Commerces, comme on se retrouve !

par | 11 juin 2020 à 8H00

Un mois après la sortie du confinement, l’Eco de l’Ain fait le point avec les principales unions commerciales du département sur la reprise de l’activité.

En ce jeudi 11 juin, jour de parution d’Eco de l’Ain, voici un mois, jour pour jour, qu’a commencé le déconfinement. Un mois que les commerçants, contraints à la fermeture pour tenter d’endiguer la pandémie de Covid, ont retrouvé leurs clients avec, semble-t-il, un bonheur partagé. « Nous avons repris très fort. On a senti un manque. Les gens étaient frustrés de ne pas pouvoir acheter ce qu’ils voulaient, estime Christophe Pajot, fleuriste, co-président de Centre Commerces Bourg. Cela dépend des activités et des boutiques, bien sûr. La reprise est peut-être plus mitigée dans l’habillement. Ceux qui ont maintenu du lien avec la clientèle pendant le confinement ont un train d’avance sur les autres. » Sa collègue co-présidente, Sophie Janin, abonde : « L’équipement de la personne a repris très fort, d’autres plus modérément. Il reste des clients frileux qui n’ont pas encore retrouvé le chemin des commerces. »

Une envie réciproque

À Oyonnax, Thérèse David, présidente du Pôle du commerce du Haut-Bugey, ne dit pas autre chose. « Nous avions tous hâte de reprendre. Les clients en avaient assez d’être chez eux. Ils ont évidemment réinvesti les commerces. Nous en avons ressenti les effets, en particulier la deuxième semaine du déconfinement, quand la météo a davantage été de notre côté. Au final, le mois de mai n’a pas été si mauvais, alors que nous n’avons travaillé que 15 jours. On sent depuis un petit fléchissement. Et l’on note que certaines personnes ne sont pas encore sorties, restent prudentes ou vivent sur leurs stocks d’avant confinement. Peut-être les gens hésitent aussi à consommer face aux incertitudes économiques. »

À Belley, Loïc Kata, co-président de l’Ucab, note « une bonne reprise sur les 15 premiers jours, sans effervescence, mais avec du monde ». « Les clients, notamment les plus fidèles, avaient hâte de retrouver leurs commerces, estime-t-il. Les choses se sont un peu tassées, depuis, mais la fréquentation reste bonne. »

Au final, Mathieu Mohr, président d’Amblamex, fédération des unions commerciales d’Ambérieu-en-Bugey, Lagnieu et Meximieux, est le plus enthousiaste. « L’activité a bien repris, à la surprise des commerçants. Non seulement la clientèle est de retour, mais l’on accueille de nouveaux acheteurs qui ont voulu faire jouer la proximité, considère-t-il. Le confinement avait créé le sentiment de villes fantômes. Et cela a fait réfléchir les gens. »

Des mesures nécessaires

Les mesures barrières ont été laissées à la libre appréciation des commerces. Ainsi, certains imposent le port du masque, d’autres non. D’autres se concentrent sur le lavage des mains au gel hydroalcoolique ou sur les distances physiques, en limitant le nombre de personnes autorisées dans la boutique, simultanément. Tout cela n’aura donc guère constitué un frein à la reprise. Pour nombre de commerçants, au contraire, ces mesures ont rassuré. En réponse aux clients restés frileusement confinés, Sophie Janin insiste : « Ils peuvent venir en toute sécurité. Il était de notre responsabilité, en temps qu’établissements accueillant du public, de faire le nécessaire. Y compris, d’ailleurs pour la protection de nos salariés. » Et celle-ci de relever que les mesures prises relèvent le plus souvent du bon sens et ne sont guère contraignantes, dans des commerces de proximité où il est rare que l’on se bouscule. « On peut y consommer normalement. »

« Les clients ont besoin d’être rassurés », clament à l’unisson Loïc Kata et Thérèse David. « Il faut montrer que notre hygiène est irréprochable », ajoute cette dernière, convaincue de la nécessité de garder cette bonne habitude, pour réduire la transmission des maladies saisonnières, en général. Mathieu Mohr et Christophe Pajot, eux, relèvent que si les mesures barrières n’impactent guère les commerces, elles constituent une contrainte forte pour les prestataires de services, comme les coiffeurs ou les esthéticiennes. « Elles réduisent leurs capacités d’accueil, ce qu’ils compensent par des horaires élargis, face à des carnets de réservation bien remplis », souligne le président d’Amblamex.

Commerce Ain déconfinement

Divers accompagnements

Amblamex a accompagné la réouverture des commerces par des commandes groupées de masques et de gel hydroalcoolique. Les commerces restés ouverts pendant le confinement ont par ailleurs, pu faire profiter leurs collègues de leurs retours d’expérience. À Oyonnax comme à Bourg, on a communiqué pour inciter la clientèle à garder la bonne habitude prise pendant le confinement, de privilégier la proximité. Et les deux villes ont soutenu la reprise via des gratuités de stationnement. Le Pôle du commerce du Haut-Bugey a de surcroît proposé à ses adhérents, des kits de déconfinement, avec masques, gants, visières produites localement et 450 flacons de gel hydroalcoolique offerts par PRP Création. La plupart ont reporté leurs animations, mais pas l’Ucab qui a maintenu son jeu à gratter pour la fête des mères. Cela a permis de refidéliser, assure son coprésident, Loïc Kata.


Relâchement sur le port du masque

Nombre de commerçants constatent un relâchement de la clientèle sur le port du masque, ce qui ne manque pas de leur poser problème. Ils s’inquiètent en effet de rebuter les plus craintifs de leurs visiteurs. Aussi, à l’image de Thérèse David, présidente du Pôle du commerce du Haut-Bugey, la plupart continuent de le porter, tant pour rassurer que pour montrer l’exemple.


Par Sébastien Jacquart

95 %

Selon la Fédération nationale de l’habillement, 95 % des entreprises du secteur sont des TPE

15

La date des soldes a été repoussée au 15 juillet, à la grande satisfaction des commerçants qui vont ainsi pouvoir disposer de quelques semaines supplémentaires pour écouler les stocks printemps/été.

« Il y a eu un soulagement, une joie ! »

Entretien avec Thierry Tollon, Directeur du service Développement du Commerce à la CCI de l’Ain.

Thierry Tollon©CCI de l’Ain, Stéphane Laurencin

Comment la CCI a-t-elle œuvré durant la période d’inactivité ?

Avant tout, elle a mis un point d’honneur à informer de manière régulière et surtout, fiable, sur le flot d’actualités qui ont circulé. Elle a toujours vérifié ce qui était diffusable ou pas. Le personnel a aussi fait beaucoup de soutien, plus encore envers les CHR, pour qui la période s’est prolongée. On a informé chacun sur les dispositifs régionaux ou nationaux en essayant de trouver ensemble des solutions. La CCI a mis en place dès le début d’avril une carte des commerces qui étaient ouverts ou qui proposaient des services alternatifs, comme la livraison à domicile ou le drive.

La réouverture des cafés-restaurants qui a eu lieu lundi 2 juin a-t-elle rassuré les professionnels du secteur ?

Il y a eu un soulagement, une joie, un plaisir de retrouver ses clients. On sent une vraie envie de soutenir les commerçants. Tout le monde a été content de rouvrir ses portes, c’est sûr, même si cela reste tâtonnant et complexe. D’ailleurs, quelques-uns ont préféré ne pas encore rouvrir en attendant un retour à la normale. D’autres se sont mis à faire des plats à emporter et continuent à le faire. Pour certains, la donne semble avoir changé. Les difficultés du secteur sont plus organisationnelles ou financières. Les loyers et les charges recommencent à tomber.

La clientèle a-t-elle bien suivi ?

Celle qui avait l’habitude de déjeuner en ville et qui est encore en télétravail n’est pas revenue. On assiste sur ce plan-là à des changements et la situation est encore loin d’être stabilisée. Cette clientèle professionnelle qui déjeune dans nos restaurants pendant la pause… il y a une vraie incidence, typiquement dans une ville comme Bourg-en-Bresse.

L’Ain est un département touristique… Qu’en sera-t-il de la saison ?

On espère que celle qui va bientôt démarrer servira plus un tourisme de proximité qui rejaillira sur nos cafés, hôtels, restaurants. Pour l’instant, cela reste très difficile à appréhender. Toutes les réservations qui ont été annulées vont elles reprendre ? Il y a des établissements où toute la saison d’été est réglée en mars et qui pour l’instant n’ont rien. Qu’en sera-t-il cet été ? Bien malin qui peut répondre !


Propos recueillis par Éliséo Mucciante

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