Entreprise : le printemps des SCOP

par | 13 Mai 2022

La démocratie dans l’entreprise, un atout compétitif ? C’est ce que nous disent les gérants de SCOP et de SCIC, des formes qui semblent correspondre à l’air du temps, sur fond de quête de sens.

Certes, avec 71 084 emplois au plan national, le mouvement coopératif reste mineur dans le monde des entreprises, dominé par les formes plus classiques de SAS, SARL… Mais il n’est plus marginal, assure le président de la Confédération générale des Scop, Jacques Landriot, qui espère que la barre des 100 000 emplois coopératifs sera franchie en 2026. L’objectif n’est pas irréaliste : le nombre d’emplois dans des Scop (sociétés coopératives) ou Scic (sociétés coopératives d’intérêt collectif ; prononcer “sic”) a progressé de 32 % entre 2017 et 2021 ; soit 3 801 coopératives (+27 % en cinq ans) pour un chiffre d’affaires cumulé de 6,4 milliards (+37 %).

« Les Scop permettent de ramener de la démocratie au sein de l’entreprise »

Cyril Zorman, président de la Confédération générale des Scop

Co-construire du sens

« Cela permet aux salariés de s’impliquer différemment, d’être intéressés aux résultats, mais aussi d’avoir une vision globale, donc d’apprendre à faire des compromis, à composer avec d’autres courants de pensée. Cela conduit généralement à un engagement écologique plus solide : par définition une Scop ou une Scic est un projet ancré dans le territoire. »

Si la région Auvergne-Rhône- Alpes est plutôt une terre d’accueil, avec 637 structures pour 10 471 personnes (près de 17 % du total), Savoie Mont-Blanc apparaît plus en retrait : 56 entreprises coopératives (23 en Haute-Savoie, 33 en Savoie), dont 13 Scic, pour 1 012 emplois. « Nous avons une marge de développement dans les Alpes, convient Cyril Zorman, président de l’Union régionale des Scop et Scic, mais l’idée fait vraiment son chemin. Le monde coopératif, où chaque employé est associé à la marche de l’entreprise, fait sens. »

Les Scop mènent leur vie d’entreprise, parfois depuis longtemps (1952 pour la plus ancienne des Pays de Savoie, la Clusienne Comehor). Mais il semble donc que le rythme des créations s’accélère ces dernières années – « Aussi bien pour les créations ex nihilo que pour des transmissions-reprises », précise Cyril Zorman –, et ce, dans tous les domaines. Les six dernières créations portent sur deux épiceries bio (Le Comptoir de Chautagne, à Ruffieux, BioBauges, à Lescheraines), le réemploi de skis (Skitec, à Alpespace), une auto-école (Le Doron, à Moutiers), l’édition d’applications mobiles et l’éducation aux médias (Be My Media, à Aix-les-Bains), une agence de communication (Mooxy, à Annecy).

Les deux épiceries sont des associations transformées en entreprises. Deux autres sociétés sont des créations et les deux dernières des transmissions d’entreprise, la forme coopérative pouvant faciliter la reprise par les salariés. Comment expliquer ce printemps des Scop ? « Elles permettent de ramener de la démocratie au coeur de l’entreprise », vante Cyril Zorman. « Cela permet aux salariés de s’impliquer différemment, d’être intéressés aux résultats, mais aussi d’avoir une vision globale, donc d’apprendre à faire des compromis, à composer avec d’autres courants de pensée. Cela conduit généralement à un engagement écologique plus solide : par définition une Scop ou une Scic est un projet ancré dans le territoire. »

« Les salariés sont impliqués », confirme Kamel Mahiouz, gérant de l’Agence des fluides (bureau d’études en Scop depuis plus de vingt ans, 4 associés), à Cognin. « Les bénéfices sont répartis entre tous. Il y a une relation directe entre travail et rémunération. Du coup, lorsqu’il y a un “coup de bourre” à donner, tout le monde est là. »

69 % des créations de Scop et de Scic ces cinq dernières années étaient des créations ex nihilo. 16 % étaient des transmissions d’entreprises, 15 % des transformations d’associations.

Le syndrome de la réunionnite

Cette manière d’associer les salariés aux décisions a pu occasionner quelques railleries. « On m’a vraiment demandé, il y a quelques années, si on se réunissait chaque fois qu’il faut acheter un stylo », sourit Cyril Zorman. « Ce type de moquerie est plutôt passé de mode. On se réunit quelques fois dans l’année, oui, mais pour prendre ensemble les décisions stratégiques, qui sont ensuite mises en musique par le gérant. Si elles sont bonnes, tout le monde en profite. Si elles sont mauvaises, c’est ensemble qu’on corrige le tir. »

Les considérations financières comptent également. « Dans une structure classique, la participation versée aux salariés dépasse rarement les 3 % des bénéfices. C’est facilement 30 % dans les Scop », assure Cyril Zorman. Ce qui n’obère pas les fonds propres, puisqu’une part souvent équivalente des bénéfices passe en réserve impartageable. À ces particularités viennent s’ajouter des sensibilités nouvelles. « La figure du dirigeant incarnant à lui seul l’entreprise laisse la place à une vision plus collaborative, à des projets portés par plusieurs associés ou plus ouverts sur le territoire. Si vous voulez développer les circuits courts, par exemple, vous avez besoin d’impliquer vos partenaires locaux. »

Et ça marche ? Il semblerait que le modèle fonctionne, oui. Le taux de pérennité des coopératives à cinq ans a progressé de 7 points entre fin 2016 et fin 2021.


Réalisé par Philippe Claret


Lire notre dossier complet dans le magazine ECO du 13 mai 2022 :

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