L'édito de Myriam Denis : "Économies pharaoniques"

par | 08 février 2018

Oui, les collectivités sont au prise, depuis plusieurs années, avec des coupes drastiques dans leurs dotations.

Myriam Denis

Depuis plusieurs années donc, la grande majorité d’entre elles tâche de jongler et de trouver un subtil équilibre entre le service à la population, qu’elles espèrent constant, et des budgets contraints. D’autres, pourtant, ne semblent pas s’embarrasser de tant de circonvolutions. Et choisissent un trajet plus direct vers leur portefeuille. C’est ce qui semble être le cas pour la métropole Aix-Marseille Provence. Cette jeune collectivité de deux ans, fruit du regroupement de 92 communes du bassin méditerranéen, vient de s’offrir des vœux au montant pharaonique. Son président, Jean-Claude Gaudin, maire LR de Marseille, s’en défend : mais non voyons, un demi-million d’euros n’a pas été dépensé pour la cérémonie des vœux du 18 janvier à l’Aréna d’Aix-en-Provence ! Loin s’en faut. Sans divulguer de montant précis, la collectivité affirme le plus fermement du monde qu’il s’agit d’un montant « bien inférieur ». Nous ne demandons qu’à croire à la parole publique portée par la métropole. Sauf qu’en y regardant de plus près, et sans avoir eu besoin de suivre un cursus math spé/math sup’, on s’aperçoit qu’on n’est pas si loin du compte. La cérémonie était destinée à 7 200 agents, 4 000 ont fait le déplacement. La métropole reconnaît un montant dépensé de l’ordre de 235 000 euros pour sa fiesta. Une enveloppe confortable pour la location de la salle durant trois jours (24 000 euros), la partie technique (144 000 euros), le cocktail pour les quelque 4 000 participants (72 000 euros, l’un des budgets les plus modestes de la note, un déjeuner sur l’herbe n’aurait-il pas fait l’affaire ?). Sans oublier l’affrètement par les trente et un cars (16 000 euros). À cela s’ajoute l’animation, particulièrement soignée visiblement, qui offrait notamment un spectacle de fresques lumineuses et la précieuse présence de l’animatrice télé Nathalie Simon (250 000 euros). Alors, mis bout à bout… La collectivité explique que les outils de communication auront « un usage multiple » et ne sont pas imputables uniquement à la soirée. Pourquoi pas…

« La majorité des collectivités tâche de trouver un subtil équilibre entre le service à la population et des budgets contraints. D’autres, ne semblent pas s’embarrasser de tant de circonvolutions. »

Certains édiles ont pourtant pris la mouche. Vraiment, on ne comprend pas. Quelques semaines auparavant, le président de la métropole Aix-Marseille Provence leur demandait « de se serrer un peu la ceinture », en période de budgets contraints. Curieuse façon de vouloir réaliser des économies.

De toute façon, d’ici quelques années, ce genre de situation ubuesque ne sera peut-être plus tellement à même de se reproduire. Le Gouvernement a en effet décidé de réformer en profondeur l’État, via sa fonction publique. Le Premier ministre, Édouard Philippe, imagine déjà, entre autres mesures, un recours accru aux contractuels, la rénovation du statut de fonctionnaire ou encore, la rémunération au mérite. Gérald Darmanin, ministre des Comptes publics, a d’ores et déjà annoncé un plan de départs volontaires pour celles et ceux qui souhaitent partir du fait de cette réforme de l’État. Ce qui devrait les aider à épurer les foules, à l’heure où le Président Macron souhaite réduire de 120 000, le nombre des fonctionnaires. Lui, assume sa volonté de gestion « comme dans les entreprises », avec souplesse et réactivité. Cet état d’esprit sonnera-t-il un jour le glas des postes inamovibles et sacrés de la fonction publique à la française ? Annonce-t-il un nouveau Contrat social ?

Myriam Denis

Rédactrice en chef adjointe
m.denis@eco-ain.fr

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1 Commentaire

  1. jean13380

    Bonjour,
    Je suis un simple agent de la Métropole AMP, c’est vrai que c’est vraiment beaucoup d’argent mais c’est la première fois que je parlai à mes collègues des autres conseils de territoires (deuxième fois, l’année dernière aux vœux mais on se regardé en chien de Fayence, les petits territoires devaient être mangé par l’ogre marseillais). Cette grande messe n’a pas plu à tout le monde, pour preuve :- il a été dit qu’il fallait poser de heures de conges dans certains CT pour pouvoir venir
    – la présidente du CT2 a présenté ses vœux aux mêmes moments à Aix et a fait téléphoner aux agents qui s’étaient inscrit pour aller à L’Aréna.
    Tout n’est pas blanc à Marseille mais tout n’est pas noir non plus…

    Réponse

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