Secoué par les perspectives internationales, le marché automobile est au coeur de multiples mutations : technologiques, avec les véhicules connectés ou éco-compatibles ; et sociétales, avec l’apparition de nouveaux usages. Les sous-traitants des Plastics et Technic Vallées suivent de près ces évolutions qui apparaissent comme des opportunités pour rester compétitifs.

L’industrie automobile a entamé une nouvelle révolution qui conduira à une métamorphose en profondeur, à tous les niveaux de la chaîne de production.

Des opportunités pour les sous-traitants

Du fordisme/taylorisme au lean manufacturing, les constructeurs automobiles ont optimisé les process au fil du XXe siècle et ont inspiré de nombreux secteurs. Les mutations à venir supposent une étonnante souplesse de la part de tous les maillons de la chaîne, des équipementiers aux sous-traitants les plus petits. Tous les grands constructeurs se lancent dans la course aux véhicules propres ou autonomes ; le dieselgate et le durcissement récent du processus d’homologation qui en a découlé ont accéléré la tendance.

Volvo annonce pour sa marque la fin de la production du moteur thermique pour 2019 ! Renault-Nissan lance une co-entreprise avec Dongfeng, eGT New Energy Automotive, pour produire d’ici deux ans des véhicules électriques pour le marché chinois… « Les constructeurs font d’énormes efforts en matière d’investissements et de R&D », appuie Éric Valentini de l’Observatoire stratégique de la sous-traitance. Certains estiment même que 30 % des véhicules en circulation seront électriques d’ici 2030 ou 2040.

« Les exigences environnementales auront un impact sur la dimension technologique », note Jérôme Akmouche, directeur du Syndicat national du décolletage (SNdec). Pour autant, pas de solution miracle. « Le discours de la transition énergétique est souvent traité en binaire. On oppose une solution à une autre », analyse Éric Wettel, directeur de l’usine Bosch Automotive à Marignier, qui penche davantage pour des voitures aux profils variés en fonction des besoins.

Les mutations à venir supposent une étonnante souplesse de la part de tous les maillons de la chaîne, des équipementiers aux sous-traitants les plus petits.

Anticiper pour durer

Les entreprises des Plastics et Technic Vallées, qui pour beaucoup travaillent pour le secteur automobile, anticipent les changements à venir. « Les mutations en cours sont importantes, mais elles ne vont pas forcément impacter les fournisseurs tout de suite. À moyen terme, oui, estime Jérôme Akmouche. Les hybrides vont potentiellement nécessiter plus de pièces que le tout électrique. » Des fonctions pourraient disparaître, comme l’injection, ou se développer, comme les capteurs pour les véhicules autonomes et connectés. « Dans la vallée de l’Arve, des entreprises travaillent déjà pour l’électrique, précise Jérôme Akmouche. Les industries de Haute-Savoie sont prêtes. »

Les industriels des deux vallées voient ces évolutions comme autant d’opportunités pour innover et développer des projets collaboratifs. Sur le diesel, le SNdec conduit une mission interministérielle auprès des entreprises de Haute-Savoie pour évaluer sa part dans leur chiffre d’affaires et les accompagner dans le changement vers d’autres productions. Un sondage a permis de déterminer que le diesel représente 15 % de l’activité. En outre, plus de la moitié des entreprises concernées souhaite d’ores et déjà anticiper cette mutation énergétique.

La révolution des matériaux biosourcés

Les matières premières renouvelables intéressent fortement la plasturgie qui cherche à limiter l’impact environnemental de son industrie. Parmi ces matières issues de la biomasse animale et/ ou végétale, les algues offrent des perspectives particulièrement prometteuses. Celles-ci sont notamment au coeur d’un projet de recherche Interreg lancé 2016 et courant jusqu’en 2020. Alpo est porté par plusieurs universités – en France, au Luxembourg et en Belgique – et des pôles de compétitivité. L’objectif est de concevoir des briques de construction de type monomère pour des bioplastiques à haute valeur ajoutée technique, à la fois compétitifs et éco-compatibles, notamment pour le marché automobile. S’il devait aboutir, ce projet pourrait permettre à l’Europe, actuellement en retrait sur la production de bioplastiques, revenir dans la course aux matériaux du futur.

Économie : un marché qui tient la route

Les ventes de voitures neuves ont augmenté en 2016 et suivent la même courbe en 2017. Mais sur ce marché ultra-concurrentiel, rien n’est jamais acquis. Dans l’ensemble, le marché français de l’automobile se porte bien, même si des régions du globe apparaissent de plus en plus comme des adversaires sérieux prêts à s’engager vers l’industrie 4.0. Notamment l’Asie, portée par la Chine, et l’Amérique du Sud. Les pays d’Europe de l’Est sont également très attractifs pour les constructeurs automobiles et grignotent des parts de marché, aux portes des constructeurs français. En 2016, pour la première fois depuis 2011, le marché français a totalisé 5,1 % d’immatriculations supplémentaires, avec un peu plus de 2 millions de véhicules particuliers neufs vendus dans l’année, selon le Comité des constructeurs français d’automobiles.

Pour 2017, les résultats s’annoncent en hausse. En juillet, les ventes de voitures particulières ont augmenté de près de 11 % par rapport à juillet 2016. Sur les sept premiers mois de l’année, la croissance s’établit à 3,8 % en données brutes par rapport à l’année précédente. Dans l’espace européen, la tendance est identique avec une hausse de 5,3 % sur les cinq premiers mois de l’année. Il apparaît que Renault tire le marché français vers le haut : en 2016, la marque au losange a augmenté ses ventes de 8 %, notamment avec sa Clio, en tête des ventes, toujours autant plébiscitée par les consommateurs.

Dans l’ensemble, le marché français de l’automobile se porte bien, même si des régions du globe apparaissent de plus en plus comme des adversaires sérieux prêts à s’engager vers l’industrie 4.0.

Bonnes retombées

De bons résultats qui impactent toute la chaîne de production, jusqu’aux sous-traitants des Plastics et Technic Vallées. La filière du décolletage, où l’automobile représente 50 % de l’activité, totalise une hausse de son chiffre d’affaires de 4,2 % de janvier à avril par rapport à la même période en 2016 et jusqu’à 9,7 % supplémentaires par rapport aux quatre mois précédents (septembre, octobre, novembre, décembre), période qui avait connu un fort ralentissement. La plasturgie, industrie emblématique du marché automobile pour ses pièces à forte valeur ajoutée technique, réunit dans le Haut-Bugey un écosystème similaire à celui de la vallée de l’Arve.

Selon le panorama de la plasturgie 2016, sur les 20 dernières années, cette filière a progressé trois fois plus vite que le reste de l’industrie manufacturière, malgré la crise de 2008. La Plastics Vallée représente un tiers de la filière française, avec 600 entreprises, 10 000 salariés et 2 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Le marché automobile reste fragile et sensible aux soubresauts géopolitiques et autres scandales médiatiques. Les mutations sociologiques et technologiques en cours l’obligent en plus à une grande adaptabilité dans un délai assez court. Une compétence largement démontrée depuis des années par les industries des Technic et Plastics Vallées qui demeurent en bonne place dans la course.

La Chine gagne du terrain

Le marché chinois a vu se multiplier des constructeurs locaux, inquiétant de plus en plus les grands groupes mondiaux implantés dans le pays. Dans le dernier rapport E-Mobility Index (juin 2017) du partenaire de l’industrie automobile Forschungsgesellschaft Kraftfahrwesen Aachen (FKA) et du consultant en stratégie internationale Roland Berger, la Chine arrive en très bonne position du classement des sept pays leader de ce secteur. Première pour les indicateurs Industrie et Marché, respectivement ex-aequo avec les États-Unis et la France. L’Hexagone, devant l’Allemagne, prend la tête de l’indicateur Technologie ; la Chine est 5e et compte interdire la vente et la production de véhicules à moteur thermique à moyen terme. Même s’il n’exporte que 3 % de sa production locale, l’Empire du Milieu est en passe de devenir un leader du secteur.


Dossier réalisé par Sandra Molloy