L’édito de Myriam Denis : “L’éloge de la colère”

Demain, nous serons le 8 mars. Quoi ? Comment ? J’entends déjà les remarques : « Oh non, voici un édito sur la journée internationale des droits des femmes », « oui, on est au courant : les différences de salaires entre hommes et femmes persistent encore et toujours », etc.

Myriam DenisDétrompez-vous ! Cette année, je ne vais pas vous abreuver de chiffres. Je ne vais pas vous rappeler qu’à poste égal, aujourd’hui en France, une femme ne gagne TOUJOURS pas autant que son homologue masculin. Je ne vous parlerai pas des jeunes filles ou plutôt, de la jeune fille en formation pour devenir conductrice de travaux, routière et j’en passe. Je n’évoquerai pas l’absence déplorée de femmes dans les conseils d’administration des grandes entreprises, patronnes, ou en politique (sur ce terrain-là, on progresse. Lentement). Je n’effleurerai pas le sujet de la charge mentale, ou de la charge tout court, qui pousse les femmes d’aujourd’hui à cumuler différents postes en une journée : working girl, nounou, infirmière, cuisinière, femme de ménage, taxi, geisha, etc. Même si j’en conviens, certains font plus plaisir que d’autres.

« IL EST TEMPS DE SORTIR DE L’EXEMPLE DE LA FEMELLE DISCRÈTE ET DOCILE, POUR EXPRIMER UNE DOUCE ET SAINE COLÈRE, SIGNE DE L’INACCEPTABLE SOUMISSION AUX DIKTATS DE CERTAINES PENSÉES DOMINANTES. »

Non, je vous parlerai aujourd’hui de la juste et saine colère des femmes, parce que les énormités et les injustices genrées doivent légitimement en énerver plus d’une. Or, nous ne sommes plus au XIXe siècle, où une femme bien élevée est une femme silencieuse. Nous ne sommes pas des contemporains de Jean-Jacques Rousseau, qui affirmait sans sourciller que « Toute l’éducation des femmes doit être relative aux hommes. Leur plaire, leur être utiles (…) leur rendre la vie agréable et douce : voilà les devoirs des femmes ». Et pourtant, nous devons, nous le “beau sexe”, être consensuelles, diplomates, tempérantes. Et cela se voit particulièrement dans la sphère politique comme dans celle de l’entreprise, où la femme qui s’emporterait serait colérique, outrancière, voire hystérique. Traduisez : une emmerdeuse.

Un homme qui se fâche, quant à lui, est considéré comme étant viril, s’inscrivant dans le registre de l’autorité et de la puissance. En ce sens les femmes n’ont (toujours) pas voix au chapitre. Il est grand temps de sortir de l’exemple de la femelle discrète et docile, pour exprimer une douce et saine colère, signe de l’inacceptable soumission aux diktats de certaines pensées dominantes. En cela, l’Académie française a franchi un cap intéressant en tâchant de féminiser les noms de métier (une pratique couramment utilisée… au Moyen-Âge). Pourtant, certains noms comme “médecin” ou “auteur” n’ont toujours pas pu faire consensus. En 2019. Parfois, il y a de quoi se mettre en colère.

Myriam Denis
Rédactrice en chef
m.denis@eco-ain.fr

La journée internationale des droits des femmes vue par Faro

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