Développement durable : il y a urgence à agir

Développement durable : il y a urgence  à agir

Dans un monde où nous vivons à crédit – pour preuve, l’accélération des épisodes météorologiques catastrophiques –, le développement durable est un enjeu capital. Sur fond de dérèglement climatique.

Si la prise de conscience est réelle, confortée par un changement des mentalités, le développement durable doit être placé au coeur de la stratégie des entreprises… mais aussi du gouvernement, des collectivités et des citoyens. Tout le monde doit agir, chacun à son niveau. Des mesures sont prises mais se révèlent insuffisantes pour livrer, in fine, le seul combat qui vaille : sauver la planète.

Le développement durable ou plutôt la “transition écologique” (le dernier vocable utilisé) est devenu une priorité absolue dans le monde. Et le changement climatique, l’enjeu le plus important de notre époque. Sous les feux de l’actualité, l’Inde où depuis plus d’un mois le mercure s’affole, tutoyant régulièrement les 50° C (et jusqu’à 38° C la nuit). La canicule a déjà fait près de 92 morts dans l’État du Bihar, au Nord-Est du pays, et on ne compte plus les personnes hospitalisées souffrant d’épuisement à cause de la chaleur écrasante.

Du jamais vu depuis 30 ans. Plus proches de nous, les glaciers fondent à vue d’oeil, inexorablement, et reculent d’année en année. Sans parler de la énième canicule avec des températures dépassant les 40° C qui transforme depuis une semaine la France en étuve. Partout, les épisodes météorologiques extrêmes s’enchaînent. Au point que certains scientifiques – tout en se défendant d’être alarmistes – annoncent la fin de l’humanité en 2050. D’autres en 2100. Question de timing…

Sauver la planète est encore possible

Publié fin mai, l’article Existential climate- related security risk : a scenario approach de David Spratt et Ian Dunlop a provoqué un véritable raz-de-marée médiatique. Le message est sans appel : si nous n’agissons pas dans la petite fenêtre de temps qu’il nous reste, nous courons à notre perte. Un scénario bien plus dramatique que les 250 millions à un milliard de réfugiés climatiques annoncés par l’ONU d’ici 30 ans. Selon eux, la planète toute entière serait entrée dans un état de « sidération ». Les chercheurs parlent de sixième extinction massive des espèces. À la différence majeure que nous serions, cette fois, les seuls responsables de ce qui se produit !

En clair, l’humanité est en sursis. Pour autant, tout n’est pas perdu. D’où l’urgence d’agir. Patricia Espinosa, secrétaire exécutive des Nations Unies sur le changement climatique a déclaré lors de l’UN Climate Change Conference organisée à Bonn ce mois de juin : « Pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 et limiter le réchauffement planétaire à 1,5°C, il est nécessaire de réduire les émissions de 45 % avant 2030. »

David Spratt et Ian Dunlop martèlent qu’ « il est essentiel de construire très rapidement un système industriel avec zéro émissions de gaz à effet de serre ». À cette fin, l’état de New York a voté le 19 juin un projet de loi, le Green New Deal, ambitieux et coûteux pour atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050.

Les entreprises et les territoires s’engagent

Preuve s’il en fallait que l’avenir de la planète, et a fortiori celui de l’humanité, est corrélé aux décisions politiques. Mais qu’en est-il à l’échelle de notre territoire ? Pour Rémi Forsans, directeur développement économique de la nouvelle marque Annecy Mountains en Haute-Savoie, il est clair que « la transition écologique est devenue une priorité et que, par conséquent, elle peut devenir une préoccupation électorale ». Sur fond de prise de conscience collective.

Aujourd’hui, les citoyens et les entreprises de taille moyenne et grande, toujours plus nombreuses, s’engagent pour une planète plus verte, plus propre. Difficile, en effet d’imaginer un avenir économique sans mesures plus radicales.

Comme le répète Yvon Chouinard, fondateur et propriétaire de la marque de vêtements Patagonia, entrepreneur philanthrope de la première heure, « il n’y a pas de business à faire sur une planète morte ». C’est aussi en partie à lui que l’on doit la création en 2002 de “1 % for the Planet”, organisation internationale à but non lucratif dont la mission est justement de collecter des dons pour les reverser à des causes environnementales (lire cicontre).

UN DÉVELOPPEMENT DURABLE DOIT RÉPONDRE À NOS BESOINS PRÉSENTS, SANS QUE CELA EMPÊCHE LES GÉNÉRATIONS DU FUTUR DE RÉPONDRE AUX LEURS.

Gro Harlem Brundtland, Premier ministre norvégien (1987)

Plus que jamais, la transition écologique et la responsabilité sociale et environnementale (RSE) sont considérés comme de vrais leviers de business. Et l’idée est bien de faire rimer durable avec rentable. Un moyen aussi pour les entreprises de se différencier dans un monde en quête de “vertitude”. Une enquête publiée fin 2017, réalisée auprès de 1 400 dirigeants d’entreprise de taille moyenne et ETI (de 200 à 2 400 salariés) dans 14 pays, dévoile qu’un tiers des entreprises moyennes considèrent que mettre en place un programme de développement durable fait partie de leurs trois objectifs les plus importants à long terme.

Quand 58 % des entreprises interrogées reconnaissent que leurs clients attendent qu’elles fournissent des produits ou des services avec un impact social ou environnemental positif. Sous-entendu, un business model plus durable. Plus parlant encore, 59 % d’entre elles estiment qu’une stratégie de durabilité pourrait améliorer leur croissance et leur profitabilité. Récemment, l’étude de Price Waterhouse Coopers datant de décembre 2018 montre que les objectifs de développement durables (ODD) – au nombre de 17, adoptés en septembre 2015 par 193 pays à l’ONU – sont intégrés par 72 % des entreprises du panel (729 entreprises dans 21 pays) dans leur rapport annuel ou de développement durable. Et elles le font savoir.

À l’instar de L’Oréal qui s’est engagée à ce que l’intégralité de sa gamme ait un impact écologique ou social positif. On apprend aussi qu’une entreprise sur deux a identifié ses ODD prioritaires, signe d’une réelle prise de conscience. En tête, le travail décent et la croissance économique (79 %), suivi de la lutte contre le changement climatique (76 %) et la consommation & production responsable (66 %). Reste à passer à l’étape supérieure et à transformer les intentions en actions. En France, un comité de pilotage des ODD a été créé en avril 2018 pour justement construire collectivement une feuille de route nationale sur cette problématique majeure.

Avec le réchauffement climatique, combien de temps la Mer de Glace restera-t-elle de glace ?

1 % FOR THE PLANET : des entrepreneurs philanthropes au service de la cause environnementale

C’est en 2002 qu’Yvon Chouinard, fondateur de Patagonia et fervent défenseur de la planète, lance 1 % for the Planet, une organisation internationale à but non lucratif visant à rassembler les entreprises philanthropes autour d’un label et d’un message simples et identifiables par tous. « L’idée est de montrer que les entreprises peuvent être florissantes et philanthropes », explique Isabelle Susini (photo), directrice du fonds de dotation 1 % pour la planète France, basé à Bluffy (Haute-Savoie) depuis 2015.

Et surtout qu’elles peuvent oeuvrer pour la préservation de la planète « car les entrepreneurs doivent être les acteurs du changement. Ils ont un grand rôle à jouer pour réduire leur empreinte écologique, dans le choix de leur business et dans l’impact sur leurs collaborateurs », souligne la responsable, avant de garantir : « Quand on adhère au réseau 1 %, ce n’est pas pour s’acheter une bonne conscience. Nos membres sont des personnes cohérentes ayant une conscience environnementale élevée. »

C’est aussi un moyen efficace pour ces entreprises de se démarquer, grâce à un label connu du consommateur. Mais pas seulement. Il est un formidable outil marketing et RH. Le concept a fait son chemin et remporte un vrai succès. À date, elles sont 2 000 dans le monde et près de 300 en France, pays réputé très actif où la hausse est exponentielle, dont une bonne part en Auvergne-Rhône-Alpes. Pour beaucoup des entreprises familiales, start-up, TPE, PME et ETI, issus de tous les secteurs (cosmétiques, alimentaire, sport, ameublement, décoration…). Mais pas de grand groupe.

Le principe ? Chaque entreprise, petite ou grande, s’engage à reverser 1 % de son chiffre d’affaires net annuel aux associations présélectionnées par 1 % for the Planet, sur la base d’un contrat d’un an, reconductible d’une année sur l’autre. Depuis sa création, 175 millions d’euros ont été collectés dans le monde et alloués à des associations porteuses de projets environnementaux. Soit l’équivalent de 20 millions par an. En France, environ 5 millions de dons sont perçus, reversés à 90 % directement aux associations.

« La plupart des entreprises ciblent une association parmi celles agréées et leur versent tout ou partie de la somme, d’autres nous mandatent pour le faire », détaille Isabelle Susini. Autre possibilité offerte aux donateurs, le mécénat de compétence sous forme de prêt comptable, opération de nettoyage… « Des actions qui peuvent être valorisées dans le 1 % même si peu le font. » Selon elle, la force de ce réseau réside dans sa capacité à vérifier les flux financiers de chaque donateur « afin qu’ils soient justes et bien versés ». Pas de “fraude“ possible.

Et Écocert, l’organisme de certification français, vérifie son mode opératoire. Pour aider les associations de préservation de l’environnement à lever des fonds, et à être plus actives sur le terrain, le fonds a lancé il y a trois ans l’événement “Rencontres associations et philanthropes”, organisé cette année les 1er et 2 octobre à Paris. L’objectif : rassembler les principaux acteurs, à savoir les entreprises philanthropes et autres fondations pour augmenter les financements (www.onepercentfortheplanet. fr).

Un appel à candidatures a été fait auprès des 512 associations environnementales basées en France. Sur les 112 projets déposés, 40 ont été retenus pour “pitcher” leurs projets devant des mécènes. Cet événement est précédé d’une levée de fonds de 400 000 euros opérée par 1 % for the Planet qui financera les meilleurs projets. Actif, le collectif organise aussi des ateliers-cafés pour expliquer aux entreprises comment participer à la transition écologique.

Tourisme : Annecy Mountains, une marque verte ?

Lancée en 2017, la marque Annecy Mountains, qui réunit plusieurs territoires (le Grand Annecy, les communautés de communes des Vallées de Thônes et des Sources du lac d’Annecy, le syndicat intercommunal du massif des Aravis, soit 54 communes) s’est fixée pour objectif de faire rayonner la destination à l’international, sur les plans touristique et économique.

Embauché depuis début 2019, le directeur développement économique Rémi Forsans (photo, à gauche) ambitionne de développer la marque sur les bases d’un nouveau business model, dont l’environnement serait un axe central, en adéquation avec les projets du territoire. Avec la volonté de soutenir l’émergence d’une économie environnementale et vertueuse dans une logique de transition écologique. Il réfléchit actuellement avec l’Université Savoie Mont Blanc à l’élaboration d’une chaire économie environnementale pour identifier les nouveaux métiers du XXIe siècle au service de cette nouvelle économie.

« Nous devons trouver des solutions, aider à inventer de nouvelles entreprises, de nouveaux modèles pour limiter l’usage des ressources », explique Rémi Forsans, qui dispose avec le pôle touristique de la marque d’un budget annuel d’environ 350 000 euros pour mener à bien sa mission. Une stratégie en ligne avec la vision du président du Grand Annecy, Jean-Luc Rigaut (photo, à droite), qui souhaite faire d’Annecy une capitale verte européenne.

« Chaque année, Annecy Mountains absorbe environ 4 000 nouveaux habitants par an. Quid de l’air qu’on respire, de la qualité des eaux, de l’habitat ?… Alors que nous avons la chance de vivre dans l’un des rares bassins de vie de 300 000 habitants partageant sur un même territoire urbanité et ruralité », s’inquiète le directeur. À terme, ce développeur né (il est aussi à l’origine de la création d’OSV) prévoit d’attirer les meilleures compétences mondiales pour donner corps à cette nouvelle économie. Pour cela, Rémi Forsans plaide la création d’une structure indépendante qui ait l’autorité, la légitimité et la réactivité pour pouvoir oeuvrer et vite. Car le temps presse.



Dossier réalisé par Patricia Rey

Poster une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.