Malgré un marché en développement, le Comptoir des Plastiques de l’Ain pourrait être poussé à la fermeture, faute de pouvoir acquérir le bâtiment nécessaire à sa mise en conformité avec la réglementation.
Avec 35 ans d’existence, le Comptoir des Plastiques de l’Ain (CPA), à Pont-d’Ain, se présente comme « l’une des plus vieilles entreprises de France spécialisée dans le recyclage des plastiques à laver ». Ce gisement est constitué essentiellement de déchets ménagers, qui représentent environ 80 % du flux. Un flux appelé à se développer avec l’extension des consignes de tri, raison pour laquelle Pierre Blanc, président de cette société de 20 personnes pour un chiffre d’affaires de 7 millions d’euros, aurait dans l’idée d’investir pour doubler ses capacités à séparer les polyéthylènes des polypropylènes et autres polystyrènes, revendus après traitement à une clientèle majoritairement régionale (70 %). Sauf que l’entreprise est aujourd’hui menacée dans son existence même, piégée entre contraintes réglementaires et incapacité à s’étendre, donc à améliorer son dossier d’installation classée.
Le salut pourrait venir de l’achat d’un bâtiment voisin, anciennement occupé par un concurrent, la SERP, aujourd’hui désaffecté depuis une vingtaine d’années. « Si nous pouvions l’acquérir ou le louer dans son intégralité, il nous permettrait de stocker les déchets à traiter au sec et de régler ainsi la question du risque d’écoulements d’eaux pluviales chargées en polluants organiques, explique le président. La Dréal, aux dernières nouvelles, serait d’accord sur le principe. » Mais, la Communauté de communes Rives de l’Ain Pays du Cerdon, propriétaire du bâtiment, ne l’entend pas de cette oreille. Par une délibération votée le 24 juin, elle a préféré céder le site à une SCI de Challes-les-Eaux, HSB. Une décision que CPA a décidé de contester devant le Tribunal administratif. « Notre offre, pourtant de même montant, n’a même pas été présentée en conseil communautaire », se désole Pierre Blanc.
Zone inondable
Comment la situation a-t-elle pu devenir à ce point inextricable ? « À sa création, notre usine était un bâtiment relais construit par la mairie de Pont-d’Ain, qui devait nous être rétrocédé au terme de plusieurs années de loyers. Nous avons finalement procédé à un rachat anticipé, en 1995, raconte le président. L’acte notarié de l’époque ne précise aucunement une situation en zone inondable, tout comme celui du terrain que nous avons acquis par la suite pour extension. Nous avons d’ailleurs pu le faire construire. En tant qu’installation classée pour la protection de l’environnement, nous ne devrions pas être situés en zone inondable. Mais ce n’est qu’en 2000 que nous n’avons découvert le classement du site. Nous vivons depuis, avec cette épée de Damoclès sur la tête. » Ce classement expliquerait notamment que l’entreprise s’est vu refuser le permis de construire déposé pour couvrir l’espace de stockage actuel des déchets. Une situation aggravée, dixit Pierre Blanc, par le fait que la collectivité n’a jamais aménagé sur la zone du Blanchon, de réseau de collecte des eaux pluviales.
Évidemment, il serait plus simple de déménager. « Nous avons fait le tour des bâtiments disponibles dans l’Ain. Nous en avons visité 14 au total. Pas un seul n’est aux normes pour notre activité, certifie le dirigeant. Quant à construire… Ici, nous avons 14 000 m2. Si nous devions déménager, avec les nouvelles réglementations, il nous en faudrait 30 000. Un tel projet dépasse largement nos capacités d’investissement, d’autant que nous ne pouvons rien espérer de nos bâtiments actuels. Ils sont invendables. »
Ultime recours ?
La solution SERP apparaît donc comme la plus simple et la plus raisonnable. Pierre Blanc assure essayer de l’acheter depuis 14 ans, sans succès. Il reconnaît cependant avoir refusé une proposition à 2,5 M€ en 2011. « Ce prix était supérieur à l’évaluation qui en avait été faite avant 2008, alors que la crise était passée par là », justifie-t-il. Invité selon lui par les élus à se positionner à nouveau, à un tarif plus en phase avec cette première estimation, il a fait une offre à 1,3 M€, le 12 mai. Et il ne comprend pas qu’elle ait été rejetée sans même avoir été présentée au conseil communautaire. « Je me demande dans quelle mesure elle n’a pas juste servi à faire grimper les prix, auprès de l’autre acquéreur, ou en tout cas, à les maintenir », s’interroge-t-il. Son recours devant le Tribunal administratif vise donc à obtenir des explications et surtout à pousser l’intercommunalité à la négociation. « Je préférerais un arrangement amiable. » Mais, au regard des réactions des élus locaux (lire en encadré), ce n’est pas le chemin que prend cette affaire.

Les élus n’en veulent plus
« La CC Rives de l’Ain Pays du Cerdon a examiné en bureau, l’offre du Comptoir des Plastiques de l’Ain, exactement comme celle d’HSB. Nous avons décidé de ne pas la retenir car son process n’est pas adapté à la zone du Blanchon », tranche son président, Thierry Dupuis. Et le maire de Pont-d’Ain, Jean-Marc Jeandemange, d’enfoncer le clou : « Je ne veux plus de cette société à cet endroit. Elle a pollué pendant des années sans agir ni pour améliorer le traitement des eaux, ni la gestion des odeurs. Élus en octobre, nous avons mis le holà. Des effluves nauséabonds atteignent régulièrement le quartier du Blanchon. Et les habitants se plaignent. L’emploi, oui, le recyclage, oui, mais pas n’importe où, pas à n’importe quel prix. La seule manière de pérenniser l’entreprise, c’est une installation ailleurs. Des services de l’État aux collectivités, tout le monde est prêt à l’aider à se recaser proprement. »
Pas Sébastien Jacquart








0 commentaires