Cantines à 1 euro, la belle affaire ?

Cantines à 1 euro, la belle affaire ?

Début avril, le Gouvernement détaillait son plan pauvreté : les cantines à un euro et les petits-déjeuners gratuits dans les écoles des quartiers défavorisés. Des mesures loin de faire l’unanimité dans les communes.

Depuis fin avril, la cantine à un euro est instaurée dans le cadre du Plan pauvreté souhaité par le président de la République. Le 7 avril, la secrétaire d’État auprès de la ministre de la Santé, Christelle Dubos, précisait que le dispositif concernerait pas moins de 10 000 communes. « Dans beaucoup de communes rurales, les cantines n’offrent pas de tarification sociale. Du coup, les familles les plus en difficulté n’y mettent pas leurs enfants », arguait-t-elle.

Dans la même veine, et à la même période, le Gouvernement a annoncé la mise en place des petits déjeuners gratuits dans les écoles des quartiers en difficulté. Toutefois, ces changements, a priori positifs, ne suscitent pas l’enthousiasme escompté parmi les élus locaux. « Si le gouvernement aide les familles en soutenant les communes pour réduire le prix de la cantine, il doit le faire pour toutes les familles modestes et pas seulement celles qui vivent dans des communes qui, à ce jour, n’ont pas de tarifs dégressifs, réagit Jean-François Debat, maire de Bourg-en-Bresse. Aujourd’hui, il est question de n’aider que certaines communes rurales… Au nom de quoi les ménages pauvres de nos villes qui bénéficient de la solidarité locale seraient-ils privés de la solidarité nationale ? »

Autre inquiétude soulevée par les élus, la question du coût, non négligeable. Pourtant, l’État a indiqué que les communes qui s’engagent recevront une aide de 2 euros par repas, sachant qu’il coûte en moyenne 4,50 euros. Mais ce coup de pouce financier ne rassure pas le maire d’Ambérieu-en-Bugey, Daniel Fabre, sceptique. « Je suis très mitigé sur cet effet d’annonce. Il n’est pas question de contester le bien-fondé de cette opération, mais je m’interroge sur le périmètre défini. Je ne sais pas si le dispositif concerne toute la commune ou la seule partie “politique de la ville. Ensuite, la question du coût est pragmatique. Qui paie quoi et comment ? Sous quelles conditions ? L’aide promise sera-t-elle pérenne ou est-ce encore un effet d’annonce pour lancer le dispositif ? Telle est ma crainte. » Et Jean-François Debat de corroborer sur ce même point : « Le gouvernement a fait un effet d’annonce mais celui-ci n’a prévu que 20 millions d’euros maximum pour le financer… Or, le coût des mesures tarifaires de solidarité à Bourg-en-Bresse s’élève à près de 400 000 euros… Le Gouvernement essaie maintenant de réduire au maximum le champ des aides. »

Déresponsabilisation ?

Selon Daniel Fabre, le rôle des parents ne doit pas non plus être minimisé. « À travers le comité local de prévention de la délinquance, nous rencontrons des adolescents ou des jeunes adultes sans cadre, en manque de repères. Certains sont déscolarisés, d’autres vont à l’école mais sans l’appui familial. J’ai peur que les dispositifs des cantines à un euro et des petit déjeuners gratuits contribue, une nouvelle fois, à déresponsabiliser certaines familles qui se déchargeront sur la puissance publique. »

Cantines, Centrale d'achat régionale©Juan Robert-Région Aura
La Région a engagé un plan de 1,7 million d’euros pour remettre les produits régionaux dans l’assiette des lycéens.

La position de Villes de France

L’association pluraliste d’élus qui rassemble les villes de 10 000 à 100 000 habitants et leurs agglomérations du territoire national, s’est exprimée sur le sujet : « Si nous saluons la finalité des cantines à 1 euro, nous nous interrogeons toutefois sur la méthode et sur les modalités de mise en œuvre de cette démarche au sein de nos communes. Cette mesure, non concertée, intervient sans considérer le fait que beaucoup de communes se sont déjà engagés dans cette voie, faisant ainsi un effort financier, dans un objectif d’inclusion sociale le plus large possible. »


“La région dans mon assiette” pour favoriser les produits locaux dans les cantines des lycées

Le conseiller régional Alexandre Nanchi était en déplacement au lycée Alexandre Bérard d’Ambérieu-en-Bugey, le 3 mai, pour une charte de labellisation originale.

Cantines - La Région dans mon assiette
Les agents de cuisine, les lycéens et le personnel du lycée Alexandre Berard, lors de la signature du label, le 3 mai.

Dès 2016, le président de la région Auvergne-Rhône-Alpes, s’est attaché à appliquer la préférence régionale, afin de donner la priorité aux entreprises et aux produits de la Région. Ainsi, le label “La Région dans mon assiette”, doit permettre l’introduction des richesses du terroir dans les assiettes des lycéens. Après une phase pilote menée avec 27 lycées volontaires, la Région déploie actuellement la deuxième phase du programme de labellisation avec 107 nouveaux lycées concernés dans tous les départements du territoire.

À ce jour, le lycée Alexandre Bérard à Ambérieu-en-Bugey est le seul établissement du département à bénéficier du label “La Région dans mon assiette”. Le 3 mai, le conseiller régional Alexandre Nanchi et le proviseur du lycée, Marcel Bechet, en présence du maire d’Ambérieu-en-Bugey, Daniel Fabre, ont signé la charte de labellisation régionale. « Le repas est un moment essentiel pour les demi-pensionnaires et les internes du lycée. Et le fait de bien s’alimenter contribue à incorporer un territoire. Là réside aussi notre rôle éducatif », a souligné Marcel Bechet, en amont de la signature. La région Auvergne- Rhône-Alpes compte 290 sites de restauration dont seulement neuf confiés à des sociétés privées.

En tout, près de 27 millions de repas sont confectionnés chaque année dans les lycées. « Grâce à la centrale d’achat, nous avons souhaité amplifier la dynamique et l’acquisition de produits locaux afin de réduire le bilan carbone, a expliqué Alexandre Nanchi. Cette centrale permet d’acheter en quantité tout en profitant de prix intéressants. L’objectif étant aussi de garantir un prix d’achat aux producteurs et de simplifier les marchés publics. » Si les lycées de la région comptent actuellement 33 % de produits locaux, l’objectif est fixé à 50 % d’ici 2020.


Par Sarah N’tsia

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