Agriculture : moins d’exploitations, plus de bio

par | 6 janvier 2022 à 7H30

Selon le dernier recensement agricole, le nombre d’exploitations continue de se réduire et les surfaces moyennes d’augmenter, mais moins.

L’opération est conduite tous les 10 ans depuis 1955 et coordonnée à l’échelon européen. Le recensement agricole vient de livrer ses premiers résultats. Selon la Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt (Draaf), on observe « une inflexion dans des tendances persistantes », à savoir : des exploitations moins nombreuses et plus grandes, une diminution de la main-d’œuvre agricole moins prononcée, une dominance des micro et petites exploitations malgré une baisse plus marquée, une agriculture diversifiée avec une dominance de l’élevage et une forte restructuration du secteur laitier.

Moindres diminutions

Entre 1970 et 2020, plus de trois exploitations sur quatre ont disparu, le plus souvent par regroupement. La région n’en compte plus “que” 48 500 en 2020, ce qui la situe au troisième rang derrière Occitanie et Nouvelle-Aquitaine. Mais, leur diminution (2,5 % VS 2,3 % à l’échelon national) est moins importante sur la dernière décennie qu’au cours des précédentes (3,2 % entre 2000 et 2010). Dans le même temps, leur surface moyenne est passée à 59 ha (VS 46 ha en 2010). Là encore, la tendance s’infléchit, avec une progression de 2,5 % entre 2010 et 2020, contre 2,8 % entre 2000 et 2010. Aura connaît une évolution comparable à celle du pays dans son ensemble, mais avec une surface moyenne moins importante de 10 ha. « La montagne représente plus des deux tiers du territoire, c’est une explication possible. Mais, nous avons également des exploitations viticoles, fruitières ou d’élevage hors sol qui réduisent la taille des exploitations. Cela implique forcément une différence par rapport aux grandes zones céréalières du Nord et du Centre », avance la Draaf en réponse à nos interrogations. Et son directeur, Michel Sinoir, d’ajouter : « Nous avons sans doute une valeur plus importante à la surface, par exemple avec les filières de production de semences en grandes cultures. Ceci explique la plus grande résistance des exploitations de la région au classique agrandissement. Elles ont moins d’intérêt à grossir. »

Si les micro-exploitations et petites exploitations diminuent en nombre, tandis que les moyennes baissent également et que les grandes augmentent, elles restent majoritaires (33 % du total chacune, contre 25 % pour les moyennes, 9 % pour les grandes). Il est à noter que, pour comparer les exploitations, la Draaf a préféré s’appuyer sur la notion de “production brute standard” (PBS), sorte de chiffre d’affaires potentiel, plutôt que sur la surface ou toute autre considération. Une micro-exploitation affiche un PBS inférieur à 25 000 euros, la petite un PBS de 25 000 à 100 000 euros, la moyenne de 100 000 à 250 000 euros, la grande plus de 250 000 euros. Moins nombreuses, plus grandes, les exploitations emploient moins de monde, 75 700 équivalents temps plein, soit 57 000 en main-d’œuvre familiale, 10 900 en salariés permanents et 7 800 en saisonniers, pour 62 500 chefs d’exploitations et coexploitants dont 25 % de femmes et 23 % de personnes âgées de 60 ans ou plus. L’infléchissement est là encore notable avec une baisse de 1,6 % VS 2,4 % sur la précédente décennie.

Une région d’élevages

Le top 5 des filières agricoles en Auvergne-Rhône-Alpes place en tête les bovins (avec 18 200 exploitations), suivi des grandes cultures (9 200), des ovins, caprins et autres herbivores (5 400), la polyculture et le polyélevage (5 000), puis la viticulture (4 500). La région demeure donc un territoire d’élevages. Les exploitations à spécialisation animale pèsent 51 % du total, tandis que les spécialisations végétales ne comptent que pour 37,5 % et les exploitations mixtes en polyculture ou polyélevage 10,4 %. Mais les premières ont baissé de 4,4 points quand les deuxièmes ont progressé de 5,3 et les dernières n’ont diminué que de 1. Les élevages encaissent à eux seuls, 71 % de la diminution totale du nombre d’exploitations. Pour Michel Sinoir, le nombre de vaches laitières, notamment, est à surveiller. « La situation peut se dégrader très vite. » Mais, celui-ci de tempérer par ailleurs : « Il faut garder à l’esprit que la fusion de deux structures implique la disparition de l’une d’elles, mais pas du nombre de personnes qui en vivent, ni des surfaces. Les regroupements permettent de mieux se répartir le travail. Cela s’inscrit dans une tendance assez forte, de recherche d’économies et de production plus efficace. » L’élevage laitier s’est en effet beaucoup restructuré depuis 20 ans, plusieurs exploitations adoptant une forme sociétaire. La baisse est d’ailleurs équivalente en région et en France métropolitaine. La filière fruitière enregistre, elle aussi, une forte diminution probablement liée à une restructuration. Pour la Draaf, c’est un point de vigilance important, qui impose de surveiller la part de la région dans la production.

Enfin, la transition agroécologique se poursuit. Le recours aux circuits courts s’accroît et les signes de qualité sont de plus en plus présents. Ainsi, on observe un triplement de la part des exploitations bio sur la décennie, de 4 à 13 %.


Une participation significative

À la différence des précédentes éditions, la collecte de données pour le recensement agricole – réalisée d’octobre 2020 à mai 2021 – s’est faite en grande partie en ligne, auprès d’un large échantillon d’exploitations (50 900 dans la région). À ce nombre, s’ajoutent 6 600 structures enquêtées en face-à-face ou par téléphone, avec un questionnaire plus étoffé, pour approfondir certains sujets. Des auditions dont les résultats seront communiqués en mars. « Avec 98 % de réponses positives, nous avons battu des records de participation, se réjouit Michel Sinoir, directeur de la Draaf (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt). Nous avons l’habitude d’une adhésion du monde agricole à ces enquêtes, mais là, elle est particulièrement significative. Nous jouissons d’une photographie complète, presque exhaustive de l’agriculture. Et comme nous avons une série longue (depuis 1955, NDLR), nous pouvons faire des comparaisons dans la durée. »


Critères

Pour être considérée comme telle, une exploitation doit avoir une activité de production (ou de maintien des terres) et atteindre une dimension minimale : soit 1 ha de surface utilisée (2 000 m2 pour les cultures spécialisées), soit une production supérieure à un seuil défini (une vache, six brebis mères…). Une définition très exhaustive.


Sébastien Jacquart

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