La sénatrice de l’Ain fait le point sur ses nouvelles missions, autour de l’attractivité des entreprises, de la gestion de l’eau ou encore, du risque d’incendie.
Florence Blatrix, vous vous êtes dernièrement investie dans trois nouvelles missions ponctuelles. Vous êtes, notamment, rapportrice de la mission “Formation, compétences et attractivité des entreprises”. En quoi consiste-t-elle ?
Elle s’inscrit dans le cadre de la délégation aux entreprises. Mon collègue Michel Canévet, sénateur du Finistère, avait déjà établi un rapport sur ce thème. Mais comme cela reste un sujet, nous le reprenons. De nombreuses auditions sont prévues, avec des économistes, France Compétences, France Régions, les syndicats patronaux, des Opco (opérateurs de compétences, NDLR), l’Éducation nationale, Pôle emploi ou encore, l’ancienne haute-commissaire aux compétences, Carine Seiler.
Pourquoi « l’ancienne » haute-commissaire ?
Le haut-commissariat a été supprimé en début d’année. Il avait été créé quand l’État avait repris la main sur les compétences et la formation, jusqu’alors déléguée aux régions. Ce changement avait donné lieu à de nombreux partenariats pertinents, autour de la formation des seniors, notamment. Nous avons d’ailleurs auditionné des acteurs qui ont conduit des expérimentations intéressantes. Seules deux régions ont refusé cette reprise en main et ne se sont pas inscrites dans cette démarche, dont la nôtre. Du coup, en Auvergne-Rhône-Alpes, les fonds dédiés ont été gérés par Pôle emploi. C’est un peu dommage.
Et quel est le but de toutes ces auditions ?
Nous allons nous livrer à un travail d’analyse pour savoir si la formation initiale est adaptée aux besoins des entreprises, comment appréhender les grandes transformations à venir avec le numérique et la transition écologique ou encore, comment amener vers la formation continue ou l’emploi les publics qui en sont le plus éloignés.
Sinon, sur un tout autre sujet, vous êtes vice-présidente de la mission d’information sur la gestion durable de l’eau. De quoi s’agit-il cette fois ?
C’est un sujet que mon groupe parlementaire a décidé de porter, même si plusieurs rapports ont déjà été rédigés sur ce thème. Car nous ne sommes plus en 2003 où les épisodes de canicules et de sécheresses étaient encore considérés comme exceptionnels. Installée voici quelques semaines, cette mission doit rendre ses conclusions avant la fin juillet pour ne pas percuter le renouvellement sénatorial de septembre. Elle vise à dresser un bilan de situation et à établir une prospective à court et à moyen terme, en vue de faire des propositions de loi par la suite. Elle porte essentiellement trois axes : répondre à la raréfaction de la ressource, en agissant sur la consommation et la qualité des captages ; améliorer la gouvernance de l’eau par bassins et aller vers davantage de cohérence entre les différents acteurs qui interviennent ; poser les bases d’un cadre apaisé sur le partage de l’eau entre les différents usagers. Les mégabassines, par exemple, font l’objet de grands débats. C’est un sujet très technique sur lequel nous avons commencé à nous pencher.
Nous observons aujourd’hui, un assèchement des sols qui affectent les bâtiments, une eutrophisation des rivières qui manquent d’oxygène… Mais parallèlement, des solutions existent. Le rendement des canalisations est de l’ordre de 80 %, souvent moins. Nous tenons là, une source d’économie énorme. Les agences de l’eau devraient revenir à un accompagnement plus important des collectivités sur l’amélioration des réseaux d’eau potable et sur l’assainissement. La qualité des sols est également un enjeu essentiel, qui suppose de repenser les pratiques culturales.
Enfin, vous êtes membre de la commission spéciale sur la proposition de loi visant à renforcer la prévention et la lutte contre l’intensification et l’extension du risque incendie. On peut y voir un lien avec la gestion de l’eau, n’est-ce pas ?
En effet, la question de la lutte contre l’incendie suppose d’avoir accès à des réserves d’eau sur place. Par ailleurs, moins d’eau, ce sont des feux qui partent plus vite. Là encore, la lutte contre l’intensification de l’incendie avait déjà fait l’objet d’un rapport au Sénat, auquel je n’avais pas participé. L’objectif, cette fois, est de préparer une proposition de loi qui doit sortir en avril, essentiellement axée sur les mesures de prévention. Le projet est d’inclure la prévention du risque incendie dans les différents documents de gestion forestière. Et un deuxième volet prévoit d’encourager fiscalement les propriétaires forestiers à mieux gérer leurs parcelles, notamment à respecter leurs obligations légales de débroussaillement.
Le risque d’incendie s’étend à l’Ain, non ?
C’est exact, alors que nous y étions peu exposés, jusqu’à présent, à la différence des départements du Sud. Nous nous inspirons d’ailleurs grandement de ce qui a été fait sur ces territoires. Nos forêts souffrent de la sécheresse. Et nous sommes confrontés à des problématiques de gestion, notamment de morcellement. Cela sort du cadre de la mission, mais il faudra s’y pencher.
Il paraît difficile de clore cet entretien sans évoquer la réforme des retraites. Quel regard portez-vous sur la forme qu’ont pris les débats, notamment au Sénat ?
Tous les moyens réglementaires et constitutionnels ont été utilisés pour limiter les débats, y compris le choix d’un véhicule législatif qui limitait les possibilités d’amendements. Il y a là, une forme de déni démocratique. Je m’inquiète du fait que le gouvernement n’écoute pas les syndicats, y compris les plus réformistes comme la CFDT. C’est par ailleurs une réforme qui ne se justifie guère. La démographie est certes ce qu’elle est, mais l’on n’observe pas de dérapage des dépenses.
Vie chère en zones frontalières
La sénatrice a écrit le 7 mars, au ministre de la Transformation et de la Fonction Publiques, Stanislas Guerini, au sujet de la vie chère dans les zones frontalières, qui précarise les fonctionnaires et dégrade les services publics, notamment dans le Pays de Gex. Elle se réjouit que celui-ci ait évoqué un certain nombre de mesures (prime, indemnité de résidence, accès au logement, formation…), rappelle qu’elle a plusieurs fois sollicité le gouvernement sur ce thème et prévient qu’elle sera « vigilante quant à la traduction concrète de [ses] annonces ».
Bio express
- 30 mars 1966 : Naissance.
- 1995 : Entrée au conseil municipal de sa commune d’origine, Drom, dont elle deviendra adjointe en 2008 et maire en 2020, avant de démissionner pour entrer au Sénat.
- 27 septembre 2020 : Élue sénatrice de l’Ain, elle fait partie du groupe Socialiste, Écologiste et Républicain qui compte 65 sénateurs sur 348.
- Outre ses nouvelles missions, elle est membre de la commission des affaires économiques, de la commission des affaires européennes, vice-présidente de la délégation aux entreprises et présidente du groupe d’études sur l’économie sociale et solidaire.
Sébastien Jacquart








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