Le G7 à Évian-les-Bains s’est terminé le 17 juin. Localement, le bilan est plutôt mitigé.
Paul Jaquier-Durand, propriétaire de l’hôtel-restaurant Le Vieux logis, à Yvoire, ne cache pas sa colère. Son établissement, pourtant situé à 27 kilomètres de l’épicentre du G7 – qui s’est tenu à Evian du 15 au 17 juin – a vu, sur les dix derniers jours, son chiffre d’affaires divisé par quatre. Avec un inquiétant « record » atteint dimanche 14 juin : « Nous avons fait 16 couverts, contre 160 l’an dernier à la même époque ! ».
La visite, mardi 16, des premières dames dans la cité médiévale, n’a rien arrangé. « Seuls deux restaurants ont travaillé pour les accueillir. Presque tout le village était fermé : il ne restait que trois boutiques ouvertes sur 40 et deux restaurants sur 20. » Et pour cause, Yvoire était dûment quadrillée par les forces de l’ordre, ce qui donnait peu envie d’y boire un verre en terrasse, au risque d’être contrôlé en sortant. Paul Jaquier-Durand a-t-il au moins eu la « chance » d’avoir été sélectionné pour héberger, dans ses dix chambres, une délégation de l’ambassade américaine. « Cependant, c’est le restaurant qui nous fait vivre, comptant pour 65 à 70 % de notre chiffre d’affaires. »
Comme lui, de nombreux restaurateurs de la zone comprise entre Annemasse et Thonon, pourtant non soumise à des restrictions de circulation, ont vu leur fréquentation s’écrouler. « En moyenne, ces restaurateurs traditionnels accusent une baisse de 70 % de leur chiffre d’affaires sur la période, c’est une hécatombe ! », confirme Benoît Lange, président du Groupement des hôtelleries et restaurations de France (GHR) Auvergne-Rhône-Alpes. « Ils ont joué le jeu de rester ouverts, espérant, comme on le leur avait promis, la visite de journalistes, de forces de l’ordre ou de délégations. Mais il n’y a pas eu d’effet G7 et les locaux n’ont pas consommé non plus. » Il entend bien demander réparation à l’État.
Du côté des hôtels en revanche, le bilan est bien meilleur. Avec 16 000 représentants des forces de l’ordre, 2 000 membres de délégations et 2 000 journalistes à qui trouver un lit, c’est une zone comprise entre Avoriaz, Sallanches et Annecy qui a bénéficié de l’événement, parfois dès fin mai.


Et Evian dans tout cela ? La ville des frères Lumière a, aux dires de nombreux interlocuteurs, été plongée dans le noir pendant quasiment trois semaines. « C’était un désert », commente Nicolas Weber, président d’Evian commerces, l’association regroupant la moitié des commerçants (hors café-hôtels-restaurants) locaux. « La ville était encagée derrière des barrières. » Quelques restaurants ont tiré leur épingle du jeu grâce aux 2 000 cartes, créditées de 150 euros par personne, distribuées aux journalistes et délégations pour leurs repas. Les boutiques non alimentaires ont attendu le chaland, en vain.
L’accueil de l’office de tourisme n’a pas non plus vu grand monde. Et les Évianais se sont semble-t-il confinés, quand ils ne sont pas partis en vacances pour la période, échaudés par le G8 de 2003. « Les collègues qui sont restés ouverts ont fait un chiffre misérable. Beaucoup ont fini par fermer. » Un constat d’autant plus amer, « qu’on nous avait promis que la ville ne serait pas sous cloche ». Damien Ferronato, coprésident de l’Union commerçante de Thonon et propriétaire d’une boutique à Evian et d’une autre à Thonon, a par exemple enregistré une baisse de 50 % de son activité dans la première. « Je veux rester optimiste, dit-il, cela fait de la visibilité pour notre région et pourrait donner envie aux gens de venir. »
Un espoir partagé par Josiane Lei, maire d’Evian, qui, juste avant le G7, a lancé une étude, sur quelques années, pour estimer les retombées économiques du sommet. Elle fait également remarquer que beaucoup d’entreprises ont bien travaillé pendant la période. Mais elle remarque, elle aussi, que le citoyen évianais a moins consommé et est moins venu en ville. « Les gens ont eu peur », conclut-elle.










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