Économiesuisse, le Medef local, joue aux oiseaux de mauvais augure pour mieux exhorter la confédération à alléger le fardeau des entreprises.

En dépit de la levée progressive de toutes les restrictions liées à la pandémie, l’économie helvétique est convalescente. Et le retour à la “normale” n’est pas pour tout de suite. « Nous en sommes loin, le virus et ses conséquences économiques nous accompagneront encore longtemps », affirme Heinz Karrer, le président d’Economiesuisse, le Medef local, qui représente près de 100 000 entreprises et deux millions d’emplois. Après avoir rappelé que 40 % des salariés en Suisse ont été concernés par des mesures d’activité partielle, le patron n’hésite même pas à se muer en oiseau de mauvais augure, prophétisant que « la Suisse sera confrontée à une énorme vague de faillites et de chômage comme nous n’en avons plus vu depuis la Seconde Guerre mondiale », dans une récente interview accordée aux quotidiens de Tamedia.

Supprimer les droits de douane

Dans ce contexte, l’organisation faîtière des milieux économiques propose un programme en huit points destiné à aider les entreprises helvétiques à retrouver du souffle. Cette feuille de route reprend nombre des revendications brandies depuis longtemps par Economiesuisse, ce que Heinz Karrer concède volontiers, arguant que « les facteurs de succès de la Suisse restent les mêmes en cas de crise ». Insistant sur le fait que des impôts bas et la déréglementation demeurent un cadre de référence important, le président estime que la Suisse peut influer fortement sur l’impact de la crise avec une politique économique « intelligente ». Il préconise, par exemple, de supprimer définitivement les droits de douane, pour soulager l’industrie manufacturière, arguant que les gains en termes de prospérité seraient plus grands que les recettes perdues.

S’il donne au Conseil fédéral un satisfecit sur sa gestion de la crise sanitaire, Heinz Karrer est en revanche plus circonspect sur le volet budgétaire. Il plaide pour que les dettes résultant des mesures prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie, estimées entre 30 et 50 milliards de francs, soient compensées dans le budget ordinaire de la Confédération. Elles pourraient selon lui être remboursées sur une période de trente ans, en recourant à des réserves de crédit, des recettes extraordinaires et des distributions de bénéfices de la Banque nationale suisse. Interrogé sur l’absence de toute mention des travailleurs dans son plan de crise, Heinz Karrer rétorque que les propositions visent à préserver les emplois et les entreprises, donc à protéger les salariés. « Chaque entreprise doit assumer sa responsabilité sociale à sa manière, car chacune est différente. »


Par Matthieu Challier