L’entreprise de génie thermique a continué à mener des chantiers, sans attendre le guide de bonnes pratiques de l’OPPBTP. Un document dans lequel elle retrouve les mesures qu’elle a prises.
Difficultés à appliquer les mesures barrières sur les chantiers, travaux arrêtés à la demande des donneurs d’ordres, salariés en arrêt pour garde d’enfants… Nombre d’entreprises du bâtiment et des travaux publics ont dû se résoudre à cesser leurs activités. Elles y ont été, de surcroît, encouragées par leurs fédérations professionnelles (FFB, FNTP, Capeb, etc.) qui préconisaient d’attendre d’avoir en main, le guide de bonnes pratiques élaboré par leurs soins, en partenariat avec les services de l’Etat. Un guide publié le 2 avril par l’Organisme professionnel de prévention du bâtiment et des travaux publics (OPPBTP). Mais, Alain Pontvianne, dirigeant de Thermi-Tec, entreprise ligérienne de génie climatique, n’a pu se résigner à attendre jusque là.
« Nous sommes une société de 35 personnes. Après l’annonce du confinement, le 16 mars, toutes les équipes ont été renvoyées chez elles, le temps d’organiser avec nos trois chargés d’affaires, la poursuite d’activité, raconte le chef d’entreprise, invité à témoigner en visioconférence devant les adhérents du Medef de l’Ain, jeudi 16 avril. Nous avons recensé les personnes à écarter des chantiers car nous savions qu’elles avaient déjà eu de sérieux problèmes de santé au cours des dernières années, les salariés en arrêt pour garde d’enfants et les postes qui pouvaient fonctionner en télétravail, comme le secrétariat. »
Mesures internes
L’entreprise a défini, ensuite, des actions à conduire en interne : installation de lavabos dans les ateliers et affichage des recommandations. « Par chance, un de nos magasiniers avait anticipé une commande, nous avions tout le nécessaire en masques FFP3, gel et combinaisons, poursuit Alain Pontvianne. La principale difficulté, c’était de trouver des chantiers que nous pouvions poursuivre, où nous serions seuls. Certains avaient été arrêtés par les maîtres d’œuvre. Des entreprises ne pouvaient pas nous recevoir, faute de lavabos et de toilettes à mettre à notre disposition. Mais nous avons pu obtenir l’ouverture de trois chantiers privés, après discussion avec les clients, ce qui nous a donné du travail pour un mois. »
Sur ces sites extérieurs, l’entreprise a organisé des cheminements et s’est fait mettre à disposition, des toilettes et des lavabos que les équipes désinfectent avant de partir. « Nous avons établi une distance barrière de 2,5 mètres entre nos salariés, poursuit le dirigeant. Nous avons par ailleurs rapatrié nos véhicules, de manière à ce que chacun ait le sien. Si trois personnes doivent se rendre sur un chantier, trois véhicules se suivent. Ce n’est pas très économique, ni écologique, mais bon… Chez les particuliers, seuls les dépannages peuvent être honorés. Nous avons organisé un roulement entre nos équipes, pour qu’aucun de nos salariés ne perde pied pendant le confinement. Au début, ce n’était pas évident pour eux, de comprendre pourquoi ils devaient vernir travailler alors que le message « restez chez vous » était martelé partout. J’ai dû leur expliquer les enjeux pour l’entreprise, le risque de se voir refuser les mesures de chômage partiel si nous fermions simplement par précaution et qu’il valait mieux être actif que passif. Et cela a été accepté. Si nous n’avions pas eu de masques, par contre, cela aurait été sans doute plus compliqué. »
Mesures externes
Toujours chez les particuliers, un questionnaire est soumis au client et signé. Il s’agit d’évaluer s’il est possible de travailler en sécurité ou de sécuriser le chantier, si le technicien peut travailler seul, si les lieux ont été désinfectés ou encore, si un emplacement réservé est disponible pour le matériel, chaque ouvrier possédant le sien.
Les représentants du personnel ont bien évidemment été associés à la démarche. « Nous avons travaillé sur le document unique, fait valider les mesures de chômage partiel par le CSE et organisé des réunions extraordinaires pour faire le point sur les actions conduites pour la sécurité sanitaire. » Au final, toutes les mesures prises, Alain Pontvianne les a retrouvé dans le guide de l’OPPBTP. « Ce n’était de toute façon que du bon sens, observe-t-il. Et nous y avons tout de même trouvé des réponses à certaines interrogations. Nous ne savions pas, par exemple, si les combinaisons ou les surchaussures étaient utiles. Elles le sont quand on intervient chez des personnes testées positives au coronavirus. C’est pour cela qu’il est essentiel d’avoir un échange avec le client. Dans un tel cas, nous ne pouvons pas envoyer les mêmes personnes. Et nous devons prendre des précautions supplémentaires : emporter du gel, du savon et ne pas laisser nos équipements de protection sur place, mais les remmener dans une poubelle. »
Le dirigeant a également blindé son dossier pour prouver la nécessité du recours au chômage partiel. « Nous avons rassemblé les courriers des maîtres d’ouvrages qui nous annonçaient la fermeture des chantiers et listé les mesures mises en place pour la continuité de l’activité, y compris le recours aux congés et aux RTT que nous avions privilégié, dans un premier temps, sur le chômage partiel et les arrêts pour garde d’enfant. J’ai eu dernièrement confirmation que mon dossier passait. »
Prendre de l’avance
La suite ? Des chantiers de rénovation de chaufferies étaient prévus pour juin. « Nous avons contacté les clients pour finaliser la signature des devis et leur proposer de faire des kits, de préparer les chaufferies dans nos ateliers, pour les monter ensuite sur site. Nous avons deux réalisations en cours, annonce Alain Pontvianne. Elles vont nous permettre de prendre de l’avance sur juin, pour mieux rattraper les chantiers aujourd’hui bloqués, au moment du déconfinement. » En attendant, le lien entre les équipes, en poste, en télétravail ou à l’arrêt, est maintenu grâce aux réseaux sociaux et aux messageries instantanées. « On s’entraide. Les salariés nous demande des nouvelles de l’entreprise et réciproquement », observe le chef d’entreprise pour qui l’organisation du travail sera durablement modifiée par cette expérience.
Par Sébastien Jacquart








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