Eau potable et déchets : le défi de la géométrie variable

Eau potable et déchets : le défi de la géométrie variable

La gestion de l’eau et des déchets est un enjeu majeur pour les stations qui, en période de pointe, accueillent une population jusqu’à vingt fois plus nombreuse. Exemples d’organisations mises en place pour relever le défi.

Les nuits du 24 au 25 décembre et du 31 décembre au 1er janvier ne mettent pas les réserves d’eau des Gets à la fête. C’est à ces dates que les pics de consommation d’eau potable sont enregistrés dans la station chablaisienne. Le service municipal des eaux surveille cela comme le lait sur le feu après le “fameux” épisode de 2006 qui fait encore couler… beaucoup d’encre.

Cet hiver-là en effet, le maire avait refusé de mettre les enneigeurs en action pour éviter une pénurie d’eau potable, entraînant la démission du directeur des remontées mécaniques. Pour que de tels remous ne se reproduisent plus, la commune a, depuis, construit une nouvelle station de pompage. Car l’approvisionnement en eau est bel et bien un enjeu majeur, tant pour l’accueil des touristes – et donc pour le développement des stations – que pour la vie des habitants permanents. Et si Les Gets voit sa population multipliée par plus de dix entre le 24 et le 25 décembre, passant de 1 300 habitants à presque 18 000, celle d’autres stations peut s’accroître vingt fois plus.

Comment faire, dès lors, pour assurer, du jour au lendemain, que l’eau coule en abondance au robinet de tous les appartements ? Et comment être sûr que les réserves seront suffisantes jusqu’à la fin de la saison de surcroît dans un contexte de réchauffement climatique ? Pour répondre à ces questions essentielles, bon nombre de stations s’en remettent à des professionnels de la gestion de l’eau.

Le groupe Suez est de ceux-ci. Dix-huit stations des Alpes du Nord ont fait le choix de lui déléguer cette compétence (Les 2 Alpes, l’Alpe d’Huez, Valmorel, Méribel, Mottaret, Les Menuires, Val Thorens, Les Saisies, Chamonix-Mont-Blanc, Saint- Jean d’Arves, Villarembert-le-Corbier, Fontcouverte-la-Toussuire, Morillon, Samoëns, Sixt-Fer-a-Cheval, Avoriaz, Valfréjus et Saint-François Longchamp) ainsi que celle, non moins importante, du traitement de leurs déchets.

« Bonneval-sur-Arc, qui, jusque-là, n’avait pas de réseau d’assainissement, est en train de se raccorder à la station d’épuration de Bessans. La nouvelle équipe municipale travaille sur ce dossier depuis 2014. »

Gabriel Blanc, maire de la commune.

Conflits d’usages

Cyril Courjaret, directeur eau Auvergne Rhône-Alpes chez Suez (ex-Lyonnaise des Eaux), résume l’enjeu : « Le vendredi avant Noël, il faut pouvoir être en mesure d’ouvrir les différents captages pour que la population puisse avoir assez d’eau ».

Facile à dire. Dans les faits, c’est plus compliqué. Aux Belleville (stations des Menuires et de Val Thorens), qui multiplie sa population par 17 chaque hiver, passant de 3 000 à plus de 50 000 habitants, l’eau provient de 21 captages, dont certains se trouvent à 2 700 mètres d’altitude. Du jour au lendemain, l’usine d’eau potable doit passer de 400 m³ jour à 6 500 m³ jour pour une consommation totale de 900 000 m³ chaque hiver… La gestion de l’eau n’est en conséquence pas un long fleuve tranquille.

« C’est un service essentiel, poursuit le directeur, d’autant plus que parallèlement, la station doit pouvoir continuer à utiliser ses enneigeurs si besoin. Nous proposons un nouveau programme qui aide les collectivités à optimiser le conflit entre les différents usages de l’eau : la consommation humaine, le respect des débits minimum dans les cours d’eau et la production de neige de culture. » Appelé “data-station” et adopté par les deux stations des Belleville, ce système permet de connaître la consommation instantanée de la population et de savoir quelle quantité d’eau reste disponible pour les canons au jour le jour.

« On a des relevés toutes les six heures, indique-t-il, ainsi que des courbes historiques avec lesquelles nous réalisons des projections. Ces dernières aident les collectivités à faire leurs choix en matière de partage entre les différents usages de l’eau. » Les autres clientes de Suez – et les stations en général – ont dimensionné leurs usines d’eau potable sur les points hauts de leur consommation. Mais le principe de précaution est partout le même : priorité à l’eau potable.

Les enneigeurs arrivent en second lieu. Sauf dans les cas où, comme à Bonneval-sur-Arc, l’eau est très abondante et les deux réseaux dissociés. Tellement abondante d’ailleurs que jusqu’ici, les habitants n’avaient pas de compteurs d’eau. Ce qui va changer avec le raccordement du village à la station d’épuration de Bessans : pour aider à financer les 6,5 millions d’euros nécessaires à l’opération, les villageois vont devoir payer leur eau potable.

Des équipements surdimensionnés

La gestion de cette dernière est en effet intimement liée à celle des eaux usées, l’une découlant de l’autre. Dans ce domaine comme dans celui des déchets, l’augmentation des apports en haute saison se traduit par des équipements surdimensionnés, des collectes en plus et du personnel supplémentaire. « Concernant les déchets, précise Cyril Courjaret, nous multiplions nos équipes par quatre. » Face aux comportements plus laxistes des vacanciers en matière de tri, la nécessité d’en opérer un second en aval s’impose bien souvent.

« Dans les stations que nous gérons, confirme-t- il, les déchets ramassés (hors poubelles noires), sont systématiquement triés une deuxième fois. » Les stations d’épuration, quant à elles, tournent à plein régime pendant l’hiver, alors qu’elles sont surdimensionnées le reste de l’année. « Les communes n’ont plus le droit de verser leurs eaux usées dans la nature », confirme Camille Rey- Gorrez, directrice de l’association Mountain riders. En conséquence, elles doivent adapter leur outil d’épuration à leur capacité maximale d’hébergement.

Parmi les différentes solutions mises en place pour pallier le phénomène, l’option de plusieurs lignes de traitement est fréquemment choisie. « Cela permet d’en mettre une ou deux en sommeil pendant une partie de l’année », note Cyril Courjaret. L’investissement de départ est cependant toujours important pour la collectivité qui, en outre, doit trouver l’emplacement nécessaire à l’installation de sa “Step”. D’où le développement de stations moins gourmandes en foncier, basées sur le principe de la biofiltration.

Celles de Courchevel et de Chamonix en sont des exemples. Samoëns va plus loin encore avec l’utilisation de ses boues d’épuration pour produire du biogaz. « La station épure l’eau, détaille Cyril Courjaret, et avec les boues, on produit du biogaz par méthanisation. » L’idée étant, au final, d’accepter d’autres déchets dans le méthaniseur. « Le déchet, aujourd’hui, est devenu une ressource », confirme Camille Rey-Gorrez.

Boire ou skier. La priorité reste bien sûr l’alimentation en eau potable dans les stations. Les enneigeurs arrivent en second.

Interview de Camille Rey-Gorrez, Directrice de Mountain Riders

La gestion de l’eau et des déchets sont de vrais enjeux environnementaux. Comment agissez-vous pour sensibiliser les stations ?

Nous avons notamment mis au point notre label Flocon vert, qui est un outil d’accompagnement et de valorisation des démarches de transition. Il repose sur quatre piliers : la gestion des déchets, la politique énergétique, la ressource en eau et l’adaptation.

Cinq stations sont déjà labellisées en Haute-Savoie : Les Houches, Servoz, Chamonix, Vallorcine et Châtel. Qu’est-ce que cela leur apporte ?

Le Pays du Mont-Blanc est venu chercher une reconnaissance pour le travail de ses équipes, cela a aussi permis de structurer les actions. Ils sont très bons sur la gestion de l’eau, mais il y a encore beaucoup à faire sur le tri des déchets. La proportion d’étrangers étant importante, la sensibilisation doit s’opérer en plusieurs langues et en prenant en compte les différences de cultures. Châtel avait plus besoin d’un cadre de travail pour valoriser le tourisme estival.

Vous organisez depuis dix ans les « Mountain days » de mai à septembre, durant lesquels la population est invitée à ramasser les déchets en montagne. Quels enseignements en tirez-vous ?

Le volume de déchets trouvé baisse. L’an dernier, 24 tonnes ont été collectées sur 50 opérations. Ce qui ressort, c’est le changement de typologie des déchets : il y a 10 ans, on trouvait des pneus, des frigos, etc. Aujourd’hui, ce sont des déchets issus de la maintenance des remontées mécaniques, de la restauration d’altitude ou de la consommation quotidienne.


Par Sylvie Bollard.

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