Foire de Savoie : les entreprises locales au rendez-vous

par | 17 septembre 2026 à 15H36

Rendez-vous incontournable de la rentrée savoyarde, la Foire de Savoie a ouvert ses portes à Chambéry ce vendredi 11 septembre : le public a dix jours pour découvrir la 98e édition concoctée par Savoiexpo.

La Foire de Savoie vient d’ouvrir ses portes. Avec ses 350 exposants et son programme d’animations, elle draine autour de 80 000 visiteurs sur les dix jours. En 2025, sa contribution à Savoiexpo se montait à 1,4 M€ de chiffre d’affaires HT, sur les 5 M€ réalisés.

Son impact dépasse le seul périmètre de la Foire de Savoie. Une centaine d’entreprises locales interviennent chaque année pour assurer les différentes prestations : sécurité, nettoyage, restauration, intérim, sonorisation, impression, électricité, montage, chapiteaux, signalétique ou encore gestion des déchets. La Foire contribue également à l’activité touristique du bassin chambérien, avec environ 3 000 nuitées générées en moyenne, représentant près de 400 000 € de chiffre d’affaires pour les hôteliers en 2025, auxquels s’ajoutent les réservations de nombreux gîtes.

À travers ses exposants et ses animations, la Foire constitue une vitrine de la diversité du tissu économique bien au-delà de la région Aura. Quant aux pays de Savoie, cinq entreprises présentent un savoir-faire singulier : autoconstruction bois, impression 3D, moustiquaires sur mesure, réemploi des équipements de montagne et cosmétiques inspirés d’un savoir-faire familial.

Lass de la moustiquaire avec Sellahatin Yilmaz et Salim Cetin

Tout est parti d’un agacement partagé : «  Nous avions acheté des moustiquaires pour nos fenêtres, mais elles n’ont pas tenu longtemps  », se souviennent Sellahatin Yilmaz et Salim Cetin, codirigeants fondateurs de Lass de la moustiquaire à Viuz-la-Chiésaz (74). Loin de se résigner, les deux amis conçoivent et fabriquent leurs propres modèles. Les premiers exemplaires séduisent leur entourage, puis les commandes commencent à arriver.

En 2023, ils se lancent dans l’entrepreneuriat : cette activité de niche répond à une demande croissante, portée notamment par la progression du moustique tigre dans les deux Savoie. «  En tant que fabricants de moustiquaires, notre offre est particulièrement compétitive. Nos concurrents sont souvent des revendeurs : ils disposent de moins de marge de manœuvre sur les prix  », explique Sellahatin Yilmaz.

Leur spécialité : la moustiquaire plissée. Plus discrète et fonctionnelle qu’un modèle traditionnel, elle s’ouvre entièrement en accordéon et s’adapte aussi bien aux fenêtres qu’aux portes-fenêtres, baies vitrées ou pergolas. « Nous pouvons équiper des ouvertures allant jusqu’à cinq mètres de long sur 2,20 mètres de haut. »

L’entreprise génère un chiffre d’affaires de 200 000 € et se diversifie désormais en proposant des clôtures en aluminium. Pour l’instant revendeurs, ils ambitionnent à terme de les fabriquer eux-mêmes. Les entrepreneurs voient dans cette stratégie un moyen de valoriser leur savoir-faire industriel. «  Le marché évolue. Les clients recherchent de plus en plus du Made in France et des produits locaux.  »

Sellahatin Yilmaz et Salim Cetin ont inventé leurs propres moustiquaires plissées qu’ils fabriquent dans leur atelier de Viuz-la-Chiésaz (74).

Les Crèmes du Savoyard : Nicolas et Stéphanie Rambaud

Depuis 1996, la recette n’a pas changé. Derrière Les Crèmes du Savoyard, marque bien connue des amateurs de produits de soin liés aux activités de montagne, se trouve Nicolas Rambaud, qui a repris l’affaire familiale en 2008.

L’entreprise, exploitée en nom propre, détient les formules de ses produits, désormais fabriqués par un laboratoire situé à Ambérieu (01). Cette organisation permet à Nicolas Rambaud et sa compagne Stéphanie (notre photo) de se concentrer sur la commercialisation tout en sécurisant la fabrication.

La gamme repose notamment sur trois références : la crème mains et pieds destinée aux peaux exposées au froid, aux engelures et aux crevasses ; la crème visage reprend une base d’ingrédients proche, moins texturée et enrichie en huile de noisette et enfin, la crème pour le corps conçue pour les peaux sèches, sensibles ou réactives.

Près de trente ans après la commercialisation des premiers tubes, les crèmes du Savoyard représentent encore environ 70 % du chiffre d’affaires de l’entreprise (le reste provient de la revente de marques grand public), qui se situe entre 80 000 et 85 000 € selon les années.

Les Crèmes du Savoyard, une formulation inchangée depuis 1996 contre les problèmes cutanés liés à la pratique de la montagne.

LSI3D : Jonathan Lapierre et Thomas Siclari

Jonathan Lapierre (notre photo) et Thomas Siclari, cofondateurs associés de LSI3D à Challes-les-Eaux (73), s’emploient à démontrer que la fabrication locale – à la demande – de prototypes industriels et petites séries peut répondre à des besoins de plus en plus complexes.

«  Nous sommes capables de fabriquer quasiment n’importe quelle pièce et d’accompagner le développement d’un produit jusqu’à son industrialisation  », explique Jonathan Lapierre depuis la Foire de Savoie. L’entreprise travaille principalement les polymères et les élastomères, deux familles de matériaux particulièrement usités dans l’industrie, la mécanique ou encore le secteur médical.

Le dirigeant avance l’argument du «  made in France  ». Il évoque sa collaboration avec l’enseigne Satoriz : «  Leurs réservoirs de remplissage étaient fabriqués en Amérique et ils n’arrivaient plus à se fournir. Nous avons pu relocaliser cette production en Savoie.  »

Pour lancer un projet, les clients n’ont pas nécessairement besoin d’un dossier technique complet. «  Cela peut être un simple croquis à la main, une idée ou un cahier des charges. Bien sûr, lorsque le fichier 3D existe déjà, cela coûte moins cher puisque nous n’avons plus qu’à imprimer la pièce.  »

Avec un chiffre d’affaires encore modeste, autour de 40 000 €, les deux associés ont choisi de réinvestir l’intégralité de leurs revenus dans leur outil de production. «  Chaque machine représente environ 5 000 € d’investissement. Au total, nous avons injecté près de 100 000 € dans l’entreprise sans recourir à l’emprunt.  »

Les deux entrepreneurs ont développé eux-mêmes leur environnement internet et de cybersécurité très sophistiqué. Un savoir-faire qui a fini par susciter l’intérêt : «  Certaines grosses sociétés nous ont demandé de développer leur infrastructure digitale  », explique Jonathan Lapierre. Thomas Siclari travaille actuellement à la création d’une seconde activité dédiée à ces compétences numériques.

Thomas Lapierre, codirigeant fondateur de LSI3D expose à la Foire de Savoie : ici, un bras mécanique réalisé pour le secteur pharmaceutique.

3e manche : Zoé Pellicier

Monitrice de ski l’hiver, Zoé Pellicier, 27 ans, a créé son entreprise, 3e Manche, en 2022. Elle incarne l’un des visages savoyards de l’économie circulaire appliquée à l’univers de la montagne. Derrière cette marque d’accessoires upcyclés, Zoé Pellicier transforme une contrainte professionnelle réglementaire en opportunité entrepreneuriale.

«  Les moniteurs de ski changent généralement de tenue tous les deux ans. Mais ces vêtements ne peuvent ni être offerts, ni revendus pour éviter toute confusion sur les pistes et causer des problèmes de sécurité  », explique-t-elle. Chaque année, des milliers de vestes et pantalons techniques se retrouvent ainsi sans débouché.

Son concept s’étend désormais aux matériaux issus des domaines skiables que la dirigeante transforme en objets du quotidien. Sacs banane, porte-clés, trousses, fanions à médailles ou encore sacs de voyage. «  Ce sont vraiment de très belles matières à recycler, autant s’en servir  », résume l’entrepreneure.

Fidèle à ses convictions, Zoé Pellicier a construit une filière de production locale et solidaire. Le désassemblage des vêtements s’effectue dans des ateliers en milieu carcéral, tandis que la confection est réalisée en Auvergne-Rhône-Alpes par des entreprises d’insertion professionnelle.

L’entreprise a franchi un cap en 2025 avec un chiffre d’affaires de 100 000 € et plus de 3 500 articles fabriqués. Après avoir démarré en entreprise individuelle, Zoé Pellicier transforme aujourd’hui son activité en société par actions simplifiée (SAS) avec l’ambition d’accélérer son développement. Son objectif est clair : structurer l’entreprise et recruter à moyen terme.

Zoé Pellicier, doublement active : monitrice de ski et dirigeante de l’entreprise 3e manche.

My Lodge : Martin Goy

Créée en 2023 à Poisy (74), la jeune pousse savoyarde My Lodge entend démocratiser l’autoconstruction grâce à un procédé en kit innovant. À sa tête, Martin Goy, fondateur et directeur général, a imaginé un système permettant à un particulier de réaliser lui-même la structure de son habitation, sans compétences particulières en charpente.

«  Avec un marteau, un maillet et une visseuse, le client est capable de monter lui-même toute la partie hors d’eau, hors d’air  », explique l’entrepreneur. Du simple studio de jardin de quelques mètres carrés à la maison individuelle de plus de 100 m², le principe repose sur un ensemble de briques en bois préfabriquées qui s’assemblent sans découpe ni recours à un outillage lourd. «  My Lodge se situe entre la fabrication du chalet suisse et le Lego  », résume-t-il.

Le kit comprend l’ensemble des éléments structurels, des murs à la toiture, accompagnés d’une notice de montage détaillée. Selon l’entreprise, deux ou trois personnes peuvent ériger une surface de 40 m² en une semaine et une maison de 100 m² en moins d’un mois. L’objectif est de réduire les coûts de construction tout en offrant aux particuliers la satisfaction de participer directement à la réalisation de leur projet.

Martin Goy met également en avant les avantages thermiques de sa solution. Les briques en bois sont garnies de liège expansé, un isolant naturel très performant, été comme hiver. «  Le sujet bientôt, ce sera davantage de garder le froid à l’intérieur que le chaud  », note le jeune dirigeant.

L’entreprise accompagne ses clients dans les démarches administratives et le montage du projet. Pour les travaux de second œuvre, elle envisage de s’appuyer sur un réseau de partenaires, à l’image de la société de maîtrise d’œuvre Pragmo, présente à ses côtés à la Foire de Savoie.

My Lodge a bénéficié d’un premier soutien financier de Bpifrance et du Réseau Initiative au début de l’année 2026. Elle mène désormais une levée de fonds de 1,2 M€ destinée à accélérer son développement, financer la certification de son procédé et préparer son industrialisation.

Les premiers projets concrets doivent voir le jour dans les prochains mois, avec une extension de restaurant attendue cet automne, un studio de jardin d’ici la fin de l’année et une maison individuelle prévue début 2027. À horizon 2030, Martin Goy vise un chiffre d’affaires compris entre 8 et 9 M€ avec une vingtaine de salariés.

Martin Goy, dirigeant fondateur de My Lodge, démocratise la construction bois avec ses maisons en kit.

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