Comme pour tous, la période de confinement a bouleversé les habitudes des centres de formation. Une occasion de faire évoluer l’apprentissage.
« Il faut garder en tête que cela s’est passé du jour au lendemain. Il a fallu que l’on modifie toutes nos pratiques », explique Pascal Fayard, directeur du CFA du BTP. En moins d’une semaine, les portes des écoles et des centres de formations ont fermé. « Le vendredi 13 mars, nous avons informé les apprentis qu’ils ne reviendraient pas la semaine suivante. Le mardi 17 mars à midi, les salariés arrêtaient le travail en présentiel. » Pour remédier à l’absence dans les locaux, différents centres mettent en avant la prise de contact individuel. Mail, téléphone, visio, tous les outils sont bons. « Nous assistons à une fracture sociale chez les jeunes. D’un côté, nous avons des gens sérieux qui le demeurent qu’ils soient en présentielle ou à distance. Je dirais d’ailleurs qu’ils le sont encore plus à distance. De l’autre, nous avons des jeunes moins sérieux, un peu plus réfractaires aux cours. Le fossé s’est creusé. Parfois, nous passions trois quatre semaines sans avoir de nouvelles des jeunes, ni par mail, ni par téléphone », relève Pierre Roux, directeur de la MFR de Cormaranche. « Il peut s’agir pour certains de public en difficulté, d’autres non. Il faut donc les motiver, ajoute Pascal Fayard. Nous avons utilisé tous les outils lambda, que ce soit Zoom, Skype, etc. Nous avons même utilisé la suite logicielle Google. »
Changement durable
Pour aucun des trois centres, un retour en arrière est envisageable. « Pendant cette période-là nos formateurs ont suivi des webinaires et ont appris à utiliser les outils à distance. Désormais dans notre façon d’appréhender les jeunes, nous allons peut-être plus les former aux outils numériques. Il y a en effet des choses intéressantes à réaliser à distance, comme éventuellement des examens. Il s’agit aussi d’une manière d’obliger les jeunes à utiliser les outils informatiques. Dans le monde de la charpente, certains sont réfractaires au numérique. Mais il devient incontournable et permet de développer une forme de rigueur », commente Pierre Roux.
Reprise prudente
Reprendre, oui, mais pas n’importe comment. Du côté du CFA du BTP, l’équipe de direction a réintégré les locaux à compter du 5 mai pour préparer le retour de tous. « Les formateurs ont recommencé leurs activités sur site depuis le lundi 18 mai. Les jeunes attaquaient le lundi 25 mai. Nous avons mis en place une grosse organisation interne avec un plan de circulation dans l’établissement. Les modalités d’accueil le matin sont strictes, avec un lavage de mains obligatoire, la prise de température si nécessaire. De même, le port du masque est inévitable dès le portail de l’établissement. Mais nous pouvons remédier à l’oubli, aucun jeune ne sera exclu de cours parce qu’il n’a pas de masque » Un choix appliqué également à l’AFPMA et à la MFR de Cormaranche, chaque jeune doit prévoir “son”, voir “ses” masques, de sorte à être “couvert” toute la journée. « Nous avons toutefois la chance, par rapport à l’éducation nationale, d’avoir des groupes constitués d’un maximum de 15 jeunes. Ils ne changent pas de place, ni de classe pendant toute la semaine. Ils ont aussi leur propre matériel », ajoute Pascal Fayard.
Avec la reprise s’annoncent aussi les conseils de classe et les évaluations de fin d’année. Ceux-ci s’avèrent également difficiles. Si pour certains diplômes, personne ne sait comment ils se dérouleront, pour d’autres, il s’agira d’évaluations en cours de formation. Toutefois, la période de confinement sur la fin d’année scolaire a compliqué les choses. « Cette année nous allons faire des conseils de classe qui tiendront compte au plus haut point des livres scolaires et de toutes les appréciations, celles des maîtres d’apprentissage, celles des formateurs. Mais également l’assiduité, notamment pendant la période du confinement. Et nous allons ensuite recouper tout ça pour arriver à un choix le plus objectif possible. Beaucoup d’élèves se ressaisissent au deuxième ou au troisième trimestre. Là, il faut envisager les choses différemment pour ne pas les pénaliser », développe Pierre Roux.

Travaux
Alors qu’une nouvelle plateforme devait être construite à la MFR de Cormaranche, le projet a été repoussé d’un délai minimum de six mois à la suite du confinement.
Portes ouvertes… Virtuelles
« Pour les jeunes intéressés par une formation dans les locaux de l’AFPMA, nous avions une journée porte ouverte fin mars. Elle a évidemment été annulée. Depuis le début du mois de mai, nous en avons remis en place, mais par le biais de films et d’un tchat pour pouvoir échanger. Bien sûr il y a une différenciation, selon les types de formation : usinage, électrotechnique, chaudronnerie, soudage, explique Marie-Hélène Lebranchu, déléguée générale de l’UIMM de l’Ain. Cette vidéo de visite est réalisée en live, ainsi la participation peut se faire en instantanée. Pour ceux qui auraient loupé un live, ils peuvent le retrouver sur notre site internet. Nous avions également prévu au mois d’avril un job dating, que nous réaliserons finalement à distance compte tenu des contraintes. »
L’avenir des filières en jeu
La crise économique pourrait impacter sur le long terme.

Pour Vincent Gaud (en photo ci-dessus), président de la Chambre de métiers et de l’artisanat de l’Ain, le temps est à l’incertitude pour l’avenir des filières. « J’ai une énorme inquiétude, les entreprises risquent de réaliser toutes sortes d’économies. Aussi, si elles ne parviennent pas à avoir un carnet de commandes rempli, elles ne risquent pas de prendre un jeune. À l’instant T, je suis plutôt pessimiste quant à la rentrée de septembre. Dans les métiers du bâtiment, il s’agit notamment de remplir les agendas. Les sociétés ont peur. Concernant les métiers de la restauration, tout est lié à la réouverture début juin. S’ils peuvent ouvrir avec des règles raisonnables en termes de contrainte et que le travail suit, ils reprendront des jeunes. » Pour lui, philosophiquement, la question de l’embauche d’apprentis ne se pose pas, mais il ne s’agit pas seulement de ça. « À l’instant présent, la problématique d’un chef d’entreprise est sa survie suite à cette crise du covid-19. Il faut redonner de l’espoir aux gens, à l’économie, pour finalement en redonner aux chefs d’entreprise, ensuite seulement ils pourront reprendre des jeunes. »
Une inversion de courbe
Depuis plusieurs années, la courbe d’entreprises à la recherche d’apprentis était positive. Les sociétés étaient plus nombreuses dans leur recherche de jeunes, que le contraire. Même si la tendance était légère. « Si l’économie ne repart pas très rapidement, la courbe risque de s’inverser. Au niveau des artisans, un chef d’entreprise ne prendra pas un jeune s’il n’est pas sûr de pouvoir lui donner du travail et de le former correctement. Il n’utilise pas un jeune pour travailler à bas coût, mais bien pour le former. » Ainsi les chefs d’entreprise participent directement à la pérennité de leur filière, s’assurant de la main-d’œuvre pour l’avenir.
« J’espère pouvoir dire l’inverse dans un mois, mais pour l’instant l’économie repart extrêmement timidement. Pour ma part, je ne suis pas partisan des aides, elles ne déclencheront pas la prise d’un apprenti même en les doublant. » La CMA constate une baisse des demandes des entreprises, celles-ci étant deux fois moins nombreuses que l’année dernière à la même période.
Par Joséphine Jossermoz
Photo en tête d’article : Distance physique et port du masque de rigueur pour les enseignants du CFA du BTP de l’Ain, au moment de la reprise des cours.








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