Conduire le changement selon la JL

par | 17 mars 2022 à 7H30

Créées pour mettre en avant son école des meneurs, les 5es Rencontres du leadership du club de basket burgien ont planché sur le rôle du manageur, dans un environnement mouvant.

Pour ses 5es Rencontres du leadership, le 8 mars à Ainterexpo, la JL Bourg Basket avait retenu comme thème principal : “le leadership indispensable pour accompagner la conduite du changement”. « Ces deux dernières années ont nécessité de grandes capacités d’adaptation. Le rôle du manager est de mettre une organisation en musique, ou encore, de transformer le pépin en pépite », a justifié Didier Lamy, président de BB +, le club affaires de la JL. Pour en débattre : David Charbonnier, directeur régional de Manpower, Christian Hubert, directeur commercial adjoint de l’Union financière de France (UFF), Lionel Calderini, directeur de l’École de coaching francophone, et Yassine Sene, ancienne joueuse de l’équipe de France de basket. Pour cette dernière, la clé de la conduite du changement réside dans l’anticipation. « Dans le sport, les réajustements sont permanents, mais avec le temps, on arrive à les prévoir, même s’il reste des aléas sur lesquels on n’a pas de prise, considère-t-elle. Dans l’avant comme dans l’après carrière, il faut sans cesse réorienter ses choix et ses objectifs, sa façon de voir et de faire. » Un point de vue tout à fait en phase avec celui de Christian Hubert. « Non seulement le leadership se cultive, mais il s’entretient. Du CFA au premier contrat, de la fin de carrière à la deuxième vie des sportifs, nous leur donnons des conseils pour la suite : qu’est-ce qu’une assurance blessure, temporaire ou définitive ? Un bilan de prévoyance ou fiscal ? Une feuille de paye ? Quand la différence entre le prévisionnel et le réel est anticipée, le stress est moindre, la performance meilleure. »

Dans le même ordre d’idée, Lionel Calderini juge que « le leader inspirant doit travailler à son inutilité, avoir deux ou trois coups d’avance et savoir s’entourer, pour permettre à ses équipes d’être dans le présent. Au moment de l’action, on ne demande pas à l’entraîneur de rentrer sur le terrain pour marquer le point ». Bien sûr, il est impossible de tout anticiper. « La question, alors, c’est combien de temps on reste dans la surprise avant de rebondir. J’ai accompagné des entreprises qui ont connu une hausse de leur chiffre d’affaires pendant la covid, alors qu’elles n’étaient pas favorisées par la situation. » L’une des conséquences de l’épidémie a été de replacer le mot “agilité” au cœur des organisations, selon David Charbonnier. « Chez Manpower, depuis deux ans, nous donnons davantage d’autonomie aux managers de proximité. Nous avons travaillé sur les temps courts, le management continu, le management visuel. Cela demande de la confiance, de créer une adhésion et que les équipes se connaissent. » Reste à trouver l’équilibre avec une vision de long terme, ce qui n’est pas évident.

Si le changement est volontaire, « il faut que ce soit pour quelque chose d’important », estime encore Lionel Calderini. « Ce doit être un soleil, une direction à suivre. Que suis-je prêt à perdre ou à sacrifier pour réussir ? Cette question, le sportif comme le manager doivent y répondre. »


Camille Lacourt, grand témoin

Camille Lacourt, Rencontres du Leadership, JL Bourg ©SJ

Nageur quintuple champion du monde, Camille Lacourt était chargé de débriefer ces Rencontres du leadership. « Il a beaucoup été question d’anticipation, a-t-il commenté. Mais, tout commence par un choix, celui de devenir sportif de haut niveau ou chef d’entreprise. C’est là qu’il devient possible d’agir. Et le meilleur leader, c’est celui qui reste ferme sur ses options. » Le sportif aura poussé cette logique jusqu’au bout. Même la fin de sa carrière est délibérée. « J’avais déterminé la date et j’ai terminé sur un titre de champion du monde. Ça ne pouvait pas mieux se passer. » S’il a dû apprendre quelque chose de ses années de compétition, c’est finalement à profiter. « Pour mes premières victoires en championnat d’Europe, j’avais tout envisagé, sauf la manière dont j’allais réagir. » Son dernier titre aura été en cela un aboutissement. « D’habitude, on se projette vers la saison suivante. Là, j’ai pu me retourner sur mon parcours. J’avais l’impression que l’on était 50 sur le podium ! »


Changer pour la RSE

Pour la JL, le leadership est une clé de voûte d’une démarche de Responsabilité sociale et environnementale.

Table ronde Rencontres du Leadership

« Beaucoup de clubs sportifs ont un projet citoyen, mais je fonctionne sur des temps plus longs. Je voulais avoir une vision à 360° », a raconté lors de la deuxième table ronde des Rencontres du leadership, Loïc Michel, directeur marketing de la JL depuis 3 ans, quant au projet de RSE (Responsabilité sociale et environnementale) du club. Ce projet, articulé autour de quatre thématiques (jeunesse, leadership, green, local), a valu à la JL d’obtenir un award de la part de l’Euroleague de basket, dès la première année de sa participation au programme One Team. Un programme dans le cadre duquel elle a accueilli huit résidents de l’Institut des jeunes sourds de Bourg-en-Bresse. Le club a par ailleurs supprimé les contenants à usage unique et développé des alternatives à l’eau en bouteille pour les entraînements. Les joueurs circulent à bord de véhicules électriques. Et un programme d’apprentissage des mathématiques à partir du sport devrait être mis en place l’an prochain, pour les élèves de sixième. Quant au public de ces Rencontres du leadership, chacun s’est vu remettre 10 actions Time for the planet.

Chez Oxbow aussi, on est engagé dans une démarche de RSE. « Il est souvent nécessaire d’agir loin de là où l’on se trouve, par exemple, pour nos approvisionnements en vêtements. Inde, Bangladesh, Chine… Nos impacts sont liés à 90 % à la culture et à la transformation de la matière première, observe Emmanuel Debrueres, repreneur de l’entreprise (100 personnes) en 2020. La relocalisation peut être une solution, mais un t-shirt produit au Bangladesh vaut 4 euros, en France 15 à 20 euros. Cet écart, les entreprises sont plus ou moins à même de le supporter. Nous avons fait le choix de ne nous verser aucun dividende pendant 5 ans, pour financer ce genre d’action. » Avantage, à l’heure des pénuries de main-d’œuvre, le projet est devenu un moteur du recrutement chez Oxbow.

Quant à Anne Floriet, championne paralympique de biathlon en 2006, aujourd’hui éducatrice auprès de jeunes souffrant de troubles du comportement, elle a su toucher le public, à travers ses expériences passées et présentes, pour vanter « tout ce qu’une personne handicapée peut apporter dans l’entreprise ».


Sébastien Jacquart

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