Comprenons-nous vraiment ce qu’est l’économie, quels sont ses fondements et quelles sont ses conséquences ?

par | 25 août 2026 à 14H00

La presse économique décrit quotidiennement des entreprises, des investissements, des emplois, des marchés et des financements. Elle parle moins souvent des conditions physiques, sociales et politiques qui rendent ces activités possibles. Définir l’économie oblige pourtant à décider ce qui doit être rendu visible : les flux monétaires, mais aussi l’énergie, les matières, le travail, les institutions, la répartition de la valeur et les dommages produits. Cette réflexion concerne directement les pratiques des médias économiques eux-mêmes.

Avant de chercher à savoir si « l’économie va bien », encore faut-il déterminer ce que l’on appelle économie. La question pourrait paraître théorique. Elle est au contraire très concrète : selon la définition retenue, un même territoire ne présente ni les mêmes réussites, ni les mêmes fragilités, ni les mêmes acteurs importants.

Une progression du chiffre d’affaires peut signaler une augmentation de la production, une hausse des prix, une acquisition ou un déplacement de parts de marché. Une création d’emplois peut masquer des suppressions ailleurs dans la chaîne de valeur. Un investissement peut développer une capacité productive, automatiser un site, répondre à une obligation réglementaire ou simplement remplacer un équipement usé.

Une croissance du produit intérieur brut (ou du chiffre d’affaires d’une entreprise) peut accompagner une amélioration des conditions de vie, mais aussi la réparation de dommages, l’épuisement d’une ressource ou l’accroissement des inégalités. Aucun de ces indicateurs n’est faux. Mais aucun ne suffit à définir l’économie.

Définir l’économie, c’est déjà choisir ce que l’on regarde

La définition dominante dans les manuels présente l’économie comme la gestion de ressources rares entre des usages concurrents. Elle met l’accent sur les arbitrages, les prix, les incitations et les comportements individuels. Cette approche fournit des instruments d’analyse puissants, mais elle laisse plusieurs questions ouvertes.

La rareté est-elle toujours une donnée naturelle ? Elle peut aussi résulter d’un droit de propriété, d’un défaut d’investissement, d’une répartition inégale ou de l’exclusion de certains publics. Des logements peuvent rester vacants pendant que des ménages sont privés d’habitation. Des denrées alimentaires peuvent être disponibles sans être financièrement accessibles. Une ressource abondante peut devenir indisponible parce qu’elle est polluée, privatisée ou située loin des lieux où elle est nécessaire.

Le besoin ne se confond donc pas avec la demande économique. Dans un marché, la demande est un besoin ou un désir accompagné d’un pouvoir d’achat. Ce qui n’est pas solvable risque de ne pas être produit, même si son utilité sociale est élevée. Inversement, une activité peut se développer sans répondre à un besoin essentiel, dès lors qu’elle trouve une clientèle ou un financement.

L’économiste et anthropologue Karl Polanyi distinguait ainsi deux sens du mot « économique ». Le premier, formel, renvoie au choix rationnel entre des moyens rares. Le second, substantif, désigne la manière dont les êtres humains organisent matériellement leur subsistance dans leurs relations avec la nature et avec les autres. L’économie est alors un « processus institué » : elle n’existe jamais indépendamment du droit, des normes sociales, de la famille, de l’État, des entreprises, des techniques ou des rapports de pouvoir. Les travaux consacrés à l’économie comme processus institué chez Polanyi rappellent que le marché n’est qu’une forme historique de coordination parmi d’autres, aux côtés de la redistribution, de la réciprocité et de la production domestique.

Cette distinction modifie considérablement le périmètre de l’information économique. Un territoire ne se réduit plus à la somme des entreprises qui y sont immatriculées. Il comprend aussi des ménages, des services publics, des associations, des infrastructures, des ressources communes, des activités non rémunérées et des relations de dépendance avec d’autres territoires.

Les comptes nationaux (ou locaux) ne sont pas une définition du réel

Le produit intérieur brut et la comptabilité nationale sont parfois traités comme une représentation complète de l’économie. Ils constituent en réalité une convention statistique particulièrement élaborée.

Le Système de comptabilité nationale des Nations unies organise les données relatives à la production, aux revenus, à la consommation, à l’épargne, à l’investissement et aux patrimoines. Cette architecture permet de rendre comparables des activités très différentes en les convertissant en valeurs monétaires.

Mais toute comptabilité possède un périmètre. Elle doit décider ce qui constitue une production, un actif ou une consommation. Ces choix répondent à des impératifs méthodologiques ; ils ne déterminent pas ce qui possède réellement une utilité économique ou sociale.

Le travail domestique et le soin non rémunéré restent, pour l’essentiel, en dehors du calcul central du PIB. Pourtant, élever un enfant, préparer les repas, accompagner une personne dépendante ou entretenir un logement contribuent à la reproduction quotidienne de la société et de sa force de travail. L’économiste Nancy Folbre montre que ces activités non marchandes augmentent le niveau de vie et soutiennent l’ensemble du système productif, tout en faisant l’objet d’un partage très inégal de leurs coûts. Son article sur les frontières statistiques de la production et du soin souligne que ce qui n’est pas compté ne cesse pas pour autant d’exister.

Le PIB ne doit donc être ni sacralisé ni rejeté. Il mesure un ensemble déterminé de flux monétaires de production. Il ne mesure directement ni le bien-être, ni la qualité des relations sociales, ni la distribution des revenus, ni la soutenabilité physique. Le problème apparaît lorsque l’indicateur cesse d’être considéré comme un outil partiel et devient, par glissement, la définition même du progrès.

Une économie transforme avant de compter

Avant d’être un circuit monétaire, une économie est un système de transformations physiques. Elle prélève de l’énergie et des matières, les fait circuler, les transforme, les incorpore dans des bâtiments, des machines ou des biens, puis rejette de la chaleur, des déchets et des polluants.

Les chercheurs travaillant sur le « métabolisme socio-économique » étudient précisément ces stocks et ces flux. Le terme ne constitue pas une simple métaphore biologique : il sert à mesurer les échanges de matières et d’énergie entre les sociétés et leur environnement. Les travaux fondateurs de Marina Fischer-Kowalski et Walter Hüttler ont ainsi fait du métabolisme social une base de l’analyse des flux matériels.

Dans cette perspective, l’activité économique ne crée pas de matière ou d’énergie. Elle les réorganise pour produire des usages : mobilité, chaleur, alimentation, logement, information, soin ou loisirs.

Nicholas Georgescu-Roegen a donné à cette approche l’un de ses fondements théoriques en appliquant la thermodynamique au processus économique. Certaines de ses formulations sur l’entropie matérielle ont été discutées par les physiciens et les économistes. Son intuition centrale demeure néanmoins robuste : l’économie absorbe des ressources disponibles et concentrées, puis restitue de l’énergie dissipée et des matières souvent dégradées ou dispersées. Une synthèse de sa contribution à l’économie écologique décrit ainsi le processus économique comme un travail soutenu par des flux d’énergie et de matière provenant de l’environnement (Ecological Economics).

Cette lecture interdit de considérer l’environnement comme un secteur particulier de l’économie, placé à côté de l’industrie, de l’agriculture ou des services. La biosphère constitue le système à l’intérieur duquel toutes ces activités sont possibles.

Herman Daly résumait cette relation en présentant l’économie comme un sous-système ouvert d’un environnement fini, et non comme un ensemble autonome auquel la nature fournirait des ressources extérieures sans limite (Economics for a Full World).

L’énergie, condition nécessaire mais non suffisante

L’énergie occupe une place particulière dans cette architecture. Aucun processus productif ne peut s’en dispenser. Extraire, transformer, chauffer, refroidir, transporter, éclairer ou calculer exige une dépense énergétique.

Même une activité apparemment immatérielle repose sur des équipements, des réseaux, des bâtiments et des opérations physiques. Une transaction financière nécessite peu d’énergie en elle-même, mais le système qui la rend possible mobilise des terminaux, des centres de données, des câbles, des systèmes de refroidissement, des ingénieurs et des infrastructures électriques.

La faible part de l’énergie dans les coûts d’une entreprise ne prouve pas sa faible importance productive. Un prix mesure une dépense dans un contexte institutionnel et technique donné ; il ne mesure pas directement le caractère indispensable d’un facteur. Plusieurs travaux de Robert Ayres, Benjamin Warr et Reiner Kümmel concluent que le rôle de l’énergie utile dans la croissance industrielle est sensiblement supérieur à ce que laisse penser sa seule part comptable dans les coûts. Cette thèse reste discutée, notamment sur la direction de la causalité entre consommation énergétique et croissance. La littérature disponible montre cependant une interdépendance forte plutôt qu’une relation accessoire.

Il faut en outre distinguer l’énergie primaire de l’énergie utile. Une partie de l’énergie est perdue lors de l’extraction, de la transformation et de l’utilisation. Une source énergétique doit également être évaluée selon sa disponibilité, sa densité, sa pilotabilité, ses besoins de stockage, ses infrastructures et l’énergie nécessaire à sa propre production.

L’énergie ne suffit toutefois pas. Une quantité supplémentaire d’électricité ne remplace pas automatiquement une terre fertile, une ressource en eau, du cuivre, un médicament, une compétence ou une organisation collective efficace. Les économies mobilisent simultanément des ressources physiques, du travail, du capital productif, des connaissances et des institutions.

Dire que l’énergie est fondamentale n’implique donc pas un déterminisme énergétique. Elle définit une partie du domaine du possible ; les choix techniques, sociaux et politiques déterminent la manière dont cette possibilité est utilisée et répartie.

Produire suppose aussi de reproduire

Une économie ne doit pas seulement produire des biens. Elle doit entretenir les conditions de sa propre continuité. Les machines doivent être réparées, les bâtiments entretenus, les savoirs transmis et les travailleurs formés, nourris, soignés et renouvelés. Une activité peut améliorer sa rentabilité à court terme en réduisant la maintenance, la formation ou les effectifs. Elle peut simultanément affaiblir sa capacité productive future.

Cette question de la reproduction est largement développée par l’économie féministe. Celle-ci ne se contente pas d’ajouter le travail domestique aux statistiques existantes. Elle montre que l’économie marchande repose sur des activités souvent invisibles ou sous-rémunérées : soin, éducation, santé, entretien et soutien aux personnes. L’approche dite du « social provisioning » propose ainsi d’évaluer l’économie à partir de sa capacité à assurer les conditions matérielles et sociales de l’existence, plutôt qu’à partir de la seule quantité de transactions marchandes (Marilyn Power, Feminist Economics).

Cette perspective déplace une autre notion couramment utilisée : la création de valeur. La valeur peut désigner un prix de marché, une valeur ajoutée comptable, un rendement pour l’actionnaire, une utilité sociale ou une fonction écologique. Ces significations ne sont pas équivalentes. Affirmer qu’un projet « crée de la valeur » sans préciser pour qui, selon quel indicateur et sur quelle durée revient moins à informer qu’à reprendre le vocabulaire de l’acteur qui le porte.

Les dommages ne sont pas extérieurs à l’économie

L’activité économique produit des biens et des services, mais également des émissions de gaz à effet de serre, des déchets, des pollutions, de l’artificialisation, du bruit, des atteintes sanitaires et une consommation de ressources.

La théorie économique les qualifie souvent d’externalités lorsqu’ils ne sont pas pris en charge par l’acteur qui en est à l’origine. Le terme peut induire en erreur : ces conséquences ne sont pas extérieures au processus physique. Elles sont extérieures à son prix ou à son périmètre comptable.

Le coût est alors déplacé. Une entreprise peut réduire ses dépenses en rejetant une pollution dont le traitement sera assumé par une collectivité. Une activité logistique peut créer des emplois et accroître simultanément les dépenses publiques d’infrastructure, la congestion et les nuisances. Une station touristique peut augmenter sa fréquentation tout en fragilisant sa ressource en eau ou en renforçant sa dépendance à une clientèle lointaine. Ces effets sont tous économiques, même lorsqu’ils ne figurent pas dans le compte de résultat de l’entreprise.

Les émissions de gaz à effet de serre constituent l’une de ces conséquences, mais non la seule. Elles dépendent du volume d’activité, de la nature de la production, de son intensité énergétique, de l’énergie utilisée et de l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement.

La distinction entre amélioration relative et réduction absolue est ici essentielle. Une entreprise peut réduire les émissions nécessaires à la fabrication d’une unité tout en augmentant ses émissions totales si sa production progresse plus rapidement. La productivité des ressources ne renseigne donc pas, à elle seule, sur le volume total des pressions exercées.

Une revue systématique de 835 publications scientifiques sur le découplage entre PIB, ressources et émissions conclut que des découplages absolus existent dans certains pays et pour certains indicateurs, mais qu’ils restent insuffisants au regard des objectifs climatiques et beaucoup plus difficiles à établir pour l’empreinte matérielle complète (Haberl et al., 2020).

La finance n’est pas l’économie, mais elle en organise l’avenir

La distinction entre économie et finance ne doit pas conduire à opposer trop simplement une économie « réelle » à une finance qui serait irréelle. Les relations financières produisent des effets matériels : elles permettent ou empêchent un investissement, déterminent le coût du crédit, modifient la propriété des entreprises et influencent les choix de gestion.

La finance organise principalement des créances, des dettes et des droits sur des revenus futurs. Elle permet de transférer du pouvoir d’achat dans le temps, de financer une activité avant qu’elle ne produise et de répartir certains risques.

Les banques commerciales créent notamment de la monnaie lorsqu’elles accordent un crédit. Elles ne se contentent pas de redistribuer une épargne préexistante, comme l’a rappelé la Banque d’Angleterre. Cette création monétaire produit un droit d’accès aux ressources économiques. Elle ne crée pas directement l’énergie, les matériaux, les infrastructures ou les compétences nécessaires à la réalisation du projet.

La finance sélectionne ainsi certains futurs. Le niveau de rendement exigé, la durée du financement et le taux d’actualisation modifient la hiérarchie des projets. Un investissement produisant des bénéfices réguliers pendant trente ans peut être écarté au profit d’un autre offrant un rendement plus rapide. Les coûts éloignés dans le temps pèsent moins dans les calculs financiers, même lorsqu’ils sont importants pour la collectivité.

La financiarisation ne désigne donc pas simplement la croissance du secteur bancaire. La sociologue Greta Krippner la définit comme une situation dans laquelle les profits sont de plus en plus réalisés par des canaux financiers plutôt que par les activités de production. Elle peut modifier les stratégies des entreprises elles-mêmes : rachats d’actions, distribution accrue de dividendes, endettement destiné aux acquisitions, arbitrage entre rendement immédiat et investissement productif (Capitalizing on Crisis).

Pour la presse économique, la confusion apparaît notamment lorsqu’une levée de fonds, une valorisation ou l’entrée d’un investisseur est présentée comme une création de richesse déjà réalisée. Un financement constitue une possibilité d’action et une modification de la propriété. Sa traduction en capacité productive, en emplois, en revenus ou en services doit encore être observée.

Ce que cette définition dit de notre propre journal

Cette réflexion oblige un titre de presse économique locale à examiner son propre travail. Non pour procéder à une autocritique de principe, mais parce qu’un journal participe lui-même à la délimitation de ce qui sera reconnu comme un fait économique.

Nos pages, comme celles de la plupart des médias spécialisés, sont naturellement alimentées par les événements produits par les organisations : investissements annoncés, résultats financiers, recrutements, acquisitions, lancements de produits, nominations, prix, ouvertures de sites et opérations de communication. Ces informations sont légitimes. Mais leur abondance peut donner de l’économie une représentation particulière : celle d’une succession de décisions prises par des dirigeants d’entreprise.

Ce biais ne suppose aucune consigne ni aucune manipulation. Il résulte d’une asymétrie très concrète entre les sources. Une entreprise, une banque, une chambre consulaire ou une collectivité dispose de communicants, de données préparées, de porte-parole disponibles, de photographies et d’un calendrier d’annonces. Les salariés, les sous-traitants, les riverains, les petites associations ou les générations futures ne disposent pas des mêmes capacités d’accès à la presse. Les écosystèmes, eux, n’ont pas de service de relations publiques.

La sociologie des médias montre depuis longtemps que les sources les mieux organisées ne contrôlent pas nécessairement ce que les journalistes écrivent, mais influencent fortement les sujets qui parviennent jusqu’à eux et les catégories dans lesquelles ces sujets sont présentés. Aeron Davis a ainsi montré que les relations publiques d’entreprise agissent autant par l’exclusion des sources non entrepreneuriales que par la persuasion directe des journalistes (Public Relations, Business News and the Reproduction of Corporate Elite Power).

En France, le sociologue Julien Duval a analysé les relations de proximité, de dépendance et d’émancipation entre la presse économique, les entreprises, la finance, ses lecteurs et ses annonceurs. Son ouvrage, Critique de la raison journalistique. Les transformations de la presse économique en France, montre que l’indépendance ne se réduit pas à l’absence d’intervention directe d’un annonceur. Elle dépend aussi de la capacité du média à construire son propre agenda, à diversifier ses sources et à ne pas reprendre spontanément la représentation du monde économique portée par les acteurs dominants.

Cette question se pose avec une acuité particulière dans la presse locale. Les journalistes, les dirigeants, les élus, les organisations professionnelles, les agences de développement et les annonceurs fréquentent les mêmes événements et travaillent dans un espace relationnel restreint. Cette proximité facilite l’accès à l’information et la compréhension du territoire. Elle peut également rendre plus difficile la mise à distance des discours convenus.

Un journal économique vit lui-même dans l’économie qu’il décrit. Il dépend de ses abonnements, de sa publicité, de ses partenariats, de ses événements, de ses coûts d’impression, de ses infrastructures numériques et du temps disponible dans sa rédaction. Cette situation ne suffit pas à invalider son indépendance. Elle impose en revanche de traiter celle-ci comme une pratique vérifiable, et non comme une qualité proclamée une fois pour toutes.

Examiner les mots avant de les reprendre

Une partie du travail critique peut commencer par le vocabulaire. Un investissement n’est pas nécessairement une somme déjà dépensée : il peut être annoncé, programmé, conditionné ou réparti sur plusieurs années. Une création d’emplois est souvent brute, sans information sur les suppressions, les postes indirects, la sous-traitance ou la qualité des contrats. Une innovation décrit une nouveauté, pas automatiquement un progrès collectif. Une entreprise « à impact » ou « engagée dans la transition » formule d’abord une revendication qui doit être documentée.

L’attractivité mérite la même prudence. Attractif pour qui : les investisseurs, les touristes, les salariés, les ménages ou les habitants déjà présents ? L’arrivée d’activités peut augmenter les recettes, les emplois et les services, mais aussi les prix du foncier, les déplacements contraints et les tensions sur l’eau ou le logement.

La compétitivité ne constitue pas davantage une valeur en soi. Elle désigne une capacité à soutenir la concurrence. Il reste à préciser par quels moyens — productivité, innovation, baisse des marges, compression salariale, subvention publique, avantage énergétique ou externalisation des coûts — et au bénéfice de quels acteurs.

Employer ces mots n’est pas problématique. Les employer sans les qualifier revient à transformer des objectifs particuliers en évidences économiques générales.

Passer de l’annonce au bilan

Une information économique complète ne devrait pas seulement examiner ce qu’une organisation annonce, mais ce qui se réalise ensuite. Combien d’investissements annoncés sont effectivement engagés ? Combien d’emplois promis sont encore présents trois ans plus tard ? Quelle part des aides publiques a été versée ? Quels objectifs de production, de consommation énergétique ou de réduction des émissions ont été atteints ? Les acquisitions ont-elles développé l’activité ou principalement modifié la propriété et l’endettement ?

Le suivi dans le temps est difficilement compatible avec le rythme ordinaire de l’actualité. L’annonce est immédiatement disponible ; ses conséquences apparaissent lentement et de manière dispersée. C’est pourtant dans cet écart entre la promesse et le résultat que se situe une grande partie de l’information économique.

Pour un titre local, cette fonction de mémoire pourrait constituer une valeur éditoriale spécifique. La presse nationale passe rapidement d’un territoire à l’autre. Un média implanté durablement peut revenir sur les projets, confronter les engagements aux réalisations et documenter les transformations longues.

Auditer nos propres pratiques plutôt que les supposer

Il serait cependant insuffisant d’affirmer que la presse économique est trop dépendante de la communication sans mesurer cette dépendance.

Un véritable examen éditorial pourrait porter sur plusieurs mois de publications : origine des sujets, proportion d’articles issus de communiqués, diversité des personnes citées, place respective des dirigeants, salariés, syndicats, chercheurs, associations et habitants, fréquence des données relatives aux aides publiques, à l’énergie, aux matières, aux salaires ou aux impacts, part des annonces suivies ultérieurement, présence éventuelle d’annonceurs ou de partenaires parmi les organisations couvertes.

Il faudrait également distinguer les formats. Une brève issue d’un communiqué ne répond pas aux mêmes exigences qu’une enquête, un entretien ou une analyse. Le problème ne réside pas nécessairement dans l’existence de contenus courts et factuels, mais dans leur poids relatif et dans l’absence éventuelle de contrechamp.

Sans cet audit, la critique reste une hypothèse. Avec lui, elle devient une question professionnelle documentée : quelle économie notre journal donne-t-il effectivement à voir ?

Changer d’objet, pas seulement ajouter une rubrique environnement

Élargir la définition de l’économie ne consiste pas à ajouter systématiquement un paragraphe consacré au carbone à la fin d’un article d’entreprise. Il s’agit de modifier l’objet même de l’information. Le sujet n’est plus seulement : « L’entreprise X investit 20 millions d’euros. » Il devient : « Que transforme cet investissement dans le système économique du territoire ? »

Cela conduit à examiner la capacité productive réellement créée, les ressources nécessaires, les emplois et leur qualité, la localisation des fournisseurs, les financements publics, la propriété du capital, la destination des profits, les infrastructures mobilisées, les dépendances nouvelles et les coûts transférés à d’autres acteurs.

Cette méthode ne suppose pas que chaque article traite simultanément tous ces éléments. Elle exige que la rédaction sache lesquels sont absents et qu’elle organise, dans le temps, leur traitement. Elle ne transforme pas non plus la presse économique en presse militante. Une couverture critique ne consiste pas à condamner l’entreprise, la croissance ou la finance par principe. Elle consiste à ne pas confondre le point de vue d’un acteur avec le bilan économique général de son activité.

La fonction d’un journal économique n’est alors ni de célébrer ni de désapprouver mécaniquement. Elle est de rendre visibles les flux, les dépendances, les choix et les conflits de répartition. La question pertinente n’est plus seulement : l’activité augmente-t-elle ? Elle devient : qu’est-ce qui augmente, grâce à quelles ressources, au bénéfice de qui, avec quels effets ailleurs et pendant combien de temps ?

C’est probablement à cette condition que l’adjectif « économique » cesse de rétrécir le champ de l’information et commence réellement à l’élargir.


Méthodologie : cet article s’appuie sur un corpus croisant économie institutionnelle, écologique et féministe, sociologie économique, comptabilité nationale et recherche sur les médias. Les travaux théoriques cités ne font pas tous consensus et sont présentés comme des cadres d’analyse, non comme des vérités définitives. Les sources institutionnelles, notamment celles des Nations unies et des banques centrales, sont utilisées pour leurs données et leurs conventions techniques, sans être considérées comme des arbitres neutres du débat économique.


Photo à la une : Martin Adams sur Unsplash.
L’article que vous venez de lire a été intégralement supervisé et contrôlé par un être humain : il n’y a donc aucune obligation légale de spécifier que nous avons fait appel à une IA pour sa rédaction. Cependant, dans un souci de transparence et d’éthique, nous signalons à nos lecteurs que cet article a été rédigé avec l’appui d’un outil d’intelligence artificielle générative, à partir des données collectées par GROUPE ECOMEDIA.

1 Commentaire

  1. robert

    Analyse fort instructive qui contraste fort avec les raccourcis habituels. Cela ne change pas mon quotidien de gérant de TPE, mais cela m’aura ouvert des horizons de réflexion. grand merci à vous

    Réponse

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