La nouvelle directrice générale du Syndicat national du décolletage (SNDec) dresse un bilan de santé de la filière et présente sa feuille de route pour négocier la transition vers un monde d’après sans motorisations thermiques.
Quel est votre parcours ?
Ingénieure agroalimentaire de formation, avec une double compétence en gestion de l’innovation produit et en marketing, j’ai effectué ma première partie de carrière dans l’industrie agroalimentaire où j’ai occupé différents postes en marketing et développement des ventes, d’abord dans l’épicerie (Ovomaltine, Twinings…), puis dans les produits laitiers Savencia, puis chez Lactalis, comme responsable du développement des ventes, puis comme responsable marketing de la division Food Service (BtoB).
Je suis arrivée en Haute-Savoie en 2016 à la faveur d’un rapprochement de conjoint. Après un congé parental, j’ai décidé de mettre mes vingt années d’expérience dans le marketing et le management opérationnel au service de l’industrie du décolletage. Je suis rentrée au Syndicat national du décolletage (SNDec) en 2018, d’abord sur des missions de promotion des métiers, puis en tant que responsable du développement auprès des entreprises, jusqu’à ma nomination en qualité de directrice générale du SNDec, effective depuis le 6 septembre.

Vous êtes une femme, vous ne venez pas du décolletage et vous n’êtes pas de la région… Votre nomination revêt-elle une dimension symbolique ?
J’aime à croire que j’ai d’abord été choisie pour mes compétences, mais il y a indéniablement une dimension symbolique. Nommer à la direction du SNDec une femme qui n’est ni du territoire ni du sérail, c’est un signal fort. En faisant ce choix, le conseil d’administration et son président montrent leur ouverture d’esprit et prouvent que le SNDec est prêt à évoluer et innover pour accompagner au mieux les acteurs de la vallée de l’Arve dans ce moment charnière que nous sommes en train de vivre.
Justement, comment se porte l’écosystème du décolletage ?
Les signaux sont globalement positifs, avec un dynamisme et une reprise d’activité assez soutenue, même s’il y a évidemment des situations très disparates en fonction des secteurs et des entreprises.
Dans l’automobile, qui pèse encore pour 55 % de l’activité globale de la filière, la reprise était au rendez-vous depuis le dernier quadrimestre 2020, mais la pénurie des composants qui met les constructeurs à l’arrêt se fait sentir depuis le début de l’été. L’activité devrait reculer de 15 % à 20 % au cours du dernier trimestre, et gommer une partie de la reprise enregistrée depuis un an. L’atterrissage 2021 devrait néanmoins rester en positif, en ligne avec les résultats de 2019.
Dans l’aéronautique, qui représente 20 % de l’activité globale du décolletage, la reprise s’avère également plus rapide que ce que les experts avaient anticipé, à la faveur d’un mouvement de renouvellement des flottes, qui bénéficie notamment à Airbus avec sa gamme Neo. Un niveau d’activité analogue à celui de 2019 devrait être atteint dès le premier trimestre 2022, alors que les premières projections tablaient sur 2024 au mieux.
L’activité des biens d’équipements se maintient également. Mais la solidité de cette reprise reste conditionnée à l’évolution de la crise des composants et des matières premières, sachant que les prix des matériaux courants ont enregistré des hausses allant de 30 % à 50 %. Le risque de pénurie est réel.
Quels sont les principaux défis que la filière doit relever ?
J’en identifie trois : la diversification, l’attractivité et les enjeux environnementaux.
Le premier défi, c’est évidemment la nécessaire diversification des marchés alors que les pouvoirs publics ont fixé l’arrêt des motorisations thermiques à l’horizon 2035. Le calendrier est particulièrement serré et laisse très – voire trop – peu de temps à la filière pour se transformer. Il va donc falloir amplifier les efforts déjà consentis depuis le lendemain de la crise de 2008 pour trouver de nouveaux débouchés.
L’autre défi, c’est celui du recrutement. Cette problématique antérieure à la crise s’est encore amplifiée depuis. À date, il y a plus de 1 000 postes à pouvoir dans l’industrie en Haute-Savoie, dont au moins 500 dans le décolletage. La nouveauté, c’est que la pénurie de personnel ne touche plus seulement les métiers qualifiés. Aujourd’hui, même recruter un magasinier devient difficile. C’est comme si la crise sanitaire avait fait évoluer les mentalités et le rapport au travail. Certaines entreprises rencontrent des difficultés à honorer leurs commandes faute de personnel. Pourtant, dans la vallée, un technicien qualifié est mieux payé qu’un ingénieur à âge équivalent.
Enfin, personne ne peut plus ignorer la prégnance des enjeux environnementaux. L’industrie ne pourra se développer que si elle accélère ses démarches responsables et durables, c’est-à-dire si elle est en capacité d’améliorer son impact sur l’environnement et de proposer un cadre de travail plus qualitatif à ses collaborateurs. C’est le socle de l’avenir de la profession.
Vous n’avez pas mentionné les questions liées à l’industrie du futur ?
Parce que l’essentiel des décolleteurs a déjà lancé leur (r)évolution numérique. Certains outils de l’industrie du futur font déjà partie du quotidien de nos industriels, même s’il y a bien sûr des degrés de maturité différents d’une entreprise à l’autre.
En outre, les fonds de modernisation automobile et aéronautique ouverts dans le cadre du plan France Relance, ou le guichet Industrie du futur, ont permis d’accélérer les investissements dans ce domaine, avec déjà une cinquantaine d’entreprises lauréates à date, sur les plus de 80 dossiers déposés. En tout, plus de 100 millions d’euros (M€) ont déjà été investis dans ce cadre, dont 25 M€ de subventions publiques.
Quelle est votre feuille de route pour accompagner la filière ?
Il convient tout d’abord de rappeler que la filière du décolletage compte 635 entreprises, dont 70 % sont implantées en Haute-Savoie, pour un chiffre d’affaires global de 2,3 Md€ (données 2019). La priorité reste de restaurer la compétitivité de l’industrie française par rapport à ses voisins européens. Nous avons obtenu une belle victoire avec la baisse des impôts de production. Pour mémoire, la réduction de la contribution sur la valeur ajoutée (CVAE) représente à elle seule un soutien à la compétitivité des industriels de la vallée estimé à 8 M€ par an, mais cette mesure n’est pour l’heure garantie que jusqu’en 2022.
Nous avons également obtenu, avec les structures partenaires du territoire, un plan de soutien spécifique aux industriels de la vallée doté d’un budget de 3,2 M€ sur trois ans, centré sur l’accompagnement à la diversification, afin d’aider à identifier et prioriser les marchés de destination à fort potentiel.
Sur le périmètre de l’environnement, nous déployons auprès des entreprises industrielles des dispositifs d’aide aux investissements en faveur d’un moindre impact environnemental (Arve Pure, Fonds Air Entreprises…).
Enfin, en matière de ressources humaines, nous allons déployer des actions d’accompagnement pour aider les décolleteurs à prendre conscience que l’argument salarial ne suffit plus et qu’ils doivent développer une véritable stratégie de « marque employeur » pour mieux attirer et fidéliser les talents. Et nous travaillons sur un premier diagnostic fournissant un indice de maturité RSE.












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