Combien vaut votre entreprise : trois grandes méthodes de calcul

Combien vaut votre entreprise : trois grandes méthodes de calcul
Combien vaut votre entreprise : trois grandes méthodes de calcul
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Il existe plusieurs dizaines de méthodes pour évaluer une entreprise, mais elles peuvent être classées en trois catégories: patrimoniale, analyse des flux et comparative. Le choix de la méthode dépend du type d’entreprise et des objectifs de l’entrepreneur.

Méthode patrimoniale, analyse des flux ou comparaison ? Trois grandes familles permettent aux entrepreneurs d’évaluer leur entreprise, mais toutes ne sont pas adaptées à tous les cas. Les méthodes patrimoniales se basent sur la valeur de tous les actifs et passifs, et sont en général utilisées pour les entreprises bien installées.

Autre approche, l’analyse des flux de trésorerie. Elle détermine la valeur future d’une entreprise par projection du résultat, en cumulant les flux de trésorerie ou flux de fonds susceptibles d’être dégagés au cours des prochaines années. Cette façon de faire est particulièrement adaptée pour les start-up, notamment dans le secteur des nouvelles technologies. Enfin, les méthodes comparatives évaluent l’entreprise en rapport avec d’autres entreprises similaires.

De multiples situations

On pense souvent que l’on évalue l’entreprise uniquement dans l’optique de la vendre, de l’acheter ou de la transmettre. Mais il peut y avoir beaucoup d’autres raisons : notamment pour l’obtention d’un prêt, quand l’entreprise va servir de collatéral, ou encore avant de s’assurer ou lors de la disparition brutale d’un dirigeant. Connaître la valeur de son entreprise peut aussi être un outil de pilotage et de gestion, permettre de préparer une entrée en Bourse, une levée de fonds ou une augmentation de capital.

Procéder à cette analyse est également essentiel lors d’une fusion-acquisition, ou tout simplement pour les impôts : « Je pense que connaître la valeur de son entreprise est aussi important dans tout ce qui est cadre fiscal. On a tous une idée de la valeur de notre patrimoine personnel, combien vaut notre maison, notre voiture, etc. Il n’y a pas de raison de ne pas connaître la valeur de son entreprise », explique Cyrille Gonthier, directeur Corporate finance de Portzamparc, société de Bourse basée à Nantes, groupe BNP Paribas. Dans tous les cas, et quelle que soit la méthode d’évaluation choisie il est nécessaire de prendre son temps et de bien s’entourer pour préparer l’estimation et mettre des actions correctives en place. Une opération importante à ne surtout pas prendre à la légère.

Un panachage souvent nécessaire

Pour valoriser une entreprise le plus précisément possible, il est souvent nécessaire de faire un panachage des différentes méthodes, afin de prendre en compte à la fois la valeur patrimoniale de l’entreprise et son potentiel de développement. « Des méthodes, il peut y en avoir un grand nombre. En fonction de la taille de l’entreprise, et puis des circonstances, on va se lancer dans des calculs plus ou moins poussés, un nombre de formules et de méthodes différents. Une infirmière libérale qui est train de vendre sa patientèle ? Le calcul va être plus simple que celui d’un entrepreneur qui a une PME de 300 salariés sur 4 sites, avec de l’immobilier », explique Philippe Julita, expert comptable au cabinet Eurex à Annecy.

1. L’approche patrimoniale

Les évaluations patrimoniales fondées sur la valeur des actifs, couramment employées, ne sont vraiment pertinentes que pour les grandes et moyennes entreprises bien installées, telles que les industries, services et les activités de grands comptes. La valeur patrimoniale est la méthode la plus couramment employée pour valoriser une entreprise. Elle consiste dans un premier temps à déterminer le prix d’une société en additionnant la valeur réelle de tous les biens qui la composent et en retranchant toutes les dettes.

On obtient ainsi l’actif net comptable corrigé (ANCC) ou réévalué (ANR). Ce calcul se fait à partir du bilan de l’entreprise. On prend en compte le prix d’achat initial de l’entreprise, mais comme ce prix aura certainement évolué depuis, l’expertcomptable va évaluer le prix actuel de deux manières : soit en lui appliquant un coefficient multiplicateur en fonction de l’inflation, soit en ne jugeant que la valeur actuelle des actifs, sans prendre en compte le prix d’achat.

L’expert-comptable va prendre en compte la valeur de chaque actif sur le marché de l’occasion, essayant d’estimer la valeur de revente de chaque usine, chaque terrain, du stock, et de tout autre actif de l’entreprise, y compris les actifs immatériels ou incorporels, comme les logiciels et brevets. Cependant, si certains de ces actifs incorporels sont valorisés, d’autres n’apparaissent pas sur le bilan, comme par exemple l’image de la marque, sa notoriété, le degré de qualification du personnel…etc. Pourtant, ils contribuent eux aussi de manière significative à la valeur réelle de l’entreprise.

Goodwill VS Badwill

Pour prendre en compte ces actifs difficilement quantifiables sur un bilan, l’expert-comptable va faire appel à ce que l’on appelle le goodwill. Il correspond à la différence entre la valeur d’achat d’une entreprise et sa valeur économique actuelle. Ainsi, il représente la valeur des incorporels. C’est un élément supplémentaire de valorisation de l’entreprise, un facteur de surcote, qui peut prendre en compte par exemple la réputation de l’entreprise, un savoir-faire particulier, le climat social ou les perspectives d’avenir des marchés de l’entreprise.

Cependant, lorsque la différence entre le prix d’acquisition et la valeur actuelle de l’entreprise, y compris les incorporels, est négative, on va alors parler de badwill. Mais la méthode du goodwill va aussi apprécier la rentabilité économique anticipée de l’entreprise. Si on prévoit que l’entreprise va réaliser de meilleures performances dans les années à venir, on parlera également de goodwill. Et à l’inverse, de badwill si l’on s’attend à de moins bonnes performances. Apprécier le goodwill à sa juste valeur est donc un indicateur particulièrement important lorsque l’on vend son entreprise. Cela permet de se rapprocher au plus près de la juste valeur de la société, en prenant en compte tout son potentiel, et non en ne se basant que sur les valeurs comptables du bilan.

Le banquier a le dernier mot

Lors d’une vente, après avoir évalué son entreprise, négocié avec l’acheteur et trouvé un accord, il y a toujours un dernier juge de paix : le prix finançable pour l’acheteur. Et là c’est le marché bancaire qui va avoir le dernier mot. Le banquier a une approche différente du marché, car il va inclure des primes de risque, en fonction des secteurs d’activité. Et parfois il refuse de financer le rachat d’une entreprise qu’il estime trop chère, même si vendeur et acheteur étaient d’accord sur le prix.

2. L’analyse de la rentabilité

Idéales pour les entreprises jeunes, qui n’ont pas encore de chiffre d’affaires, et qui opèrent dans des domaines porteurs, les méthodes d’évaluation de la rentabilité permettent de valoriser le potentiel et la valeur future de ces jeunes pousses. Alors que les méthodes d’évaluation patrimoniale sont plutôt axées vers le passé et le présent, une famille de méthodes d’évaluation est résolument tournée vers le futur : l’évaluation de la rentabilité, que l’on appelle également actualisation des flux de trésorerie.

À partir d’hypothèses les plus rigoureuses possibles et l’établissement d’un business plan à 5 ou 10 ans, la valeur de l’entreprise sera déterminée par projection du résultat, en cumulant les flux de trésorerie susceptibles d’être dégagés au cours de ces prochaines années. On bâtira alors plusieurs scénarios, plus ou moins optimistes. L’expert-comptable prend alors en compte le flux de trésorerie opérationnel, ou cash flow, qui représente ce qu’il reste dans les caisses de l’entreprise après avoir payé les coûts liés aux ventes.

Il va également analyser le flux de trésorerie net, ou free cash flow, qui est une mesure de la performance financière de l’entreprise. Il représente la différence entre le flux de trésorerie opérationnel et les dépenses en capital. C’est-à-dire qu’il vient après déduction des investissements nécessaires pour le maintien et le développement de l’activité de la société.

Un exercice risqué

Pour déterminer la valeur de l’entreprise, le calcul consiste à additionner les flux de trésorerie disponibles après impôts, actualisés au taux de rentabilité exigé (c’est-à-dire ce que les investisseurs souhaitent obtenir), puis à en retrancher la valeur de l’endettement net. Cette méthode se base sur les performances futures de l’entreprise. Ainsi, les flux de trésorerie sont calculés sur des données prévisionnelles, c’est-à-dire des simulations, en moyenne sur les cinq à dix prochaines années, en fonction des performances actuelles de l’entreprise.

Plusieurs scénarios sont prévus, allant du pire au meilleur. C’est donc uniquement sur le futur de l’entreprise que va se baser l’évaluation, et non sur son passé. Cela rend cette méthode idéale pour les start-up à fort potentiel, particulièrement dans les domaines porteurs de la finance ou des nouvelles technologies. On notera à cet égard que, selon l’Institut Friedland, la part de patrons de start-up envisageant de vendre leur société rapidement est passée entre 2005 et 2017 de 1 à 30%.

Mais cette méthode est aussi la plus risquée, car personne ne peut prédire avec exactitude l’avenir. Le vendeur va avoir naturellement tendance à privilégier un scénario plus optimiste que l’acheteur, mais ils devront pourtant s’accorder sur les flux à prendre en compte, et leur évolution future, notamment en intégrant le risque, les taux d’intérêt et l’inflation. Un exercice compliqué, qui dépend souvent de critères d’interprétation subjectifs.

Deux marchés pour entrer en bourse

Une entreprise peut être cotée sur Euronext, ou sur Euronext growth. Ce dernier, tout en accueillant aussi des capitalisations boursières de l’ordre de 100 M€, est adapté aux PME ou aux ETI, donc des sociétés pas encore forcément très structurées en termes de gouvernance, mais qui souhaitent pouvoir accéder aux marchés dans le cadre d’un dispositif plus allégé. Euronext est réservé aux plus grosses entreprises, avec des contraintes supplémentaires, notamment en termes de gouvernance d’entreprise et de référentiel comptable.

3. Comparer les entreprises

Dernière grande famille de méthodes, l’évaluation comparative permet de comparer la valeur d’une entreprise à celles d’autres entreprises similaires. Elle est courante dans le secteur de l’artisanat, de l’immobilier, de l’hôtellerie et de la restauration. Pour évaluer une entreprise, on peut aussi la comparer aux autres, et se référer aux transactions passées. Avec l’évaluation comparative, l’entreprise va être valorisée à partir d’un échantillon de sociétés qui lui sont similaires en termes d’activité et de performance.

Prenons le cas d’une société cotée en Bourse et valorisée par le marché à 30 millions d’euros. Si, par exemple, l’entreprise a réalisé un bénéfice de 3 millions d’euros, sa valeur est de 10 fois son bénéfice. Ce multiple du bénéfice est appelé PER “price earning ratio” ou P/E. En faisant la moyenne du PER d’autres sociétés cotées similaires, on obtient ainsi un multiple moyen, par exemple 8,5.

On applique ensuite ce multiple à l’entreprise que l’on souhaite évaluer. Ainsi, une entreprise qui a réalisé un résultat net de 5 millions d’euros sera alors estimée à 5 × 8,5 = 42,5 millions d’euros. On peut aussi utiliser d’autres multiples, comme des comparables de chiffre d’affaires, des comparables sur résultat d’exploitation, etc. Bien sûr, cette méthode ne pourra être appliquée qu’aux entreprises bien établies, avec un chiffre d’affaires déjà conséquent et du résultat.

Des secteurs privilégiés

Pour les artisans, ou entrepreneurs dans le domaine de la restauration ou de l’hôtellerie, les méthodes comparatives peuvent aussi être utilisées. On s’appuiera cette fois sur la cote des fonds de commerce similaires, à travers un seul indicateur, le chiffre d’affaires. Cette méthode permet de trouver un juste milieu entre l’acheteur et le vendeur, ce dernier ayant souvent tendance à surévaluer son fonds de commerce.

Et bien évidemment, cet outil comparatif est essentiel dans l’immobilier, où les prix sont fixés en fonction du prix au mètre carré pratiqué dans un même quartier. Bien que les méthodes comparatives présentent plusieurs avantages, notamment leur facilité de mise en oeuvre et leur rapidité, tout en permettant une évaluation en adéquation avec le marché réel, elle doivent souvent être panachées avec d’autres analyses de la valeur. En effet, les fourchettes de montants obtenues peuvent parfois être très larges. De plus, les flux financiers futurs ne sont pas pris en compte avec ce mécanisme.


Romain Fournier

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