Dans son édito, Myriam Denis décrit avec humour, les déboires des Aindinois face à la pénurie de médecins qui touche le territoire.

Myriam DenisCher patron,

Je vous écris ce jour pour vous signifier que jeudi prochain, je suis obligée de prendre ma demi-journée pour cause de rendez-vous médical. Une demi-journée complète ? Et oui cher monsieur, car de Bourg-en-Bresse, ville chef-lieu de notre beau (et vraisemblablement déserté par les professionnels de santé) département, je dois me rendre à Lyon, où j’ai rendez-vous à 10 heures. Prenons en considération le temps d’attente et le trajet de retour… Il faudra bien ça. Mais pourquoi Lyon ? Et bien, parce que figurez-vous, j’ai besoin de me rendre chez un ophtalmologiste, une espèce en voie de disparition dans l’Ain. En tout, il aurait fallu attendre pas loin de neuf à dix mois pour un RDV ici. Quinze jours pour Lyon. Aujourd’hui, pour se faire soigner, mieux vaut être un patient… patient.

Vous, chers lecteurs, vous le savez : je vous ai déjà raconté combien je trouvais ubuesque de ne pas trouver de généraliste dans notre ville préfecture (j’ai littéralement pleuré quand mon vénéré docteur a pris sa retraite – non remplacé). Je me suis heurtée à la cohorte de secrétaires m’annonçant que « le cabinet ne prend pas de nouveaux patients ». Tout ça, je vous l’ai déjà dit. Sauf que loin de s’arranger, la situation s’aggrave, et pas uniquement chez nous ! Je lisais dans les colonnes du Monde, qu’une dame d’une cinquantaine d’années est décédée sur un brancard au sein même du service des urgences de je ne sais plus quel hôpital, faute de soins ! Elle est restée douze heures sans que personne ne s’en inquiète (et victime malheureuse d’une succession de maladresses, depuis sa mauvaise identification à l’accueil jusqu’à l’infirmière qui indique sa sortie de l’hôpital puisqu’elle ne répondait pas à l’appel : elle n’était tout simplement pas en mesure de le faire).

« AUJOURD’HUI, POUR SE FAIRE SOIGNER, MIEUX VAUT ÊTRE UN PATIENT… PATIENT. »

Après quelques (relativement discrètes) grèves dans des services d’accueil des urgences, Agnès Buzyn, ministre de la Santé, a sorti le carnet de chèque gouvernemental : 70 millions d’euros devraient être débloqués pour financer les premières mesures prévues, et surtout, avant l’été, période chargée s’il en est dans ces services. Surtout, ce qui est dramatique, c’est cette prise de conscience tardive des difficultés pourtant connues aux urgences. Enfin, l’inégalité globale d’accès aux soins entre les grandes villes et les zones plus rurales s’opère en péréquation avec une inégalité sociale. Outre les délais de rendez-vous à rallonge, il semblerait – selon une étude rendue publique par la société de conseil et de technologies en santé Médecine4i – que les inégalités se révèlent également être sociales. Les ouvriers auraient ainsi tendance à moins consulter de spécialistes que les cadres. La santé à deux vitesses, c’est une réalité et indubitablement, un acte manqué gouvernemental.

Myriam Denis
Rédactrice en chef
m.denis@eco-ain.fr

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