Portée sur les fonts baptismaux en mars 2019, l’appellation se présente comme une réponse à des enjeux environnementaux et économiques. Elle invite scieurs et exploitants éligibles à la rejoindre.
L’aire géographique du Bois du Jura s’étend sur 498 communes, 222 dans le Doubs, 162 dans le Jura et 114 dans l’Ain. L’appellation a été homologuée par l’Inao en mars 2019, après 15 ans d’efforts, mais elle n’en est encore qu’à la deuxième année de son programme de démarrage, qui, incidence de la crise sanitaire oblige, devrait s’étaler sur trois ans. Il reste pas mal à faire, notamment arrêter les règles et documents types devant assurer la traçabilité, les modalités de marquage des grumes et d’étiquetage des sciages labellisés ou encore, identifier et agréer via un organisme de contrôle, les opérateurs susceptibles d’adopter l’appellation. Car l’AOC intéresse potentiellement, une cinquantaine de scieries, 22 000 ha de forêts domaniales, 116 000 ha de forêts communales et 70 000 ha de forêts privées.
Bois du Jura n’est pas une exception, les démarches de labellisation se multiplient, sous la forme de marques comme Bois des Alpes ou, mieux, d’appellations comme Bois de Chartreuse. Le recours aux essences locales, notamment dans la construction « répond à de nombreux enjeux, à la fois environnementaux et économiques », justifie Valérie Chevallon, directrice de la Fédération interprofessionnelle du bois de l’Ain (Fibois 01). Aussi, il est non seulement promu par l’interprofession mais favorisé par les collectivités locales. Le livre blanc de la filière bois du Département de l’Ain finance la construction de bâtiments utilisant des essences locales à hauteur de 10 % dans un maximum de 30 000 euros, la Région à hauteur de 20 % jusqu’à 50 000 euros, voire de 30 % jusqu’à 100 000 euros, sauf pour les entreprises : maximum 10 % dans la limite de 25 000 euros. À cela s’ajouteront deux nouveautés en 2021, une bonification de la Dotation d’équipement des territoires ruraux (DETR) et des aides à l’immobilier d’entreprise. Or, si le code des marchés publics interdit de spécifier une origine pour les matériaux, il existe une exception : les AOC.
Une demande sociétale
La SARL Scierie Grandpierre, à Champagnole, dans le Jura, compte parmi les premiers transformateurs agréés Bois du Jura. Normal, son gérant, Gilles Grandpierre, préside l’AOC. « Nous avons fait comme le cahier des charges l’indique. Nous avons séparé les bois de l’appellation des autres et nous alternons les campagnes de sciage. En fait, nous vidons la scierie, avant de transformer les grumes labellisées, détaille-t-il. On sent une demande pour ce type de produits, mais il faut donner l’impulsion qui fera démarrer les choses. Il reste à conduire un gros travail de communication pour faire connaître l’appellation. »

L’AOC Bois du Jura désigne des pièces de toutes longueurs et de toutes sections, de sapin et/ou d’épicéa, brutes de sciage, ressuyées ou séchées, éventuellement rabotées ou encore, traitées. Il suffit qu’elles aient été débitées dans des scieries agrées, à partir de grumes produites et récoltées par des propriétaires et exploitants habilités, sur des parcelles à plus de 500 mètres d’altitude et situées, tout comme les scieurs, sur l’aire géographique de l’AOC.
Savoir-faire
Les grumes sont identifiées par des plaquettes, les grosses sections par un étiquetage aux deux extrémités. Il s’agit de promouvoir un savoir-faire local et en particulier, de favoriser une sylviculture traditionnelle, basée sur la régénération naturelle. Le cahier des charges impose des coupes régulières, espacées de 15 ans au plus, interdit les coupes rases de plus d’un hectare, exige l’emploi des provenances locales en cas de plantation et ne permet l’exploitation que de coupes préalablement martelées. Côté transformation, outre des exigences de qualité évidentes (rectitude du sciage, respect des tolérance dimensionnelles…), il exclut les pièces présentant un cerne moyen d’accroissement supérieur à 6 mm pour les petites sections et 8 mm pour les grosses sections. Ce cahier des charges a été établi au fil des ans et des discussions avec l’Inao. Il est associé à un plan de contrôle. Des contrôles opérés par l’organisme Qualisud.
114
L’aire géographique de l’AOC Bois du Jura s’étend sur 498 communes, dont 114 dans l’Ain.
208 000
Quelque 208 000 ha de parcelles sont éligibles à l’appellation, 22 000 en forêt domaniale, 116 000 en forêt communale, 70 000 en forêt privée.
Répondre à une tendance de fond

« La société demande de plus en plus des produits fabriqués dans l’Hexagone. Les initiatives autour du “made in France” se multiplient. Et le phénomène a été renforcé par la crise sanitaire qui a mis en lumière un vrai souhait de relocalisation, d’un fonctionnement plus national voire local », constate Jérôme Martinez, chargé de mission de la marque Bois de France.
La filière bois française compte deux grands types de marchés. Le principal d’entre eux est le privé. La construction concerne aussi bien les promoteurs, les entreprises que les particuliers. Ces deux derniers expriment également des besoins en mobilier et en menuiseries. Côté entreprises, de surcroît, les besoins en bois représentent des volumes très importants dans le transport : emballages, palettes, caisses, etc. Le particulier, lui, est consommateur de bois de chauffage et, de manière indirecte, d’emballages alimentaires.
Moins importants, les marchés publics sont en revanche, souvent exemplaires, emblématiques en termes d’image pour la filière bois. Jérôme Martinez cite la construction du village olympique pour Paris 2024, qui prévoit d’intégrer 30 % de bois, ou la signature du pacte Bois Biosourcés en Île de France.
Bois de France entend apporter à l’ensemble de ces marchés, une réponse à la fois technique (afin de pouvoir proposer tous les produits, de ne pas limiter les constructions) et juridique. « Les marchés publics ne permettent pas de spécifier une origine des produits. Il y a donc tout un travail à conduire pour les orienter vers la réponse attendue. »
Évidemment, l’AOC Bois du Jura partage ces enjeux et objectifs.
Foisonnement
La présentation en visioconférence de l’AOC Bois du Jura et de la marque Bois de France, le 15 décembre, s’inscrit dans une série de cinq rencontres organisées par le réseau Fibois. Une illustration du foisonnement actuel d’initiatives autour des filières forestières locales. Ont ainsi été dévoilées pendant la première quinzaine de décembre, les certifications Bois des Territoires du Massif Central et Bois des Alpes, ainsi que l’AOC Bois de Chartreuse.
Une marque pour les gouverner toutes
La marque Bois de France se veut complémentaire des marques de territoires. Elle entend valoriser l’ensemble de la chaîne de production, sur tout le pays.
«La marque Bois de France est une idée de professionnels désireux de distinguer leurs produits et d’apporter une réponse aux attentes de la demande. Comme pour l’AOC Bois du Jura, sa volonté est de garantir non seulement une transformation, mais une origine française des bois, ainsi que d’offrir une filière complète. Elle cherche à trouver l’équilibre entre cette garantie et l’efficacité du système pour les entreprises, à travers un référentiel le plus adapté possible à leur fonctionnement, décrit Jérôme Martinez, chargé de mission de la marque. L’objectif général est donner une dynamique à l’ensemble de la filière bois française. C’est un outil supplémentaire pour essayer gagner des parts sur notre marché intérieur et notamment, éviter l’export grumes françaises pour importer en retour des produits finis. » Bois de France vient en complémentarité des démarches locales. « La marque vise à valoriser l’ensemble des acteurs de la filière et à couvrir le pays en totalité, ce que ne permettent pas les différentes marques de territoires », précise encore le chargé de mission.
La chaîne toute entière
L’ensemble de la chaîne de production peut adopter la marque, même les prescripteurs comme les bureaux d’études, à qui une partie du référentiel est dédiée. Évidement, le cahier des charges diverge selon les acteurs. Une scierie qui souhaite s’afficher Bois de France peut le faire sans restriction à condition de séparer les bois français des autres, comme pour l’AOC Bois du Jura, ou d’afficher un pourcentage moyen supérieur à 80 %. Pour la deuxième transformation, ce pourcentage passe à 60 %… pour l’entreprise. Pour le produit fini, l’étiquetage Bois de France exige toujours un minimum de 80 % de bois français mis en oeuvre. Mais la démarche se veut simple. Une fois sa demande d’adhésion remplie et sa cotisation payée, l’entreprise peut utiliser la marque. L’audit par l’organisme certificateur intervient ensuite. Il peut d’ailleurs être couplé avec un autre audit, PEFC par exemple, afin de mutualiser les coûts de certification.
Par Sébastien Jacquart








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