Relancé par la préfecture et BTP Ain, l’observatoire de la commande publique relève que les appels d’offres n’ont pas retrouvé leur niveau d’avant crise.
«La commande publique est essentielle pour les secteurs du bâtiment et des travaux publics, rappelle Pierre Convert, président de la fédération BTP Ain. À l’échelon national, elle représente 50 % du chiffre d’affaires du bâtiment et 70 à 80 % du CA des TP. En réactivant, à l’initiative de la préfète de l’Ain, Catherine de la Robertie, notre observatoire de la commande publique, nous avons pu dresser un état des lieux, une photographie, voir si nous avions rattrapé la crise sanitaire, voire dépassé les niveaux d’activité de 2019, et mesurer les effets du plan de relance. »
Double impact
Pour ce qui est du rattrapage, il faudra attendre. Selon la Cellule économique régionale de la construction (Cerc), les 5 300 entreprises du BTP auront réalisé 1,9 milliard d’euros de chiffre d’affaires en 2020, contre 2,1 milliards en 2019, soit une baisse estimée de 13 %. Mais, elles ont commencé à se refaire, avec des situations variables selon les secteurs. La rénovation a plutôt bien repris, avec un niveau d’activité au 1er trimestre 2021 à 96 % de ce qu’il était en 2019 et de bonnes perspectives. Le nombre de logements mis en chantier est revenu à la normale (100 %). Quant aux mises en chantier de locaux, elles ont atteint leur plus haut niveau depuis 2012 (152 % par rapport à 2019). « Mais, c’est un marché difficile à analyser », tempère Stéphanie Pépin, directrice adjointe de la Cerc Auvergne Rhône-Alpes. Les appels d’offres de travaux se situent en revanche à 90 % de leur niveau d’avant crise, sous l’effet du double impact des mesures sanitaires et d’élections municipales décalées. « La perte s’est élevée à 72 % sur mars 2020, sans rattrapage sur la fin de l’année. Celui-ci continue d’ailleurs de se faire attendre », observe Stéphanie Pépin. Quatre appels d’offres sur 10 sont portés par les communes. Ceux-là ont été les plus impactés avec une baisse de 46 %, contre 8 % pour les appels d’offres du Département et de la Région.
Côté fonctionnement, la majorité des appels d’offres prennent pour premier critère d’attribution, la valeur technique (55 à 65 %). « Une vraie satisfaction, commente Pierre Convert. La fédération a mené un important lobbying en ce sens. Il y a encore quelques années, nous avions une maîtrise d’ouvrage à 100 % sur le critère de prix. » Pour Jean-Hubert Ronger, responsable du service développement de la Semcoda, « privilégier le prix, c’est risquer des déconvenues. Aussi, nous avons pris l’habitude d’écarter les offres anormalement basses. Mais le prix, c’est également, parfois, la condition de réalisation du marché. Nous essayons de mettre en place une approche globale ». Seuls 9 % des appels d’offres sont ouverts aux variantes. « Un paradoxe alors que le critère technique est davantage pris en compte », relève la préfète. En termes de délais de réponse, la moyenne se situe autour d’un mois. Enfin, la procédure adaptée représente 80 % des appels d’offres.
Quelles perspectives ?
En s’appuyant sur les données de la DGFip, la Cellule économique régionale de la construction (Cerc) a établi trois scénarios. En 2020, les budgets primitifs des collectivités prévoyaient 711 M€ de travaux, mais celles-ci n’en ont réalisé que 52 %. Si elles en font autant en 2021 (51 %), alors que 762 M€ de chantiers sont inscrits dans les budgets, cela représentera un volume d’activité en retrait de 12 % par rapport à 2019. Le deuxième scénario, basé sur la moyenne des travaux réalisés depuis 2009 comparativement aux budgets établis (53 %), réduirait l’écart à 3 % par rapport à l’année de référence. Enfin, le scénario optimiste imagine quant à lui que 68 % des chantiers puissent être réalisés. Le volume d’activité progresserait alors de 19 %. « De nombreux projets restent dans les tuyaux, mais cela n’a rien d’étonnant, après le renouvellement des équipes municipales », estime Stéphanie Pépin, directrice adjointe de la Cerc.
5 300
C’est le nombre d’entreprises du BTP dans l’Ain, lesquelles emploient 12 850 personnes.
France relance : beaucoup de petits projets
L’Ain recueille 10 % des projets lauréats en nombre, mais seulement 5 % en montant.
La Cellule économique régionale de la construction (Cerc) a recensé dans l’Ain, 465 projets labellisés France Relance, en incluant le Plan de Rebond de l’Agence de l’eau, la Dotation exceptionnelle de soutien à l’investissement local de l’État et le Bonus relance du Conseil régional. D’un montant total de 110 millions d’euros, ils ont été lancés par 283 maîtres d’ouvrage, majoritairement des communes et des syndicats des eaux, d’autant que l’État en a lancé moins dans le département que dans le reste de la région, à la fois en nombre et en montant. L’ensemble représente tout de même, 1,4 projet et 330 000 euros pour 1 000 habitants, ce qui situe l’Ain dans la moyenne basse d’Auvergne Rhône-Alpes. Mais, plus embêtant, si le département rassemble 10 % des projets de la région en nombre, ceux-ci ne pèsent que 5 % en montant. « Au lancement du plan de relance, la volonté d’aller vite a fait émerger beaucoup de petits projets, explique Stéphanie Pépin, directrice adjointe de la Cerc Aura, encore plus avec le bonus régional qui les ciblait particulièrement. »
Ces chiffres un peu en retrait n’empêchent pas la préfète, Catherine de la Robertie, de vanter les mérites du plan. Une « opportunité » dont « les collectivités doivent se saisir en soutien au secteur ». « Dans le département, comparativement à 2019, le nombre d’appels d’offres publiés a baissé de 32 %. Face à cette chute brutale, le Plan de relance était plus qu’une nécessité, mais une urgence, a-t-elle rappelé.Le but de France Relance est de bâtir la France de 2030, raison pour laquelle les fonds sont rapidement débloqués au lancement des travaux. » Et celle-ci de justifier la réactivation de l’observatoire de la commande publique : « Construire le monde de demain demande d’avoir un regard aiguisé sur le passé, d’adopter une lecture pragmatique, chiffrée, des impacts et des opportunités de la crise. »
Sébastien Jacquart








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