L’édito de Sébastien Jacquart : « Jaune… de colère »

par | 29 novembre 2018

En Marche devrait prendre garde de ne pas finir par s’appeler Cours Vite. Au-delà de la boutade, il semble pourtant que les revendications des gilets jaunes ne sont pas si dures à comprendre.

Sébastien JacquartQue veulent les gilets jaunes, au fond ? Rien de très compliqué. Ils veulent qu’on les oublie. Qu’on les oublie avec la fiscalité vexatoire et confiscatoire. Qu’on les oublie avec les mesures punitives. Après avoir lutté pied à pied contre l’abaissement à 80 kilomètres par heure de la vitesse maximale autorisée sur les routes bidirectionnelles sans séparateur central (la quasi-totalité des routes, quoi !), après avoir subi la hausse de la fiscalité sur les carburants, motards et automobilistes sont appelés une fois de plus par leurs associations à se mobiliser contre une nouvelle couche de coercition. Cette fois, il serait question — au motif de lutte contre le terrorisme — de rendre muets pour 3 à 24 heures les avertisseurs de radars, Coyote et autres Waze, dernières lignes de défense contre la politique du tout répressif. Assurément, cela commence à faire beaucoup. Nos leaders disent avoir entendu la colère, mais il n’est pas certain que les mesures annoncées ce mardi apaisent la grogne.

L’argument de la sécurité routière ne passe plus. Et l’écologie fait figure de prétexte.

« LEURS BAGNOLES, LES GENS EN ONT BESOIN POUR ALLER BOSSER. C’EST AUSSI SIMPLE QUE CELA. »

Écologistes, ils le sont sans doute plus que nos dirigeants, ceux qui doivent modérer leur consommation pour éviter les fins de mois difficiles, ceux qui réparent et qui recyclent, plutôt que d’acheter, par conviction — c’est mon cas — ou par nécessité. Eux aussi, le réchauffement climatique et l’avenir de la planète les inquiètent. Seulement, leurs bagnoles, les gens en ont besoin pour aller bosser. C’est aussi simple que cela. L’électrique ? Une alternative hors de prix et encore trop peu autonome. Sans parler de la problématique future du recyclage des batteries ou de la consommation de terres rares. Le GPL ? Un manque d’offres accessibles sur le marché des constructeurs ou en nombre de pompes. Les transports en commun ? Heu… sur les territoires ruraux, vraiment ? Dans l’Ain, le réseau de transport du conseil départemental est accessible pour 2 euros le trajet, hors abonnement. Mais, il est limité à un aller-retour ou deux par jour. Et puis, comment font tous ceux — et ils sont de plus en plus nombreux parce que c’est aussi ça, la flexibilité qu’En Marche nous vante tant — qui travaillent en horaires atypiques ? Comment font les parents qui, outre leurs trajets domicile-travail, doivent conduire les enfants à l’école, chez le pédiatre, au football ou au cours de danse ? Il ne faut pas se moquer pas du monde, si nos gouvernants avaient à cœur l’écologie, ils auraient commencé par favoriser de vraies alternatives.

Alors la colère monte. On dit « vert de rage », mais les gilets sont jaunes. D’où ce titre : Jaune de colère. À la lumière des chiffres du week-end dernier (100 000 gilets jaunes contre 300 000 une semaine plus tôt), certains prédisent déjà l’essoufflement du mouvement. Peut-être, mais la rancœur sera toujours là. C’est dur, certes, d’attribuer au pouvoir en place la responsabilité de toutes ces vexations. Mais, le fait est là.

Sébastien Jacquart
Journaliste

Mise à jour du 28 novembre : Finalement, l’amendement qui prévoyait de rendre muets les avertisseurs de radars pour un temps donné a été retiré du projet de loi Mobilité, validé mardi en conseil des ministres. Nos gouvernants ont semble-t-il perçu que ce n’était pas le moment d’en remettre une couche. Mais, la vigilance reste de mise chez les associations de conducteurs.

La mobilisation des gilets jaunes à l'approche des fêtes, selon Faro

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