CPME74 / Pascal Rey : « Je veux être un passeur d’énergie »

CPME74 / Pascal Rey : « Je veux être un passeur d’énergie »

Ancien apprenti boucher devenu commercial puis chef d’entreprise sur le tard, Pascal Rey, Président de Solution Logique Informatique (Pringy), a été élu président de la CPME 74 en avril. Il revient sur son parcours et sur ses ambitions à la tête de l’organisation patronale, qui organise jeudi 5 septembre sa deuxième rentrée des leaders. Interview.

Quel a été votre parcours ?

J’ai grandi à Annecy. Mon père était plâtrier-peintre et ma mère secrétaire Je me suis d’abord orienté vers le métier de boucher. Mais quand j’ai eu l’opportunité de reprendre un magasin ma femme m’a dit : « Tu es sûr ? Tu travailleras toujours le week-end et tu ne verras rarement les enfants… » Du coup, je n’y suis pas allé et j’ai même fini par quitter la boucherie pour me retrouver, par les hasards de la vie, dans l’informatique.

Comment ça ?

Après mon brevet de maîtrise en boucherie- charcuterie j’ai consolidé ma formation avec un cycle « supérieur de technicien de force de vente » à la CCI de Grenoble. Avec mon diplôme en poche, j’ai fait un crochet par l’immobilier pendant 5 ans. Puis, par relation (un contact rencontré dans l’école de danse que dirige mon frère), j’ai postulé dans un groupe national pour le placement de Photocopieur connecté. 6 mois plus tard j’ai eu l’opportunité de devenir Responsable commercial, pendant ces 12 années de service, je me suis passionné pour l’informatique et c’est naturellement que je me suis dirigé sur ce métier technologique.

“BIEN SÛR UNE ENTREPRISE A BESOIN DE FAIRE DES BÉNÉFICES MAIS JE N’AI PAS POUR AMBITION D’ÊTRE LE PLUS RICHE DU CIMETIÈRE !”

Et vous avez créé votre entreprise ?

Non, pas tout de suite. J’ai d’abord continué comme commercial dans une société de services informatiques. J’ai gravi les échelons jusqu’à devenir Directeur adjoint. Mais mes relations avec mon employeur se sont dégradées et nous nous sommes quittés en mauvais termes : 4 années de conflit aux Prud’hommes pour faire reconnaître enfin mes droits ! Ce n’est qu’après avoir quitté cette société que j’ai eu l’opportunité de reprendre Solution Logique informatique, en 2011, mais là non plus cela n’a pas été simple…

Que voulez-vous dire ?

Disons que la mariée avait été faite un peu plus belle qu’elle n’était en réalité ! Les premières années ont donc été consacrées au redressement. Ce n’est qu’à partir de 2014 que nous avons réussi à être dans une dynamique de croissance. Depuis nous sommes à 10-12 % de progression par an. Sur 2018-2019 (clôture en juin) nous allons réaliser un peu plus de 900 000 euros de chiffre d’affaires avec 11 personnes au total et nous visons le million d’euros sur 2019-2020.

C’est votre expérience personnelle atypique qui a fait de vous un patron très orienté social ?

Il est évident que d’avoir traversé ces épreuves m’a marqué mais j’ai toujours été un homme de valeurs. J’ai une approche humaine et participative : je consulte l’équipe lors de chaque recrutement et j’accorde plus d’importance au savoir-être et la personnalité qu’aux compétences techniques affichées sur le CV ; au quotidien, je mise beaucoup sur l’autonomie, la responsabilisation, la flexibilité au bénéfice de tous (entreprise et salariés) ; une partie des bénéfices est systématiquement redistribuée en primes… Tout cela me paraît simplement normal.

C’est aussi un moyen de fidélisation face à “l’aspirateur à main-d’oeuvre” Helvétique ?

Mon père est de Neydens et ma mère d’Archamps, deux villages très proches de la frontière. Alors le phénomène frontalier je le connais bien. Nous avons besoin les uns des autres. Parfois il peut y avoir des petits frottements avec nos voisins, comme lors de l’affaire des sacs à pain “Recrutement de la main-d’oeuvre sur notre territoire” cependant il ne faut pas oublier que la proximité de la Suisse participe aussi à la dynamique de la Haute-Savoie. À nous, patrons français, d’être bons et d’utiliser nos atouts : il n’y a pas de fatalisme à avoir de ce côté-ci de la frontière.

“Les milieux économiques ont tout intérêt à parler d’une même voix. Et je préfère toujours voir ce qui unit plutôt que ce qui divise, ce qui marche plutôt que ce qui ne va pas, regarder devant que derrière. Il peut y avoir des divergences mais elles ne doivent pas empêcher le maintien du dialogue et l’action commune sur les points qui nous rassemblent. Les bisbilles ne m’intéressent pas : je veux être un passeur d’énergie et un rassembleur. “

En début d’année, vous avez créé le réseau Performance, pourquoi ?

À l’heure d’internet et des multiples réseaux “sociaux”, on peut se poser la question, c’est vrai. L’idée c’est de favoriser le lien entre chefs d’entreprise autour de moments conviviaux et instructifs (un thème par réunion, avec sept rencontres ordinaires plus trois grandes conférences par an) et avec aussi une dimension solidaire (50 euros reversés à une association caritative lors de l’adhésion). On échange, on agrandit son réseau et in fine cela profite aux affaires donc à l’économie locale. Comme je le dis souvent : il faut faire tourner la planche à billets entre nous !

Parallèlement, vous êtes aussi devenu Président d’un autre “réseau”, la CPME 74. Pourquoi ?

Ce n’est pas la même chose : la CPME peut certes permettre de réseauter mais c’est d’abord une organisation de défense, de représentation et de services au profit de toutes les TPE et PME. J’ai adhéré il y a trois ans et j’ai d’emblée intégré le conseil d’administration car j’avais envie d’apporter ma pierre à l’édifice. Pour la présidence, ce n’était pas du tout calculé : Jean-Michel Delaplagne n’a finalement pas souhaité s’engager dans un nouveau mandat et plusieurs personnes m’ont incité à présenter ma candidature [NDLR : seul candidat en lice, il a été élu par le conseil d’administration le 23 avril].

Quel est votre programme pour les trois ans de mandat ?

Il y a de nombreux axes de travail mais l’un des principaux sera de renforcer notre notoriété, faire encore mieux connaître nos actions et ainsi accueillir de nouveaux adhérents. La CPME 74 c’est 415 entreprises représentant 6 500 salariés avec un taux de renouvellement des adhésions de plus de 85 % qui témoigne de notre pertinence et de notre efficacité. Mais nous pouvons encore mieux faire et nous visons les 500 adhérents en 2020. Être plus nombreux est doublement important : pour disposer de davantage de moyens d’action et pour avoir plus d’indépendance, en diminuant le poids des recettes publiques que la CPME reçoit en lien avec la cinquantaine de mandats sociaux qu’elle exerce dans les organismes paritaires et consultatifs.

Vous avez aussi annoncé votre volonté d’ouverture…

Oui. Je souhaite une CPME ouverte aux autres organisations sectorielles (Fagiht, BTP 74, Fédé 74…) et interprofessionnelles, y compris Medef et CCI [NDLR : avec qui les relations étaient parfois tendues ces dernières années]. Les milieux économiques ont tout intérêt à parler d’une même voix. Et je préfère toujours voir ce qui unit plutôt que ce qui divise, ce qui marche plutôt que ce qui ne va pas, regarder devant que derrière. Il peut y avoir des divergences mais elles ne doivent pas empêcher le maintien du dialogue et l’action commune sur les points qui nous rassemblent. Les bisbilles ne m’intéressent pas : je veux être un passeur d’énergie et un rassembleur.

Et le rassemblement avec la CPME 73 ?

Mon prédécesseur a évoqué que l’on pouvait se poser la question de fusionner et cela a-t-il fait pas mal réagir ! Ce n’est pas possible avec les statuts actuels et ni les instances régionales ni le national de la CPME ne poussent en ce sens. Au contraire l’idée est bien de rester au maximum en proximité avec ces adhérents. Sans parler des nuances historiques et culturelles qui peuvent exister entre nos deux organisations départementales. À mes yeux, la fusion pour la fusion n’a pas d’intérêt. L’essentiel c’est qu’on se parle, nous organisons une fois par an un conseil d’administration commun et nous coorganisons les voeux depuis 3 ans.

Le 5 septembre, la CPME 74 organise sa deuxième Rentrée des Leaders. De quoi s’agit-il ?

C’est un grand rassemblement, avec 400 dirigeants attendus à Rochexpo. Un événement convivial mais également riche en interventions, avec des ateliers thématiques (conjoncture, emploi, Brexit, sport et santé, transition numérique, délais de paiement) et une grande conférence avec plusieurs champions olympiques et paralympiques. Il permet tout à fois de se retrouver entre chefs d’entreprise, de développer la notoriété de la CPME 74 et de faire passer des messages en profitant de la tribune médiatique que permet un rendez-vous de cette ampleur. Et puis c’est aussi un moyen de privilégier l’achat local : il y a trois fois plus de stands cette année que lors de la première édition en 2018 (39 contre 13), preuve que la formule est bonne.


Propos recueillis par Éric Renevier

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