L’édito de Myriam Denis : « À vol d’oiseaux »

par | 22 Mar 2018

« Alouette, gentille alouette, alouette, je te plumerai. » J’en conviens, peut-être pas moi, personnellement. Mais alouette, tu risques de disparaître, à terme, comme le craignent le Muséum national d’histoire naturelle et le Centre national de la recherche scientifique (CNRS).

Myriam Denis

Figure-toi, alouette, qu’au moment où nous bouclons, c’est le premier jour du printemps. Le début d’une période où la nature normalement reprend vie. Les deux comités scientifiques viennent pourtant de mettre en lumière les résultats de suivis des oiseaux sur le territoire français. Ils décrivent de concert un phénomène de « disparition massive », « proche de la catastrophe écologique ». Et précisent : « Les oiseaux des campagnes françaises disparaissent à une vitesse vertigineuse. En moyenne, leurs populations se sont réduites d’un tiers en quinze ans. »

En cause, selon les scientifiques : « la fin des jachères imposées par la politique agricole commune, la flambée des cours du blé, la reprise du suramendement du nitrate permettant d’avoir du blé sur-protéiné et la généralisation des néonicotinoïdes », des insecticides bien sympas qui font la peau à toutes les bestioles qui croisent leur route, y compris les abeilles. Et dans le même temps, alors que tout le monde ou presque s’en moque éperdument, il faut bien le dire, le tout dernier représentant mâle de la race des rhinocéros blanc du Nord s’est éteint. Son espèce va disparaître, sauf si des chercheurs parviennent, en ayant prélevé son ADN, à reconstituer des bébés rhino éprouvette.

On en est là. On détruit notre écosystème, et l’on emploie des connaissances et des fonds précieux à essayer de réparer tant bien que mal nos erreurs, maigres tentatives pour sauver notre humanité. Tu vois, alouette, les éminents scientifiques ne sont pas les seuls à s’inquiéter pour toi. Mais le problème, c’est que la belle et grande démocratie américaine a élu un Donald Trump aussi peu sensible aux considérations environnementales qu’un Vladimir Poutine ne l’est à une élection un tant soit peu honnête. Aussi, ce fantoche spécialiste ès magouilles and cie, qui a réussi à se convaincre qu’il est investi d’une mission suprême, balaie d’un revers de main toute préoccupation se rapprochant un minimum de la problématique du réchauffement de la planète.

« Un budget annuel de 1,5 million d’euros jusqu’en 2022, sera alloué par la France au GIEC, pour pallier la défection américaine en matière de préoccupation des enjeux climatiques. »

Le rejet de l’action climatique, Washington commence à en être coutumier, depuis le retrait américain de l’accord de Paris sur cette thématique précise. Cette fois-ci, Trump ne voudrait plus assurer sa cotisation auprès du groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), organisation créée en 1988, chargée d’établir des diagnostics sur les grands changements climatiques et ainsi, éclairer les gouvernements dans leurs décisions. La conception de cette organisation avait largement été portée par les États-Unis, à l’époque… Le 16 mars, lors de discussions à l’Unesco, à Paris, il a bien fallu trouver des solutions. L’Europe, et notamment la France, a décidé d’abonder les fonds nécessaires au GIEC pour fonctionner. Soit, nous concernant, un budget total annuel de 1,5 million d’euros, jusqu’en 2022, répartis entre le ministère de la Transition écologique et le ministère des Affaires étrangères, un peu loin des 80 000 euros dépensés en 2017. Évidemment, la France n’est pas seule à mettre davantage la main à la poche pour pallier la défection américaine. La Norvège et la Suède ont répondu présents, tout comme le Mexique ou le Maroc. Il est logique que des pays ayant une implication dans le dérèglement climatique et l’épuisement des ressources se partagent la note. Ça l’est à mon sens beaucoup moins lorsque l’un des principaux responsables se défausse en se frottant les mains sur l’économie réalisée… C’est presque du vol.

L’Économie est pourtant interdépendante de l’écosystème dans lequel elle évolue !

Myriam Denis

Rédactrice en chef
m.denis@eco-ain.fr

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