L’AGLCA a réalisé un diagnostic quantitatif et qualitatif de l’économie sociale et solidaire qui pèse lourd dans le département de l’Ain.
« Pour animer un écosystème, encore faut-il le connaître », justifie Renaud Drouy, directeur de l’AGLCA, centre ressource pour la vie associative et l’économie sociale et solidaire dans l’Ain. Aussi la structure s’est-elle associée avec la Chambre régionale de l’ESS pour en établir une analyse quantitative et qualitative, sur Grand Bourg Agglomération, la CC Bugey Sud et la CC Plaine de l’Ain, en partenariat avec les intercommunalités concernées, Bourg-en-Bresse Dynamiques Solidaires et la Direction départementale de l’emploi, du travail et des solidarités. Ce travail de six mois a servi à établir un état des lieux assez complet. Il a pour limites que l’on ne dispose de statistiques que pour les structures employeuses (10 % du total) et que l’existence d’une association ne signifie pas qu’elle est active. Mais ces données, associées à de nombreux entretiens avec des acteurs du secteur, ont tout de même permis de définir des enjeux de territoire.
Action sociale et santé
Dans l’Ain, on dénombre 1 923 établissements relevant de l’ESS, soit 10 % du total, contre 9,4 % en France. Ceux-ci emploient 19 682 personnes, soit 11,2 % des salariés du département contre 10,2 % dans l’Hexagone, pour une masse salariale de 491 millions d’euros (9,1 % du total, contre 8,6 % au national). « L’action sociale occupe une place importante dans l’Ain puisque 46,8 % des salariés de l’ESS travaillent dans ce domaine contre 40,6 % en France. Outre le caractère rural du territoire, cette différence peut s’expliquer en partie par la présence d’associations issues d’héritages religieux, constate l’étude. L’autre domaine important est la santé humaine (10,9 % contre 7,9 % en France). La présence du Centre Psychothérapique de l’Ain (CPA) avec plus de 1 000 salariés justifie cette différence. Cette association est historiquement issue de la congrégation des Sœurs de Saint-Joseph du diocèse de Belley. » Mais, sports et loisirs (23,4 % VS 16,6 %), hébergement et restauration (4,7 % VS 2,3 %) ou encore, santé humaine (3,4 % VS 1,6 %) sont également mieux représentés dans le département.
Concentration à Bourg
L’unité urbaine de Bourg concentre une bonne partie de l’économie sociale et solidaire où elle pèse 14,4 % des établissements, 18,4 % des salariés et 16,2 % de la masse salariale, à 248,30 M€. À titre de comparaison, sur la Plaine de l’Ain où l’économie est très tournée vers l’industrie, l’ESS ne représente que 8,8 % des établissements et 6,1 % des salariés. Sur Bugey Sud, le nombre d’établissements se rapproche de la moyenne avec 9,5 %, mais les effectifs et la masse salariale (14,4 % et 12 %) sont plus importants.
Les principaux enjeux par territoire

Parmi les différents enjeux identifiés, trois ont été plus particulièrement mis en avant pour chaque territoire, lors de la présentation de l’étude. À Bourg, où les entreprises sont nombreuses et peu conscientes de relever du champ de l’économie sociale et solidaire, donc plus enclines à se concurrencer qu’à collaborer, ont été retenus la structuration des acteurs, l’acculturation et le soutien à l’ESS. Sur la CCPA, au contraire, les acteurs du secteur ont un fort sentiment d’appartenance. Ici, l’acculturation devrait donc plutôt cibler les élus et les entreprises. Les autres enjeux relèveraient de la création d’un réseau pour créer du lien entre bassins et du développement d’une politique transversale. Un dernier enjeu commun avec Bugey Sud, où est apparue aussi la nécessité d’un interlocuteur identifié avec l’intercommunalité et celle de mieux coordonner les accompagnements financiers.
Statuts
Les structures de l’Économie sociale et solidaire dans le département sont des associations (86 %), des coopératives (10 %) ou des mutuelles (4 %). Les fondations ne représentent que 0,1 %.
Des décideurs enthousiastes
Du côté des élus locaux, comme des représentants de l’État, on accueille ce diagnostic comme un véritable outil d’aide à la décision.
Ce diagnostic territorial de l’Économie sociale et solidaire (ESS) « est une démarche très suivie par nos services puisque la prospective sur l’évolution du territoire fait partie de nos missions. Nous espérons notamment qu’il sera l’occasion de promouvoir l’insertion par l’activité économique, dont l’État souhaite voir passer le nombre de bénéficiaires de 140000 à 240000, a commenté Lucie Molamma-Barg, chargée du développement de l’emploi et des territoires de la DDETS (Direction départementale de l’économie, de l’emploi, du travail et des solidarités). Nous souhaitons également qu’elle soit un outil pour définir des objectifs communs et des stratégies de territoire. »
Emmanuelle Merle, vice-présidente de Grand Bourg Agglomération à l’emploi, l’insertion et l’ESS, abonde dans le même sens. Pour elle, « ce diagnostic sera une aide très précieuse, une vraie feuille de route », pour « un territoire à la fois très urbain et très rural », qu’il peut être « difficile de mailler de façon égalitaire ».
Sylvie Righetti, conseillère déléguée à l’emploi et à la formation de la CC Plaine de l’Ain, s’est déjà dit « agréablement surprise du nombre d’acteurs et d’actions relevant de l’ESS, dont certains nous étaient connus mais pas identifiés comme tels. Ce diagnostic va nous permettre de mieux comprendre le secteur et de nous positionner sur les aspects que nous souhaitons développer. Il y a des choses à faire, en particulier sur les territoires les plus ruraux ».
Enfin, sur la CC Bugey Sud, Myriam Keller, vice-présidente en charge du développement économique, a bien noté combien le poids du secteur était important, en nombre de salariés, sur le territoire, notamment à travers les acteurs du médico-social qui représentent 72 % des effectifs de l’ESS. « Ce diagnostic est important. Ce sont des données que nous allons pouvoir intégrer au projet de territoire que nous sommes en train de rédiger pour la période allant jusqu’en 2030. »
Par Sébastien Jacquart








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