur européen de l’expansion des énergies fossiles, continue à braver la science et ne prend pas même la peine de répondre sur ce consensus clair », s’était indignée Lorette Philippot, chargée de campagne aux Amis de la terre France. Depuis, BNP Paribas a annoncé, mi-mai, qu’elle n’accorderait plus de financements dédiés au développement de nouveaux champs pétroliers ou gaziers, quelles que soient les modalités de financement, ainsi qu’un ensemble de mesures destinées à verdir un peu plus ses actions.
Josephine Jossermoz
Crédit photo à la une : la raffinerie de Feyzin (69) appartenant à Total Energies. ©Wikipedia
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