Christine Piotte : « Les femmes s’intéressent aux métiers en tous genres »

Christine Piotte : « Les femmes s’intéressent aux métiers en tous genres »

La directrice du CIDFF de l’Ain revient sur les enjeux de l’employabilité de la gent féminine dans le département, qui peut revêtir différentes formes, de l’intérim au numérique, en passant par l’industrie. No limit !

Christine Piotte, expliquez-nous ce qu’est le CIDFF, centre d’information sur les droits des femmes et des familles ?

Il s’agit d’une association loi 1901 qui existe dans l’Ain depuis quarante ans. Et au niveau national, c’est une fédération reconnue par les services de l’État et toutes les institutions publiques, puisque le CIDFF est agréé par l’État pour mener à bien ses missions. Dans l’Ain, en plus de notre siège à Bourg, 17 permanences ont assuré le maillage le plus complet possible du territoire en 2018. Ainsi, nous pouvons accueillir le public dans le Pays de Gex, sur la Côtière, à Ambérieu-en-Bugey, à Châtillon-sur-Chalaronne, etc. Compte tenu du nombre du nombre de personnes demandeuses — nous recevons 3 500 personnes par an, pour 10 000 demandes émanant de tout le département — notre stratégie est de nous inscrire le plus possible dans une relation de proximité. Cela répond à une problématique de mobilité, par exemple, mais aussi une demande exprimée par les entreprises partout dans l’Ain. Au niveau de l’équipe, nous sommes neuf personnes, dont des juristes, des chargés d’accompagnement vers l’emploi, un chargé de mission sur l’égalité filles/garçons, une personne dédiée à la médiation familiale…

Quelles sont précisément les missions du CIDFF, et plus particulièrement celles approchant l’emploi ?

Nous nous adressons aux femmes et aux familles. Nos missions sont très transversales et portent d’une part, sur l’information sur les droits et les devoirs, notamment en matière de droit de la famille, et d’autre part, sur l’emploi et la formation. Pour cette mission, nous sommes en lien étroit avec le secteur économique, nous accompagnons les femmes vers l’emploi dans un département où, finalement, le taux de chômage est relativement faible, mais sans que cela ne leur profite véritablement.

Face à ce phénomène, on peut avancer plusieurs explications : soit les qualifications attendues ne sont pas présentes, et justement, comment fait-on pour rattraper cela ? Comment convaincre un employeur d’oser embaucher quelqu’un sur la base de compétences repérées, d’aptitudes, et comment investir ensuite sur la formation ? Des personnes qui n’ont pas les connaissances requises peuvent se révéler extrêmement motivées et performantes pour travailler, notamment lorsqu’il s’agit de femmes élevant seules leurs enfants… Une autre question est de savoir comment peut-on garder les jeunes diplômé·e·s sur notre territoire, comment éviter leur fuite vers les grandes villes – et notamment Lyon. D’autant plus que dans le même temps, de nombreuses entreprises ne trouvent pas suffisamment de personnel qualifié, notamment dans l’industrie.

Comment remédier à cet état de fait ?

Nous travaillons en collaboration, par exemple, avec les agences d’intérim, pour permettre un meilleur accès des femmes à ce type de contrat. En effet, au niveau national nous avons constaté que l’emploi intérimaire n’embauche que 30 % de femmes, ce qui est peu, alors que de nombreux besoins sont exprimés par les entreprises.

Il peut s’agir d’une véritable opportunité et il est dommage de s’en priver, des recrutements s’opèrent à tous les niveaux. Les femmes ne doivent pas hésiter à envisager des secteurs plus pourvoyeurs d’emplois et peut-être également, plus rémunérateurs. Du côté des employeurs, il faut aussi lever un certain nombre de craintes. Ils peuvent se montrer un peu plus frileux quant au choix d’une femme dans l’intérim, du fait notamment des problématiques de garde d’enfants, lorsque les postes concernés s’effectuent en horaires atypiques.

J’ai en tête l’exemple d’une jeune femme, en poste actuellement au sein de la société Electricfil, à Beynost. Opératrice sur commande numérique, au terme de formations et de plusieurs missions de courte durée, elle s’est vue proposer une mission intérim de dix-huit mois : une réelle opportunité pour elle. Elle s’est montrée prête à changer de cap pour se tourner vers ces métiers. Elle travaille en 2×8, ce qui a nécessité forcément une adaptation de sa part, notamment pour la garde de ses trois enfants. Elle aurait pu opter pour un temps partiel, mais a fait le choix de son temps plein, extrêmement motivée et n’hésitant pas à prendre le car et finir son dernier kilomètre à pied…

Vous intervenez pour favoriser le retour à l’emploi, la conquête d’une certaine autonomie, et relayer les besoins des entreprises. Le lien, finalement, c’est le travail…

Tout à fait, le travail, l’emploi, l’autonomie sont des notions intrinsèquement liées. Notre domaine d’intervention ne doit, en cela, pas être clivant avec le monde économique : dans nos partenariats, nous nous rendons bien compte que nous entretenons des relations étroites avec les entreprises, qui ont bien compris l’intérêt de nos missions. Et l’autonomie se gagne avec son travail ou en créant son activité. D’ailleurs, en mars dernier, nous nous sommes intéressés aux métiers en tous genres, avec un focus sur les nouvelles formes d’entrepreneuriat, assorti de témoignages de femmes chefs d’entreprise. De plus, nous avons convié Ldigital, qui regroupe des femmes travaillant dans les métiers du numérique.

Le numérique et l’industrie, deux secteurs prioritaires pour vous ?

Oui, ces secteurs d’activité représentent un véritable potentiel en général, et pour les femmes en particulier. Très en amont, dès nos interventions en écoles, nous cherchons à ce que les jeunes filles puissent élargir leurs horizons et réfléchir à différents métiers, parfois éloignés de ceux auxquels elles pensent spontanément. Et ces professions ont besoin de compétences féminines ! J’ai abordé le sujet notamment avec le directeur d’une grande école d’informatique française, basée à Lyon et Paris. Il réfléchissait à la manière de recruter des filles, pour les intégrer au milieu de l’informatique pure. Il s’est intéressé via le travail d’une jeune thésarde, au genre des algorithmes qui sont présents partout au quotidien dans nos vies. Créés essentiellement par des hommes, ils ont un impact sur la façon de consommer, les produits, etc., qui ont alors une couleur plus masculine que féminine.

Dans le codage, on trouve 4 à 5 % de femmes et en plus, les taux ont baissé ces dernières années. Leur travail sert avant tout à développer des applications utiles à l’ensemble de la société…

Christine Piotte, directrice du CIDFF 01

Bio express

  • Âge : 61 ans (grand-mère de 5 petits enfants dont 4 petites filles)
  • Cursus : parcours universitaire lettres (allemand moderne et formation technique documentation)
  • Après un parcours dans diverses structures dont la CCI, elle a assuré durant 13 ans la direction du CIDFF 69 (40 salarié·e·s) et la direction du CIDFF 01 depuis le 1er janvier 2013.
  • Investie au Conseil d’administration de Centre Ain Initiative.
  • À titre personnel, elle est élue dans une commune de l’agglomération CA3B : Saint-André-sur-Vieux-Jonc.
  • Deux citations lui tiennent à cœur : « Tout discours à propos délasse, tout discours hors de propos lasse », Blaise Pascal.
    « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilante votre vie durant », Simone de Beauvoir.

Propos recueillis par Myriam Denis

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