Face à une stagnation de la fréquentation, une hausse des charges et une concurrence accrue, les sites de sports d’hiver français sont contraints d’investir afin de rester compétitifs. Aux dépens du skieur ?

Avec – 1,5 % de journées-skieurs sur l’ensemble de la saison 2016/2017, les domaines skiables français ont encore connu un relatif mauvais millésime. D’aucuns pourront facilement évoquer le coût des forfaits pour expliquer cette désaffection. Notamment, si l’on doit se tourner vers nos concurrents immédiats : la Suisse et l’Autriche. Or, il n’en est rien, selon une étude citée par Domaines skiables de France (DSF) : « Le forfait français est le moins cher du monde. Il est en outre 11 % moins cher que le forfait autrichien et 17 % moins cher que le forfait suisse », affirme l’organisme.

« En France, le prix moyen effectif se situe en effet aux deux tiers du prix plein tarif, compte tenu des différentes remises consenties par les opérateurs de domaines skiables, à l’image des forfaits multi-jours, forfaits enfants, forfaits familles… Au final, une faible quantité de skieurs achète ses forfaits au plein tarif », note DSF.

Il faut encore évoquer les offres très concurrentielles des comités d’entreprise et des clubs… Pour autant, toujours selon Domaines skiables de France, les forfaits de remontées mécaniques représentent le deuxième poste de dépenses des visiteurs des stations de ski. Compris entre 14 et 16 %, l’achat de forfaits arrive ainsi à égalité avec les dépenses de nourriture et derrière les frais de logement qui représentent près de 29 % du montant du séjour.

Ski à la carte

Mais entre forfait journée ou semaine, petit domaine ou grand domaine, tarif individuel ou famille, haute ou basse saison, plein tarif ou réduction “early booking”, comment les clients des domaines skiables s’y retrouvent-ils dans la jungle des tarifs proposés ? Historiquement articulées autour des forfaits saison, semaine ou journée, les offres des domaines skiables se sont en effet fortement enrichies, multipliant les modèles de forfaits et de tarification, parfois jusqu’à l’excès, déplorent certains. Ainsi, certaines stations proposent plus de 25 forfaits de base différents, qui se démultiplient ensuite en 70 tarifs, en fonction de l’âge des skieurs, de la date et de la durée de leur séjour…

Cette jungle tarifaire explique, pour certains observateurs, l’image jugée parfois négative de l’offre française : « La forte concurrence entre les stations pousse les domaines skiables à aller de plus en plus loin dans leur stratégie de segmentation client, confirme ce directeur d’un office de tourisme haut-savoyard qui souhaite rester anonyme. Je ne suis pas certain que ce soit la meilleure stratégie à terme, pour l’ensemble du secteur. Il faudrait plutôt jouer la carte de la singularité, de l’efficience, de l’accueil, de la qualité plutôt que de se battre uniquement sur les tarifs qui, au bout d’un moment, ne pourront plus baisser. D’autant que nous sommes tout à fait concurrentiels par rapport à nos concurrents les plus directs, c’est-à-dire hors USA ».

Certes, mais il faut néanmoins répondre aux nouveaux modes de consommation : ce “besoin” d’évolution de l’offre est ainsi également motivé par un changement des comportements des skieurs. En effet, les offres de forfaits ont été en partie développées, au départ, pour correspondre au modèle de séjour traditionnel des vacanciers, imposé par les locations d’hébergement (du samedi au samedi suivant). Ce modèle de location est en train d’évoluer et certains hôteliers et spécialistes de la location proposent désormais aux clients une date d’arrivée et une durée de séjour flexibles.

Au final, comme le souligne DSF, « l’économie globale d’un domaine skiable consiste à équilibrer des investissements importants, assortis de charges d’exploitation, avec les recettes des forfaits. Les principaux postes de dépenses pour un domaine skiable sont la masse salariale, les impôts et taxes et le maintien et/ou le déploiement de l’outil de travail ». Et force est de constater que les coûts concernant l’outil de travail, sont partis à la hausse : « S’agissant des remontées mécaniques, leurs prix a augmenté de près de 70 % ces dix dernières années ».

« Au-delà des investissements directement liés aux remontées mécaniques, les opérateurs doivent en engager d’autres pour améliorer le confort des skieurs, faire face, justement, à la concurrence internationale, comme les systèmes de billetterie mains libres, l’entretien des pistes mais aussi la neige de culture , souligne Laurent Reynaud, délégué général de DSF. La neige de culture sécurise l’ouverture des stations et réduit l’exposition aux aléas climatiques durant toute la saison. De forts investissements ont été réalisés dans ce domaine, anticipant des conséquences économiques majeures ».

Et la concurrence se joue évidemment là aussi : selon DSF, citant une étude du consultant spécialisé Laurent Vanat, le taux de couverture en neige de culture des domaines skiables en France est de 35 %, contre 70 % en Italie, 60 % en Autriche et 48 % en Suisse… Globalement, on peut donc estimer, en accord avec les professionnels, qu’en France on skie “au juste prix”. Pourtant, « le prix du forfait français, plus bas que celui de ses concurrents européens, n’est pas perçu comme un avantage concurrentiel, déplore DSF. Cet écart de perception peut trouver comme origine, entre autres, le fait que les domaines skiables français, et notamment ceux fortement intermédiés, sont plus grands que les domaines étrangers, donc plus chers ».


Cyril Bellivier


Source

Ce dossier est issu de notre hors-série Panorama des domaines skiables 2017-2018 :