Dossier bien-être au travail : ne pas se tromper de sens

Dossier bien-être au travail : ne pas se tromper de sens

L’entreprise n’est pas là pour apporter du bien-être, mais pour générer du sens, ce qui favorisera l’épanouissement. C’est le point de vue des interlocuteurs réunis dans le cadre d’une table ronde lors du récent salon “On est bien”.

«L’entreprise n’est pas là pour créer du bien-être mais plutôt pour générer du sens, afin que les salariés ne viennent pas travailler avec des semelles de plomb. » C’est Louis Pernat, codirigeant du groupe industriel HBP, qui a proposé ce résumé lors de la table ronde organisée par la CPME 74 sur le salon On est bien, organisé à Annecy il y a quelques semaines (Eco Savoie Mont Blanc était partenaire). À la tête d’une soixantaine de salariés à Marnaz (plus de 15 millions d’euros de chiffre d’affaires), le dirigeant « rêve d’une entreprise constituée d’artisans et d’artistes : des personnes autonomes, responsables et créatrices. La segmentation des tâches empêche l’appropriation du travail par le salarié ».

Or, selon lui, c’est cette appropriation qui permet l’épanouissement au travail. « Le bien-être au travail passe d’abord par l’épanouissement : il faut que les salariés sachent pourquoi ils viennent travailler, a abondé Laurent Carrier, gérant d’Azêta (sous-traitance industrielle ; Cluses et Passy ; une centaine de personnes pour 3 millions de chiffre d’affaires), lors de la même table ronde. C’est pour cela que nous insistons auprès de chaque nouvel embauché sur les missions et les valeurs de notre entreprise. » Avec une partie de l’effectif constitué de salariés en insertion, parfois très éloignés de l’emploi, et la nécessité de devoir réaliser des tâches très répétitives, le message requiert beaucoup d’écoute et de dialogue.

«L’entreprise n’est pas là pour créer du bien-être mais plutôt pour générer du sens, afin que les salariés ne viennent pas travailler avec des semelles de plomb.»

« Il s’agit de faire comprendre au salarié que toutes les tâches sont importantes et que chacun participe à un tout », insiste le dirigeant. Et cela suffit à assurer du bien-être au travail ? Difficile à affirmer, bien sûr, mais donner du sens porte en tout cas ses fruits : « Nous organisons ces sessions de formation aux valeurs de l’entreprise depuis 2016 et nous avons constaté une nette baisse de l’absentéisme et des arrêts de travail. »

Codirigeante du groupe SI2A (formation et services informatiques ; Annecy ; 20 salariés pour 1,8 million de chiffre d’affaires), Ela Bojarun n’a « pas la prétention de dire que tout va bien pour tout le monde dans l’entreprise ». Mais ne veut pas en porter seule le poids : « Le bonheur, le bien-être, c’est aussi une question d’individu : il y a des facteurs personnels ou des problèmes relationnels entre salariés sur lesquels le dirigeant n’a pas forcément prise. » La dirigeante s’applique à répondre autant que possible aux demandes matérielles (cf. ci-dessous) mais insiste, elle aussi, sur l’importance du « sens », des « valeurs collectives » et du « lien ». Elle organise donc régulièrement des soirées surprises.

« Je donne l’heure et la tenue requise, mais pas le lieu ni le thème. Ça provoque des discussions en amont, donc du lien. Et ça fait des souvenirs. » En tant que dirigeante, Ela Bojarun n’oublie pas qu’elle a, en début de carrière, été salariée. « Je ne veux surtout pas reproduire ce que j’ai vécu, soupire-t-elle. D’accord, l’entreprise n’est pas là pour faire le bonheur des employés, mais elle a quand même une dimension humaine. Et puis, nous passons pas mal de temps au travail : autant faire ce que l’on peut pour qu’on s’y sente bien, non ? »

Évolution du poste de travail, aménagement des locaux, équipements… et si le bien-être du salarié était confié… au salarié ?

Le salarié au coeur des choix concrets

Évolution du poste de travail, aménagement des locaux, équipements… et si le bien-être du salarié était confié… au salarié ? Le bien-être au travail ne passe-t-il pas d’abord par les conditions de travail ? Évidemment que si, ont répondu les quatre participants à la table ronde du dernier salon On est bien. Exemples à l’appui. « Nous avions identifié des pistes d’amélioration sur un poste. Nous avons fait venir tout le monde : Carsat, ergothérapeute, médecin du travail… On était au top ! sourit Louis Pernat, pas avare d’autodérision.

Sauf que les nouveaux équipements n’ont pas été utilisés par les salariés… que nous n’avions pas intégrés au projet ! On a compris et on a repris le problème dans l’autre sens. On leur a dit : vous avez tel budget, montez le projet, faites venir les prestataires, essayez, choisissez ! Et là, ça a marché. » Ela Bojarun (SI2A ; à droite) est la seule des quatre participants à avoir instauré dans son entreprise une commission qualité de vie au travail. Elle sert notamment à faire remonter les besoins et les envies. Dernière mesure issue des travaux de ladite commission ? L’achat de ballons pour s’asseoir en remplacement des traditionnels fauteuils chez les salariés qui le souhaitaient. « J’accède à la plupart des demandes, tout simplement parce qu’elles sont pertinentes et raisonnables au niveau coût. Les salariés sont les mieux placés pour dire ce qui leur convient et ils ne demandent pas n’importe quoi », commente la dirigeante.

Initialement basée à Annecy-le-Vieux, Solution logique informatique (une dizaine de salariés ; chiffre d’affaires non communiqué) a doublé la superficie de ses locaux en allant s’installer à Pringy, fin 2016. « Avant le déménagement, j’ai demandé aux salariés comment ils voyaient les nouveaux bureaux, se remémore Pascal Rey (à gauche), le pdg. Ils m’ont tous dit : un open space ! Ça m’a étonné et franchement je ne l’aurais pas proposé de ma propre initiative. Je leur ai demandé s’ils étaient bien sûrs. “Oui, oui, ça facilitera la communication entre nous.” J’ai suivi leur avis et, depuis deux ans, cela fonctionne très bien. »

Les CHO les laissent froids

Chef happiness officer (CHO ; chef du bonheur). Le poste a commencé à voir le jour dans les grands groupes et tendrait à se diffuser… Pas jusqu’à nos PME, visiblement. Les quatre intervenants de la table ronde ont une approche trop transversale du bien-être pour le cantonner à un seul service ou un seul décideur. Aménagement des locaux (voire des horaires), ergonomie des postes de travail, relation au management et aux collègues, et bien sûr culture d’entreprise et objectifs partagés sont autant d’ingrédients du bien-être et du bonheur au travail.

Enquête express “Bien-être au travail” : réelle préoccupation ?

Eco Savoie Mont Blanc s’est livré à un petit sondage express parmi ses lecteurs les plus fidèles (Communauté Eco). Il n’a aucune valeur statistique : l’échantillon retenu est faible (130 personnes), non qualifié (multiples profils des répondants, employeurs et salariés) et comme la démarche était volontaire, les plus concernés par la question se sont sans doute davantage mobilisés. Il permet toutefois de se faire une idée et donne des pistes de réflexions. Les réponses aux questions fermées sont présentées dans les graphiques ci-contre.

Mais l’intérêt réside aussi dans les questions ouvertes et les réponses complémentaires. Ainsi, à la question pourquoi n’y a-t-il pas eu d’action de mise en place (les 31,4 % de « non » du premier graphique, p.36), la plupart des répondants pointent la responsabilité de l’employeur. À la question ouverte « Quelle est la plus grosse difficulté pour renforcer le bien-être au travail ? », les réponses ressemblent à un inventaire à la Prévert : le coût, le prix du mètre carré, le temps, des attentes trop variées, la difficulté de mesurer le bien-être, mais aussi l’inertie des salariés, la peur du changement, le manque d’implication du management intermédiaire… Bref, là, l’employeur est loin d’être seul en cause.

Enfin, parmi les « autres » actions mises en place pour le bien-être au travail (les 17,1 % en bas de la deuxième question ci-contre), la mise en place de l’entreprise libérée ou plus largement les évolutions managériales sont les réponses les plus fréquentes. Avec… le télétravail : pour être mieux dans l’entreprise, il faut être hors de l’entreprise ?


Par Eric Renevier

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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