Festival : « Femmes en montagne » fait bouger les lignes

par | 25 Mar 2026

Tanya Naville, la créatrice et directrice du festival de films dédiés à la pratique féminine des sports de montagne, ne lâche rien 10 ans après la constitution de son association. Interview.

L’association Femmes en montagne, que vous avez créée en 2016 pour davantage de mixité dans les sports d’extérieur, va souffler ses dix bougies le 20 mai à Annecy. Avez-vous le sentiment que les lignes ont bougé ?

Un peu, oui. On observe une féminisation des pratiques dans les clubs, par exemple. En revanche, dès qu’on atteint le haut et le très haut niveau, la mixité s’émiette. On ne compte par exemple que 2 % de femmes guides.

Comment l’expliquez-vous ?

Par des freins tant internes qu’externes. Les femmes pensent souvent qu’elles ne sont pas capables de prendre la tête d’une cordée et laissent un homme s’en charger. Ou alors, c’est l’homme qui préfère passer en premier. La société accepte moins que les filles prennent des risques, c’est culturel. D’où mon idée, en 2019, de montrer des pratiques féminines en montagne sur grand écran. Jusque-là en effet, ce sont plutôt les hommes qui étaient les héros de ces films et qui s’affichaient en « une » des magazines spécialisés. En 2019, seuls 12 % des films de montagne projetés lors d’un festival en France avaient une femme comme protagoniste principale. En 2023, cette proportion est passée à 16 % (sur onze événements). Par ailleurs, depuis 2022, parmi 11 festivals de films outdoor recensés en France, sur près de 600 films diffusés, seulement 9,3 % étaient réalisés par des femmes, et 3,6 % en duo mixte. Seuls 14,7 % traitent de sujets féminins.

Tanya Naville.

Votre festival Femmes en montagne, qui aura lieu à Annecy en novembre, veut rendre visibles les femmes devant et derrière la caméra et pour cela, vous menez un travail de terrain toute l’année…

C’est exact et c’est ce travail réalisé par notre association de 40 bénévoles et 1,5 salarié équivalent temps plein, que nous voulons mettre en avant à l’occasion de notre anniversaire, le 20 mai à l’espace Atome. Au-delà du festival, nous organisons la « tournée scolaire » grâce à laquelle nous sensibilisons chaque année 1 500 collégiens et lycéens de Haute-Savoie à l’égalité de genre dans le sport. Depuis l’année passée, une autre action consiste à encourager les femmes à investir le monde professionnel du cinéma de montagne pour modifier les récits. Et puisqu’on nous fait souvent remarquer qu’on ne sait pas où trouver ces professionnelles, nous sommes en train de monter un annuaire des « femmes derrière la caméra », englobant tous les métiers, de l’écriture à la postproduction. L’objectif est de rendre cet outil public. Je précise que l’inscription est totalement gratuite. En parallèle, nous organisons des journées de terrain pour qu’elles puissent échanger sur leurs pratiques. La prochaine se déroulera les 11 et 12 juin à Chamonix.

On vous doit aussi « le verre des montagnardes » ?

Oui. Il s’agit de mettre les pratiquantes en relation. Les suivants auront lieu dans un bar de Sallanches le 1er avril, puis le 28 mai à Grenoble, le 11 juin à Chamonix, le 17 juin à Genève et le 16 septembre à Annecy. « La tournée en relais », consiste par ailleurs à proposer les films du festival à toute structure nous en faisant la demande.

Quel est votre budget pour tout cela ?

Nous disposons de 135 000 euros, dont un tiers provient de la billetterie du festival, un tiers de subventions et un tiers du mécénat. Nous sommes d’ailleurs à la recherche de nouveaux mécènes, particuliers ou entreprises, soucieux de prôner l’égalité de genre dans les pratiques sportives de montagne.

L’équipe du festival. Copyright : Femmes en montagne

L’histoire du festival

2015
Tanya Naville, compétitrice en ski alpinisme et coordinatrice du groupe féminin de haute montagne de la Fédération régionale des Clubs alpins, crée le blog « On n’est pas que des collants »

2016-2018
Tournage de trois films sur des femmes inspirantes

2019
Première édition du festival

2025
4 650 entrées pour un public composé à 60 % de femmes


 Propos recueillis par Sylvie Bollard.

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