Festival International du Film d’Animation 2019 / Mickaël Marin : « La croissance du festival est un défi pour l’ensemble du territoire »

Festival International du Film d’Animation 2019 / Mickaël Marin : « La croissance du festival est un défi pour l’ensemble du territoire »

Directeur de Citia, la Cité de l’Image en mouvement d’Annecy, depuis presque un an, le patron du Festival et du Marché International du Film d’Animation dresse un point de situation à la veille de l’édition 2019, qui aura lieu du 10 au 15 juin.

Comment se sont déroulés vos onze premiers mois à la tête de la Citia ?

Ils ont été très denses ! J’ai dû m’immerger dans un certain nombre de sujets, que je ne découvrais pas bien sûr [ndlr : il est numéro deux de Citia depuis 2015], mais dans lesquels je n’avais pas encore de rôle opérationnel. Il a également fallu déterminer quelles devaient être les évolutions à mener. Car même si je m’inscris dans la continuité du travail conduit par Patrick Eveno de 2006 à 2018, Citia, comme le Festival et le marché international (Mifa) du film d’animation, doivent constamment évoluer.

Quelles sont ces évolutions pour l’édition 2019 ?

D’abord, la féminisation. Nous avions déjà signé, l’an dernier, la charte “5050 pour 2020 – pour la parité et la diversité” [ndlr : élaborée pour le cinéma au niveau international suite à l’affaire Weinstein]. Nous avons décidé d’instaurer dès cette année la parité au niveau des comités de sélection : quatre femmes et quatre hommes chargés de visionner plus de 3 100 films pour en sélectionner environ 200. Ainsi qu’au niveau des jurys. Il y a encore du travail à mener dans le monde de l’animation : une grande majorité des films en compétition cette année [ndlr : dont 80 % des longsmétrages mais plus près de 55 % pour les courts] a été réalisée par des hommes. Toutefois, les choses bougent : la majorité des étudiants accrédités pour le festival sont des étudiantes.

Et en interne, à Citia, la féminisation est aussi de mise ?

Oui, depuis longtemps. La majorité de nos 43 permanents et plus de la moitié des chefs de service sont des femmes, tout comme la nouvelle secrétaire générale, Sophie Garnier, et la nouvelle responsable du Mifa, Véronique Encrenaz.

“LES RETOMBÉES SONT TRÈS IMPORTANTES, MAIS DEMAIN CETTE DYNAMIQUE PEUT S’ENRAYER.”

Pourquoi avoir créé ce poste de secrétaire générale ?

Citia a beaucoup grandi : quand je suis arrivé, en 2001, nous étions moins d’une vingtaine. Aujourd’hui, il y a 43 permanents et nous employons plus d’une centaine de renforts au moment du festival, sans parler des 400 bénévoles. En outre, nous avons changé de statut – d’association à établissement public – et de spectre, de l’animation aux industries créatives. Il était nécessaire d’avoir un référent pour l’organisation interne. D’autant plus qu’il va y avoir d’autres évolutions structurelles : historiquement, le choix a été fait d’internaliser un maximum de fonctions et de missions, mais nous sommes aujourd’hui confrontés à un défi de fluidité quand tout doit être géré en même temps. Il va falloir nous organiser pour y répondre.

Revenons au festival et au Mifa. Quelles sont les autres nouveautés ?

Nous nous ouvrons toujours plus au grand public et notamment au public local. Pendant le festival 2019, nous proposons davantage de séances, dont celles de l’opération “Annecy s’anime” [ndlr : qui existe tout au long de l’année]. Davantage de projections gratuites en extérieur, aussi : sur 7 sites, contre 5 en 2018. Et toujours des expositions, animations, séances de dédicaces… En parallèle, nous avons instauré une nouvelle catégorie en compétition : Contrechamp, destinée aux productions justement plus singulières et moins grand public, car notre objectif est bien de couvrir le spectre le plus large possible de la création. Et bien sûr, il y a la nouvelle compétition XR (Extended reality).

De quoi s’agit-il ?

D’une catégorie dédiée aux productions en réalité virtuelle. Depuis plusieurs années, ces productions se développent et nous avons souhaité leur accorder toute leur place en compétition, mais aussi plus généralement sur le festival et le Mifa. Avec de nombreuses rencontres professionnelles ainsi qu’un dôme destiné aux projections XR. Installé au coeur des haras, il sera, lui aussi, accessible au grand public. La XR est une porte ouverte sur l’avenir, mais cela ne veut pas dire qu’elle remplacera les formes de créations existantes : il ne faut pas opposer les formats.

Vous développez le festival et le Mifa, mais vous avez réduit la voilure en dehors, en mettant fin au Forum Blanc. Pourquoi ?

L’événement n’était plus dans la même dynamique qu’au départ. Nous avons impulsé des rencontres entre différentes filières, mais sans parvenir à créer de véritables connexions. Et puis nous avons fait le choix de développer la XR sur le festival et le Mifa pour lui donner plus d’impact. Enfin, avec la baisse de certaines aides, le Forum blanc faisait peser un risque financier conséquent.

Depuis une quinzaine d’années, le festival comme le Mifa sont en croissance. Jusqu’où ?

C’est vrai que nous attendons encore une participation record, tant sur le festival que sur le marché. Évidemment, c’est une satisfaction, une marque de reconnaissance de notre travail. Cela nous contraint à être toujours plus imaginatifs : cette année nous étendons encore la surface du Mifa (700 mètres carrés de plus) grâce à des chapiteaux sur pilotis posés sur le lac. Faute d’un lieu adapté, nous n’avons pas le choix. Mais nous ne sommes pas dans la course aux accréditations et il ne faut jamais oublier qu’il n’y a jamais rien d’acquis. Faire face à cette croissance est aujourd’hui un vrai enjeu. Pour nous mais plus globalement pour le territoire.

Vous pensez aux acteurs de l’économie touristique ?

Oui. Quand des festivaliers me disent qu’ils n’ont rien trouvé à manger en sortant de la dernière projection ou que d’autres se plaignent des tarifs de leur hébergement, je me dis qu’il faut être vigilants. Les retombées économiques de l’événement sont très importantes, mais demain cette dynamique peut s’enrayer.

La Ville d’Annecy a adopté fin 2018 son projet de Cité de l’animation pour le site des anciens haras. C’est un vrai plus pour vous ?

Bien sûr ! Nous en avons déjà beaucoup parlé, en France et à l’international. Et partout l’accueil a été unanime. Les trois dimensions – culturelle, professionnelle et économico-gastronomique – suscitent déjà beaucoup d’envie. Ce sera un formidable outil de travail et de promotion de l’animation et de la filière, mais aussi un atout touristique de plus pour Annecy. Et nous sommes bien sûr à la disposition de la Ville pour apporter notre expertise, si besoin.

Vous évoquez la filière professionnelle locale : où en est-on de son développement ?

L’ouverture des Papeteries-Image factory en 2015 [ndlr : bureaux, espaces de formation et pépinière d’entreprises ; le site est animé par Citia] lui a donné plus de visibilité. Cette filière continue de grandir. Nous travaillons sur l’actualisation des chiffres de l’observatoire : les données consolidées ne sont pas encore disponibles, mais la progression a été supérieure à 10 % depuis la dernière enquête [ndlr : 310 entreprises pour plus de 1 200 emplois en 2014]. Par ailleurs, maintenant que la pépinière d’entreprises fonctionne bien, nous oeuvrons avec nos partenaires (Grand Annecy, réseau Initiative, CCI, …) à la création d’un incubateur d’entreprises qui devrait ouvrir ses portes à l’automne.

La filière se développe et pourtant son pôle de compétitivité, Imaginove, dont Citia était l’un des cofondateurs, a mis la clef sous la porte en début d’année…

Oui. Les champs visés étaient très larges [ndlr : contenus et usages numériques, ce qui allait des jeux-vidéo à la smart city ou l’e-santé en passant par l’audiovisuel et la muséographie…], le territoire a évolué [de Rhône-Alpes à Auvergne- Rhône-Alpes] et il y a eu beaucoup de changements à la gouvernance… Avec les autres acteurs régionaux de la filière image, nous travaillons à l’après Imaginove : un outil plus ciblé, qui n’aurait pas vocation à être un pôle de compétitivité national. Nous bénéficions pour ce projet d’un fort accompagnement de la Région.


Propos recueillis par Éric Renevier


Plus d’infos : https://www.annecy.org/accueil

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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