Décolletage : l’Allemagne, une grande soeur à suivre

Décolletage : l’Allemagne, une grande soeur à suivre

Une étude sur le décolletage outre-Rhin apporte de nombreux enseignements, dont un principal : la nécessité de créer des ponts entre nos industries.

La chambre de commerce et d’industrie française en Allemagne a mené une étude stratégique approfondie sur l’industrie du décolletage germanique afin d’analyser les points de convergence et de divergence avec la filière française, dont deux tiers des entreprises sont en Haute-Savoie. Outre-Rhin, la vallée de l’Arve dispose globalement d’une bonne notoriété. Pour autant, il existe peu de partenariats entre les entreprises des deux pays. L’étude a recensé de façon très précise le nombre d’entités situées en Allemagne dont l’activité principale est le décolletage, soit 633 entreprises, un chiffre à peu près équivalent à la France.

Elles totalisent 37 000 salariés pour un chiffre d’affaires global de plus de 5 milliards d’euros, contre plus de 14 000 employés dans l’Hexagone et moins de 2,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Si le tissu industriel est de part et d’autre composé en majorité de PME de moins de 50 salariés. Il ressort qu’en Allemagne les entités de plus grande taille ne représentent qu’un quart du total, mais concentrent trois quarts des effectifs. Les entreprises sont en majorité composées d’un actionnariat familial sur deux ou trois générations, une situation favorisée par les mesures fiscales fédérales. Les industries du décolletage outre-Rhin bénéficient, et c’est là un avantage de taille, d’une plus grande proximité géographique et relationnelle avec les équipementiers allemands, en tête des mutations en cours au niveau mondial dans le secteur automobile. Un voisinage porteur auquel s’ajoutent un fonctionnement très intégré des métiers et un écosystème solidaire qui accompagne activement la filière.

Suite à l’étude de la Chambre de commerce et d’industrie un Observatoire des équipementiers allemands va être constitué avec un focus sur les besoins en pièces décolletées dans les années à venir. Le consortium Stradec veut développer les modes collaboratifs entre les entreprises directement, mais également entre les différents acteurs de la filière, très dynamiques dans les deux pays et dont les synergies sont non seulement évidentes, mais également primordiales pour affronter les enjeux du marché automobile, avec en toile de fond la mutation énergétique en cours. Favoriser des rapprochements de PME est une stratégie qui permet d’apporter deux solutions aux défis à venir : augmenter la taille critique des entités pour les rendre plus compétitives au niveau international et se rapprocher des donneurs d’ordre par un ancrage des entreprises françaises en Allemagne. La coopération transfrontalière est plus que jamais d’actualité et est un axe fort de Stradec.

« Nous avons un écosystème, l’Allemagne en a trois »

Stradec dévoile une étude sur la filière allemande. Rencontre avec Roland Pascal, Annelise Fondary et Didier Sépulchre.

Pouvez-vous nous rappeler ce qu’est Stradec et quel est son objectif ?

Annelise Fondary : Stradec est un consortium qui réunit les organisations, les entreprises et les banques impliquées dans le décolletage. Ce plan établi pour deux ans est chargé de suggérer des orientations stratégiques déterminantes pour l’avenir de la filière.

Pourquoi ce zoom sur l’Allemagne ?

Roland Pascal : Nous avons d’emblée recommandé d’approfondir le benchmarking avec l’Allemagne, parce qu’il nous paraissait nécessaire d’aller au-delà des idées reçues. En effet, dans le domaine industriel, la France a bien des motifs de nourrir des complexes à l’égard de l’Allemagne. Quelles que soient les difficultés actuelles de l’automobile allemande, ce pays continue à tirer le secteur, notamment grâce à ses équipementiers comme Bosch et Continental qui fournissent le monde entier. Aujourd’hui, un tiers de la R&D mondiale dans l’automobile est allemande.

Quels sont les points de divergence et de convergence entre les industries allemande et française ?

Didier Sépulchre : Les différences principales entre l’Allemagne et la France ne concernent pas directement les entreprises, mais plutôt l’environnement des affaires, qui est clairement en faveur de l’Allemagne : temps de travail, conditions d’emploi, transmission avantageuse du patrimoine industriel… Avec un seul argument en faveur de la France : le coût de l’électricité. Plus encore que dans l’Hexagone, l’actionnariat allemand est profondément familial, souvent à la troisième génération. Il y a une certaine concentration. 55 décolleteurs totalisent la moitié des emplois. La concentration est aussi géographique : Bade-Wurtemberg, Bavière, Rhénanie du nord. Nous avons un écosystème, l’Allemagne en a trois.

L’Allemagne a-t-elle réellement une avance technique ?

Roland Pascal : Est-ce la cause ou la conséquence ? Toujours est-il que le chômage est bas et que l’industrie est fortement automatisée. Pour autant, il faut souligner que, selon les interviews réalisées par la chambre de commerce France-Allemagne, les décolleteurs allemands jugent très bon le niveau technique des décolleteurs français. Notre savoir-faire est reconnu, il n’y a aucun doute là-dessus.

Annelise Fondary : Un indice très positif est à relever : le marché français est souvent le marché export n° 1 pour les fabricants allemands de machines. Ceci étant, un point mérite une attention particulière dans la perspective de l’industrie 4.0 : l’Allemagne accorde beaucoup d’importance aux mutations en cours, par exemple le monde de l’automobile et le monde du logiciel travaillent étroitement ensemble.

Les conclusions de votre synthèse sont-elles optimistes ou pessimistes ?

Didier Sépulchre : En ce qui concerne l’avenir, l’Allemagne rejoint les études internationales pour estimer que le nombre de véhicules à moteur thermique vendus dans le monde va rester au moins stable jusqu’en 2030. Cette étude devrait faciliter l’approche du marché commercial allemand, voire faciliter des partenariats stratégiques, qui sont pertinents à l’échelle mondiale. L’étude nous a aussi été très utile pour identifier les axes des actions à conduire, notamment sur la nécessité de la robotisation, sur l’adaptation aux marchés de demain par la flexibilité, sur le lien à faire avec le marché mondial. Finalement, elle montre qu’au prix d’adaptations qui sont parfaitement à sa portée, malgré peut-être des phases de faiblesse qui peuvent survenir dans la conjoncture mondiale, notre industrie du décolletage a de solides raisons de voir l’avenir avec optimisme !

Regroupant l’écosystème haut-savoyard composant l’industrie du décolletage, le consortium Stradec s’est fixé plusieurs objectifs stratégiques, dont l’expansion internationale. À ce titre, l’Allemagne fait figure de pays moteur au niveau européen et mondial.

Par Sandra Molloy

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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