La chambre régionale des comptes dévoile un rapport accablant sur les investissements engagés par le précédent directeur du Change.
Comme elle l’avait fait en début d’année pour la Soréa (Cf. Éco du 18 février), la chambre régionale des comptes (CRC) Aura a détaillé, lors d’un point presse, son rapport concernant le centre hospitalier Annecy Genevois (Change) pour les exercices 2014 et suivants… En préambule, son président, Bernard Lejeune, a souligné les points positifs mis en avant par le contrôle, comme la réussite de la fusion avec Saint-Julien-en-Genevois. En revanche, le pilotage de l’extension-restructuration des bâtiments, lancée en 2015 par Nicolas Best lorsqu’il arrive à la direction générale, est sérieusement remis en cause.
« La nécessité d’agrandir les locaux n’est pas contestée, mais le projet s’avère surdimensionné et inadapté. Le plus navrant c’est que ces errements auraient pu être évités s’il avait été soumis comme il se doit aux autorités de tutelles », résume Bernard Lejeune. Le plan de financement du projet, oscillant entre 101 et 143 millions d’euros (M€) selon les documents présentés, a, lui, été rejeté à plusieurs reprises par l’agence régionale de santé.
Il reposait sur un taux prévisionnel de marge brute estimé, certaines années, à 12 %, alors que le réalisé n’a atteint, au mieux, que 5,8 %. Le Change, qui a souscrit pour 158 M€ d’emprunts nouveaux en sept ans, a doublé son endettement et enregistre, depuis 2016, un déficit structurel. Et la CRC se montre très dubitative sur un retour à l’équilibre en 2026, le plan de redressement en œuvre reposant sur une maîtrise de la masse salariale*.
Au-delà de cette mauvaise utilisation de l’argent public, le rapport souligne les irrégularités qui ont entaché de gros marchés, comme celui de la conception, à Seynod, d’un bâtiment de soins de suite et réadaptation (32 M€) au profit d’une major du BTP. Cette dernière a aussi bénéficié de la cession, pour 16 M€, d’un ensemble immobilier (à Seynod toujours), alors même que d’autres offres étaient plus intéressantes.
L’attribution de marchés d’assistance à maîtrise d’ouvrage, coaching, optimisation fiscale est également mise en cause. Les contrôles de la CRC ont débouché sur l’ouverture d’une enquête du Parquet national financier, qui a procédé à des perquisitions au Change, au domicile de Nicolas Best, ainsi qu’au centre hospitalier universitaire de Nîmes, où il est actuellement en poste.
* En 2019, le Change employait 4 072 agents et disposait d’un budget total de 355 M€.
Sophie Boutrelle
Crédit photo : Nicolas Richard – Change







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