Caroline Grosjean : « Technologiquement, notre profession est très avancée »

Caroline Grosjean : « Technologiquement, notre profession est très avancée »

La nouvelle présidente de la Chambre des notaires de l’Ain, par ailleurs notaire à Gex, décrit les enjeux auxquels sont confrontés les professionnels du droit aujourd’hui.

Vous avez été élue présidente de la Chambre des notaires de l’Ain à la suite de Maître Darmet le 27 mai dernier : comment envisagez-vous votre mandat ?

Je pense qu’il est primordial de communiquer davantage avec tous nos nouveaux confrères : avec les horodatages, de nombreux notaires se sont installés dans le département. Cette mesure a été très controversée. Toujours est-il qu’ils et elles sont là, et ce n’est pas évident pour ces nouveaux professionnels. Lorsque vous êtes notaire associé, vos confrères peuvent vous guider et vous expliquer les rouages du métier. Dans notre profession très réglementée, nous avons des droits, des devoirs et des obligations. Et nous nous devons une entraide.

Quels sont les grands sujets qui préoccupent actuellement votre profession ?

Justement, on parle surtout des relations entre les notaires et la Chancellerie, notre autorité de tutelle. Et évidemment, de l’arrivée des nouveaux notaires, consécutivement à l’horodatage, qui a nécessairement eu un impact sur les offices déjà en place. Les différentes vagues successives peuvent même mettre en danger les jeunes notaires installés depuis une date très récente. Je m’inquiète pour ces études fraîchement implantées, qui pourront rencontrer des difficultés à survivre si de nouvelles études se créent sur le même secteur. Et cette situation n’est pas facilement acceptable par tous, d’autant que les notaires déjà en place peuvent également horodater, notamment pour essayer d’empêcher l’installation de concurrents sur son périmètre. Au final, il demeure donc des déserts d’où les professionnels que nous sommes sont globalement absents, et des zones d’ultra-concentration de notaires.

Mais restons optimistes : la profession change… En fait, la profession a déjà changé : il nous incombe dorénavant de nous adapter. À mon sens, on peut essayer de résister avant que le changement ait eu lieu, mais une fois qu’il est enclenché, c’est de l’adaptation et de la souplesse dont nous devons faire preuve. Je n’étais pas d’accord avec l’horodatage : ils sont sept nouveaux notaires à être dorénavant installés à côté de chez moi… Mais le pire pour moi, ça a été les changements législatifs que nous avons connus, notamment sous la présidence de François Hollande. Aujourd’hui, nous bénéficions davantage de stabilité, ce qui est bienvenu.

Nous sommes 14 000 notaires en France, nous ne sommes pas 14 000 idiots ! Nous sommes capables de conduire de beaux changements, comme la signature électronique ou le zéro papier.

Caroline Grosjean, présidentes des notaires de l'Ain
Maître Caroline Grosjean, notaire à Gex, est la nouvelle présidente de la Chambre des notaires de l’Ain.

Des challenges attendent votre profession, comme le zéro papier ou la signature électronique. Des outils accessibles à tous les notaires ?

De nouveaux challenges nous attendent, comme celui d’accompagner les études installées depuis longtemps vers la transition du zéro papier. Mon étude a 700 ans : si demain je souhaite déménager, j’ai 600 m2 d’archives à gérer ! Comment peut-on passer au zéro papier, comment faire si l’on ne peut pas tout scanner… Nous sommes accompagnés par la profession. Là encore, on peut évoluer au quotidien dans sa pratique mais en allant juste un petit peu plus loin, en sortant de sa zone de confort pour trouver de nouvelles méthodes de travail. La profession met à notre disposition de nouveaux outils, mais bien souvent, nous n’avons pas le temps de nous les approprier. Il faut pourtant savoir investir dans un peu de temps, pour des outils qui peuvent nous en faire gagner beaucoup.

Quant à la signature électronique, je m’y suis mise en 2013. Même en rendez-vous extérieurs, on peut se déplacer avec sa tablette. Nous sommes loin de l’image parfois un peu poussiéreuse que les gens – ou l’État – peuvent avoir communément du métier de notaire. L’âge moyen dans notre profession, en France, est de 46 ans. Technologiquement, nous sommes inscrits dans une profession très avancée, via des outils créés en interne.

Pourquoi vous êtes-vous investie à la Chambre des notaires de l’Ain ?

Je pense qu’il est très important que nous participions tous à l’effort commun, collectif, pour faire avancer notre profession. Les nombreux outils développés proviennent de gens qui se sont investis au service du bien commun, chacun à son niveau !

Qu’est-ce que votre métier représente pour vous ?

J’ai toujours su que je serai notaire. J’éprouve une réelle passion pour mon métier, pour le droit. Mon père était notaire également.

Dans notre métier, on peut vraiment toucher à tout, nous sommes au cœur de la vie des gens et nous avons une réelle utilité. Notre rôle ne se situe absolument pas dans le conflit : nous nous devons de trouver un équilibre dans les contrats, dans un souci d’équité. Et le contact que l’on entretient chaque jour avec nos clients est essentiel. Enfin, nous vulgarisons le droit : certains contrats sont particulièrement complexes. Et nos clients doivent comprendre ce qu’ils font. Le professionnel du droit explique précisément et éclaire le choix du client. Nous devons également jongler entre les actes courants, la gestion de situations beaucoup plus complexes qui nécessitent des recherches… Ce n’est jamais la même chose !

Ce métier nécessite un investissement conséquent de temps, avec une amplitude horaire de 8h – 20h. Mère de trois enfants, je suis particulièrement organisée avec beaucoup de rigueur ! Ce qui est difficile pour une femme notaire, c’est qu’elle est encore considérée comme exerçant un travail longtemps réservé aux hommes. Heureusement que je bénéficie de l’aide de mon conjoint et de mes proches… Sans soutien familial, ça doit être particulièrement compliqué pour une femme de faire carrière.


Repères

Caroline Grosjean, notaire installée à Gex. Âgée de 45 ans, elle est mariée, mère de trois enfants. Elle travaille à l’étude de Gex depuis 2001, année où elle a été diplômée de la profession. Elle devient notaire salariée en 2008. En octobre 2010, elle s’associe avec trois autres notaires et emploie également deux notaires salariés. Caroline Grosjean se spécialise en droit des affaires (label notaire juriste en entreprise obtenu en 2018). Le cabinet, outre le droit généraliste, est également compétent en matière de droit des collectivités publiques et gestion de patrimoine.


Propos recueillis par Myriam Denis

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