Dossier International : les montagnes poussent les frontières

par | 7 Juin 2017

L’expertise et la compétence montagne sont reconnues au-delà de nos Pays de Savoie. Asie, Amérique, Moyen-Orient s’arrachent nos savoir-faire. Une réalité économique non négligeable.

Le rayonnement de nos montagnes – Chamonix, les 3 Vallées ou Paradiski… – ne se limite pas à accueillir des skieurs du monde entier. Il a généré un export du savoir-faire alpin, dans les stations de ski et pour l’industrie qui leur est liée bien sûr, mais aussi dans des secteurs comme les transports urbains, la protection des mines au Chili, l’environnement… À la pointe de la technologie, les domaines skiables français accueillent régulièrement des délégations étrangères qui se penchent sur leurs innovations. Des pays émergents qui veulent développer la montagne et le tourisme – comme la Turquie, la Chine ou l’Iran – s’intéressent à l’expertise de nos entreprises.

À titre d’exemple, des sociétés savoyardes ont fait le plein de commandes lors du récent salon Ispo Alpitec China 2017. Benoît Robert, directeur du cluster Montagne, annonce 500 millions de contrats signés par MND, la Compagnie des Alpes, le Club Med, ou encore Poma. Il évoque même un milliard d’euros de retombées économiques annuelles pour les 211 entreprises adhérentes à son organisme. «Cela donne des opportunités de développement à l’économie savoyarde. C’est un vrai relais de croissance !», souligne- t-il. Certaines entreprises tirent particulièrement bien leur épingle du jeu. Ainsi, à Sevrier, Altus réalise à 80 % son chiffre d’affaires à l’export avec ses parcours acrobatiques estivaux. Patrick Grand’Eury, directeur général de Lumiplan à la Bâthie renchérit : «Nous sommes dans une économie qui cherche, qui investit et le cluster Montagne a des moyens pour nous aider à nous étendre, à chasser en meute en coproduisant de plus en plus avec différents partenaires, en réunissant nos compétences et en les mettant en phase avec les demandes du marché.»

À titre d’exemple, des sociétés savoyardes ont fait le plein de commandes lors du récent salon Ispo Alpitec China 2017. Benoît Robert, directeur du cluster Montagne, annonce 500 millions de contrats signés par MND, la Compagnie des Alpes, le Club Med, ou encore Poma. Il évoque même un milliard d’euros de retombées économiques annuelles pour les 211 entreprises adhérentes à son organisme. «Cela donne des opportunités de développement à l’économie savoyarde. C’est un vrai relais de croissance !», souligne- t-il.

100 % international

Basée à Challes-les-Eaux, la société Wyss ne travaille même qu’à l’étranger en implantant des ski et snowdômes, quelle que soit la température extérieure. Leur premier snow-dôme au monde a ouvert l’été dernier à Riyad (Arabie Saoudite) : le Mountain experience sur 6 000 mètres carrés, dans un centre commercial ! Un projet de 7 000 mètres carrés est en cours d’installation au Caire (Égypte) et un troisième contrat pour un snowdôme de 10 000 mètres carrés vient d’être signé à Jeddad. «Pour suivre ces projets, nous avons créé une filiale en Arabie Saoudite», confie Jean-Claude Buchs, président de Wyss.

À MND, l’export représente 66 % du chiffre d’affaires et l’objectif est d’atteindre les 80 % d’ici deux ans. «C’est essentiel pour notre croissance » assure Roland Didier, directeur général de l’entreprise de Sainte-Hélène-du-Lac. Un développement qui impose une autre façon de travailler, en allant chercher des compétences avec du personnel bilingue, mobile et adaptable. Un enjeu industriel également pour être compétitif face aux concurrents, en fabriquant et assemblant sur place à l’étranger des pièces sans valeur ajoutée. MND a ainsi créé huit filiales de distribution dans le monde et vient de constituer une joint-venture avec une société chinoise pour arroser le marché asiatique. Travailler à l’étranger lui a permis d’impulser une activité de loisir outdoor pour des marchés émergents en Russie, en Europe de l’Est et en Chine. Autre avantage pour le groupe, le lissage sur toute l’année de sa production, auparavant centrée sur l’hiver des stations françaises. «L’export nous impose une plus grande rigueur dans la logistique, la planification, et les process industriels» conclut le directeur général.

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La carte des investissements en Savoie Mont Blanc :

Les Jeux Olympiques en Chine

Les nombreux accueils depuis vingt ans de délégations chinoises et de missions en Savoie Mont Blanc portent aujourd’hui leurs fruits. Les Jeux olympiques de Pékin de 2022 représentent une formidable opportunité pour les entreprises savoyardes. «Des dizaines de milliards d’euros sont investis dans l’aménagement des sites, avec des répercussions chez nous», s’enorgueillit Benoît Robert, fier de participer à “l’Équipe de France de la montagne” qu’est le cluster. Des accords signés entre des provinces et les villes olympiques chinoises et la région Auvergne-Rhône-Alpes, Chamonix et Chambéry dégagent des débouchés autour des Jeux olympiques pour la création en site vierge de stations qui accueilleront les épreuves olympiques. Derrière ces Jeux, il y a l’enjeu colossal du développement des sports de nature et de ski pour la classe moyenne chinoise. La Chine veut concevoir mille stations pour accueillir 300 millions de skieurs d’ici 2030, contre 5 à 6 millions actuellement.

Une balance commerciale positive

Si la France présente un déficit commercial de 48 milliards d’euros, la Savoie, elle, dégage un excédent. Elle a exporté pour 2,277 milliards d’euros et importé pour 1,368 milliard en 2016. «Et encore, ce chiffre n’inclut pas les entrées touristiques» se félicite Gérard Cattaud, ancien directeur de Camiva et aujourd’hui membre associé en charge de l’international à la Chambre de commerce et d’industrie de la Savoie. Même performance à l’international en Haute-Savoie, avec 5,127 milliards d’euros d’exportations en 2016, – les équipements mécaniques, le matériel électrique, l’électronique et l’informatique représentant 1,738 milliard d’euros –, et 3,952 milliards d’euros d’importations.

En Savoie, ce sont principalement les produits sidérurgiques avec la transformation de l’acier qui s’exportent. «Si un grand groupe nous quitte, nous sommes donc vulnérables » observe Gérard Cattaud. «Nous devons donc avoir davantage de PME, et d’entreprises innovantes offensives à l’international.» Actuellement, sur les 24 000 ressortissants de la CCI savoyarde, dont 15 000 commerçants, 650 seulement exportent. «Nous visons le millier d’entreprises exportatrices d’ici à la fin du mandat. Poussons-les à oser pour assurer leur pérennité.» Toujours en Savoie, les premières destinations restent stables, avec l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, le Royaume-Uni, les États-Unis et la Chine. «Ce dernier pays est en excédent sur la Savoie (NDLR : le département exportant pour 77 millions d’euros et important pour 101 millions d’euros), alors que pour les autres destinations, nous sommes en excédent commercial», confie Gérard Cattaud.

Mutualiser pour être plus efficaces

L’e-commerce n’en est qu’au balbutiement dans les exportations, même si cela démarre au niveau du tourisme. Quelques start-up se faufilent sur ces marchés. Pour les entreprises de Savoie Mont Blanc, l’export est synonyme «d’amélioration des marges, le marché français étant complètement saturé, insiste l’industriel. Le salut est donc à l’international». Une coordination entre les CCI de la Haute-Savoie, de la Savoie et de l’Ain mutualise les actions à l’international afin d’être plus efficace aux côtés des entreprises.

Thierry Perrier, EX-PDG GUICHON VALVES. L’export ? Un déverrouillage dans la tête.

Société chambérienne nous exportons à 85 % nos robinetteries industrielles à travers le monde, avec pour premier marché, la Chine. Au départ, nous avons accompagné nos clients Total, Rhône-Poulenc, Sanofi lors de leur implantation à l’étranger. Derrière, nous avons développé un savoir-faire et notamment le sur-mesure. La base a été de bien connaître la culture et la langue. Pour aller sur le marché américain, nous avons embauché un Américain, idem en Chine. Ici, à Chambéry, nous parlons huit langues. Nous n’avons pas de service dédié, mais une quarantaine d’agents actifs participent. La documentation est en anglais, notre site web est traduit en cinq langues. Avec ce dernier, nous avons gagné 10 % de clients que nous ne pouvions pas aller chercher, notamment en Australie ou à Djakarta… L’export, c’est une mentalité en anglais, une attitude d’ouverture et de pragmatisme, un déverrouillage dans la tête. C’est juste un marché. Cela nous permet de lisser notre charge, pour absorber les fluctuations du marché français. Nous pourrions nous installer à l’étranger, mais notre éthique nous incite à préserver l’emploi en France, à continuer à produire à Chambéry et à y investir.»

Patrick Grand’Eury, DIRECTEUR GÉNÉRAL LUMIPLAN MONTAGNE, pour qui l’export pousse à une forme d’agilité.

Lumiplan, spécialiste de l’information sur les domaines skiables, s’est tournée vers la Suisse et l’Italie pour ses premières expériences d’export à la fin des années 90. Puis, nous avons développé des partenariats avec les domaines skiables américains, via un partenaire offrant à des stations, un système d’information client. Ensuite, nous avons ouvert notre propre filiale américaine en 2015. pour reprendre le marché en direct. Ainsi, Lumiplan fournit déjà des panneaux d’information sur le temps d’attente au pied des remontées mécaniques, une filière qui s’étend seulement depuis cette année en France. L’expérience américaine avec une grande exigence de service nous a fait progresser, notamment sur la maintenance et le support client. Nous avons équipé des pistes de ski à Sotchi, nous attaquons maintenant le marché japonais avec une application mobile pour les stations. Et demain, direction la Chine ! L’export confère une forme d’agilité qui s’inspire des cultures et des fonctionnements différents, en conservant le meilleur de chaque partie. L’international représente déjà 25 % de notre activité et nous visons les 40 % d’ici trois ans pour contrebalancer le marché français mature.»

Un territoire de plus en plus mondialisé

Savoie Mont Blanc confirme son attractivité avec près de 25 nouveaux gros investissements étrangers intervenus dans les deux départements depuis 2009. Nos deux départements sont depuis longtemps une terre d’accueil pour les investisseurs étrangers. Selon les périodes, la typologie des secteurs concernés évolue. Mais au final, le profil de ces investissements est aussi diversifié que l’est notre économie. De la métallurgie à l’industrie lourde en passant par l’agroalimentaire, les machines-outils, la mécanique, les équipements de loisirs, et même les cliniques ou le thermalisme, aucune activité n’échappe à la mondialisation des capitaux.

Un mouvement toujours très dynamique puisque sur les quelque 70 plus grosses implantations à capitaux étrangers en Savoie Mont Blanc, environ 25 (détaillées ci-dessous et ci-contre) sont intervenues depuis 2009. Il s’agit d’ailleurs parfois d’évolution d’actionnariat déjà étranger à l’instar de Trimet qui a succédé à Rio Tinto Alcan à la tête de l’usine d’aluminium de Saint-Jean-de-Maurienne. Ou d’Ugitech dont l’actionnaire est toujours Schmolz & Bickenbach. Mais la société d’origine allemande a désormais son siège social en Suisse, tout en ayant comme premier actionnaire le Russe Renova.

Et, bien sûr, cette liste est loin d’être exhaustive puisque, outre celles que nous avons pu omettre, certaines opérations ne sont pas mentionnées à l’instar des sociétés qui ont disparu comme DMT en Savoie rachetée par l’Autrichien Andritz en 2010, mais fermée depuis. Ne sont pas listées non plus les petites entités comme la Savoyarde Kolor spécialisée dans les logiciels photographiques (2 M€ de CA et 29 salariés), rachetée par le géant américain GoPro en 2015. Savoie Mont Blanc est donc un territoire ouvert capitalistiquement sur le monde. Ouvert aussi d’ailleurs dans l’autre sens, celui de l’internationalisation des capitaux savoyards. Nombre de nos entreprises s’implantent en effet à l’étranger en y créant ou rachetant des sociétés.


Par Muguette Berment et Sophie Guillaud.


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