INPI : qui sont les 15 principaux déposants de brevets en Auvergne-Rhône-Alpes ?

par | 30 juin 2026

Selon le dernier palmarès régional de l’INPI, publié en septembre 2025, Auvergne-Rhône-Alpes confirme sa place de deuxième grande région française de l’innovation brevetée, loin derrière l’Île-de-France mais nettement devant les autres territoires.

Auvergne-Rhône-Alpes reste l’un des principaux moteurs français de l’innovation technologique. Le dernier palmarès régional des déposants de brevets publié par l’INPI, en septembre 2025, place le CEA très largement en tête des acteurs contribuant aux demandes de brevets associées à la région. L’organisme public de recherche totalise 421 demandes de brevet publiées en 2024 avec au moins un inventeur localisé en Auvergne-Rhône-Alpes. Il devance Michelin, avec 172 demandes, et SEB S.A., avec 126 demandes.

Derrière ce trio, le classement confirme la profondeur industrielle du territoire : Groupe Valeo arrive avec 92 demandes, devant STMicroelectronics avec 90, le CNRS avec 87, Groupe Arkema avec 63, TotalEnergies avec 60, Air Liquide avec 49 et Soitec avec 48. Suivent notamment Somfy, Université Grenoble Alpes, Thales, Université Claude Bernard Lyon 1, NTN Europe et Stellantis.

Classement TOP 15 des plus gros déposants de brevets INPI en région Auvergne-Rhône-Alpes pour l’année 2024 (palmarès publié en 2025) :

RangDéposantDemandes de brevet publiées à l’INPI en 2024
1CEA421
2Michelin172
3SEB S.A.126
4Groupe Valeo92
5STMicroelectronics90
6CNRS87
7Groupe Arkema63
8TotalEnergies60
9Air Liquide49
10Soitec48
11Groupe Somfy37
12Université Grenoble Alpes35
13 ex æquoThales34
13 ex æquoUniversité Claude Bernard Lyon 134
15 ex æquoNTN Europe29
15 ex æquoStellantis29
Les 15 principaux rangs du palmarès régional INPI font apparaître 16 déposants, en raison d’un ex æquo à la 15e place entre NTN Europe et Stellantis. Le classement est très largement dominé par le CEA, qui totalise 421 demandes, soit plus du double de Michelin, deuxième avec 172 demandes.

Une région puissante, mais très concentrée

Au total, l’INPI recense 2 059 demandes de brevet publiées en 2024 provenant de déposants dont au moins un inventeur est localisé en Auvergne-Rhône-Alpes. Parmi elles, 1 954 demandes, soit 94,9 %, sont déposées par des personnes morales. Le volume régional est toutefois en baisse de 2,4 % par rapport à 2023.

Ce chiffre reste considérable : Auvergne-Rhône-Alpes représente 18,2 % des demandes de brevet publiées à l’INPI en 2024 provenant de personnes morales ayant au moins un inventeur en France. Seule l’Île-de-France fait mieux, avec 49,7 %. L’écart est donc massif avec la première région française, mais Auvergne-Rhône-Alpes se détache clairement du reste du pays : l’Occitanie arrive ensuite à 5,8 %, devant la Nouvelle-Aquitaine à 3,9 %.

La méthodologie de l’INPI est importante à comprendre. Le palmarès régional ne se fonde pas sur l’adresse du siège social, souvent francilien pour les grands groupes, mais sur l’adresse des inventeurs déclarés dans les demandes de brevet. Cela permet de mieux localiser le lieu où l’invention a effectivement été produite.

Cette lecture donne une image plus fidèle de la puissance technologique régionale. Elle montre le poids de Grenoble, de Lyon, de Clermont-Ferrand et plus largement des bassins industriels et scientifiques régionaux. Mais elle invite aussi à ne pas surinterpréter le classement : un brevet indique une capacité à protéger une invention, pas nécessairement une capacité à la produire localement, à l’industrialiser, à créer de l’emploi ou à générer un marché.

Recherche publique, industrie et semi-conducteurs

Le poids du CEA est le signal le plus fort du palmarès. À lui seul, il écrase le classement régional. Cela confirme le rôle central de la recherche publique et parapublique dans l’innovation brevetée, notamment autour de Grenoble, de l’électronique, des semi-conducteurs, de l’énergie, des matériaux et des technologies de rupture.

La présence du CNRS, de l’Université Grenoble Alpes et de l’Université Claude Bernard Lyon 1 renforce cette lecture. L’INPI souligne d’ailleurs que les établissements publics sont bien représentés dans le classement régional, avec le CEA, le CNRS et deux universités.

Côté entreprises, la région aligne plusieurs familles industrielles fortes : la mobilité avec Michelin, Valeo, NTN Europe et Stellantis ; l’électronique et les semi-conducteurs avec STMicroelectronics et Soitec ; l’équipement domestique avec SEB et Somfy ; la chimie, les matériaux et l’énergie avec Arkema, TotalEnergies et Air Liquide.

Cette diversité est un atout. Mais elle dit aussi autre chose : l’innovation brevetée reste largement dominée par des acteurs déjà très structurés, capables de financer des équipes de R&D, de protéger leurs inventions et de gérer des portefeuilles de propriété industrielle. Le brevet est autant un indicateur technologique qu’un outil stratégique, juridique et concurrentiel.

Les PME visibles, mais loin derrière

Le palmarès régional principal laisse peu de place aux petites entreprises. Le focus PME de l’INPI montre pourtant un tissu innovant réel, mais beaucoup plus fragmenté. Aledia arrive en tête des PME régionales contributrices, avec 24 demandes, devant Zedel, avec 22 demandes. Viennent ensuite Verkor, CPE Lyon, Diabeloop, Neyret Textile Holding, Aryballe, Caeli Energie, Koelis, SuperGrid Institute, ou encore Carbios.

L’écart avec les grands déposants est spectaculaire. Là où le CEA dépasse les 400 demandes, les premières PME régionales se situent autour de quelques dizaines. Ce n’est pas forcément un signe de faiblesse : les jeunes entreprises brevetent moins massivement, avec des portefeuilles plus ciblés. Mais cela pose une question économique centrale : comment transformer la puissance scientifique régionale en croissance d’entreprises, en industrialisation locale et en emplois qualifiés ?

Le cas Soitec, première ETI du classement régional avec 48 demandes, illustre ce point. L’INPI note que le top principal régional ne comporte qu’une seule ETI : Soitec. Autrement dit, entre les grands groupes et les PME innovantes, le nombre d’acteurs intermédiaires capables de porter durablement une stratégie de propriété industrielle reste limité.

Une spécialisation française dans la mobilité

La mise en perspective nationale confirme cette concentration. Dans le palmarès national INPI 2024, les premiers déposants sont Stellantis avec 1 289 demandes, Safran avec 1 216, L’Oréal avec 740, Valeo avec 612 et le CEA avec 598. Les 50 premiers déposants représentent près de 62 % des dépôts effectués à l’INPI en 2024, et les 20 premiers environ 53 %.

La France brevète donc beaucoup par ses grands groupes. La mobilité reste particulièrement structurante : l’INPI observe que, parmi les 50 premiers déposants nationaux, quinze entreprises relèvent de cette filière, et qu’un tiers des brevets déposés par ce top 50 concerne des innovations liées aux transports.

Cela éclaire aussi le classement régional. Auvergne-Rhône-Alpes n’est pas seulement une terre de laboratoires : elle est aussi prise dans les grandes chaînes industrielles françaises de l’automobile, des équipements, des matériaux, de l’électronique et de l’énergie. Reste à savoir si cette spécialisation est un avantage suffisant dans une période de bascule : électrification, concurrence chinoise, souveraineté industrielle, IA, semi-conducteurs, sobriété énergétique.

À l’international, une France solide mais pas dominante

La France conserve une place significative dans le paysage mondial de la propriété industrielle. Selon l’INPI, à partir des données de l’Office européen des brevets, elle reste en 2025 le 2e pays d’origine en Europe pour les demandes de brevet européen, avec 10 932 demandes, et se classe au 6e rang mondial. Les principaux demandeurs français auprès de l’OEB sont Valeo, Safran Group et le CEA.

Mais la comparaison internationale relativise la performance. Aux demandes de brevets reçues par l’OEB en 2025, les États-Unis totalisent 47 008 demandes, l’Allemagne 24 476, la Chine 22 031, le Japon 21 304 et la Corée du Sud 14 355, devant la France.

Même constat pour les demandes de brevets déposées à l’étranger : la France figure au 8e rang mondial, avec 27 976 demandes, derrière les États-Unis, le Japon, la Chine, la Corée du Sud, l’Allemagne, la Suisse et le Royaume-Uni.

Auvergne-Rhône-Alpes apparaît donc comme un territoire d’innovation de premier plan à l’échelle française, et bien positionné dans l’écosystème européen. Mais la compétition se joue à une autre échelle. Le volume de brevets est désormais dominé par les États-Unis et l’Asie, tandis que l’Allemagne reste le principal repère européen.

Un bon signal, pas une preuve suffisante

Le palmarès INPI est un indicateur utile. Il montre où se concentrent les capacités de recherche, les stratégies de protection technologique et les acteurs capables d’investir dans l’innovation. Pour Auvergne-Rhône-Alpes, le signal est clair : la région reste l’un des principaux pôles français de production technologique.

Mais le brevet ne dit pas tout. Il ne mesure ni la qualité économique finale d’une invention, ni son impact industriel, ni sa contribution environnementale, ni sa capacité à faire émerger des champions régionaux. Il peut protéger une rupture technologique, mais aussi servir à verrouiller un marché, renforcer une position dominante ou construire un portefeuille défensif.

C’est là que se situe l’enjeu pour Auvergne-Rhône-Alpes : ne pas seulement rester une région qui invente, mais une région qui transforme ses inventions en production, en entreprises solides, en emplois qualifiés et en souveraineté technologique. Le classement INPI confirme la force de départ. Il ne garantit pas, à lui seul, la réussite de l’arrivée.

Qui finance réellement l’innovation ?

Ce classement rappelle aussi une évidence souvent oubliée dans le discours économique dominant qui donne la prépondérance de l’innovation aux acteurs privés : en Auvergne-Rhône-Alpes, le premier déposant de brevets est le CEA, organisme public, tandis que le CNRS, l’Université Grenoble Alpes et l’Université Claude Bernard Lyon 1 figurent également parmi les principaux acteurs régionaux de l’innovation brevetée.

À l’échelle nationale, l’économie dite “privée” fonctionne elle aussi dans un environnement massivement structuré par la puissance publique : en 2024, les dépenses publiques représentaient 57 % du PIB français, tandis que les prélèvements obligatoires atteignaient 42,8 % du PIB. Plus directement encore, une commission d’enquête du Sénat a évalué les aides publiques aux entreprises, au sens large, à au moins 211 milliards d’euros en 2023 — un périmètre discuté, mais révélateur de l’ampleur du soutien public. S’y ajoutent des dispositifs ciblés sur l’innovation, comme France 2030, doté de 54 milliards d’euros, le crédit d’impôt recherche, dont la créance atteignait 7,2 milliards d’euros en 2021, ou encore l’action de Bpifrance, qui revendique 60 milliards d’euros injectés dans l’économie française en 2024 sous forme de financements, garanties, investissements ou accompagnements.

Autrement dit, la question n’est pas de savoir si l’État intervient dans l’économie de marché : il le fait déjà massivement. La vraie question est plutôt celle de la transparence, des contreparties et de l’efficacité de ces soutiens publics : combien d’emplois, combien d’industrialisation locale, combien de retombées pour les territoires et les contribuables ?


Cet article a été rédigé avec l’appui d’un outil d’intelligence artificielle générative, à partir des données collectées par ECO de l’Ain. Ce classement est issu de notre magazine L’Ain en chiffres 2026, disponible au format liseuse en ligne ou au format papier.


Sur le même sujet :

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bourse : tout voir >

PUBLIEZ VOTRE ANNONCE LÉGALE EN LIGNE

Devis immédiat 24h/24
Attestation parution par mail
Paiement CB sécurisé

LE CHIFFRE DE LA SEMAINE

Les subventions représentent 16,7 % du chiffre d’affaires agricole de la Savoie et 13,6 % de celui de la Haute-Savoie, contre 8,9 % en France métropolitaine.

ABONNEZ-VOUS

10.90€ / mois
Paiement CB sécurisé
Déblocage immédiat
Tous les contenus premium
Résiliable à tout moment

À lire également :

Tourisme : deux jours dans l’Avant-Pays savoyard

L’Avant-Pays savoyard pourrait être considéré comme l’antichambre des Alpes. Erreur d'appréciation : le statut de « pays avant  » implique de faire preuve d'une grande humilité tout en cultivant une identité forte. Ce terroir d'entre-deux...

Annecy : un nouveau siège pour NTN Europe

Après deux ans de travaux et 40 millions d’euros d'investissement, le groupe industriel NTN Europe s’installe dans des locaux pensés pour accélérer ses développements. À l’entrée d’Annecy, face à la rocade, l’immense bâtiment de bois ne passe pas inaperçu. Les...

Chaudronnerie : Satil Corporation se structure pour redresser la barre

Reprise dans le cadred'une procédure judiciaire en décembre 2024 par Damien Duranton et Romy Malnoue, Satil Corporation remonte en selle. Le jeune couple de dirigeants bat le fer tant qu'il est encore chaud pour sauver l'entreprise sexagénaire basée à Yenne. La...

Industrie : CTI&A a investi 1,4 M€ pour monter en puissance

Installée à Aiton, CTI&A est spécialisée dans la tuyauterie industrielle. La PME a plus que triplé la surface de ses ateliers en 2025 et commence à conquérir de nouveaux marchés. Fondée à Aiton en 2009 par Taner Salkim et son épouse Aysel, en charge de...

Newsletter

Abonnez-vous à notre newsletter hebdomadaire (chaque lundi à 7H00)

Linkedin

Suivez-nous sur nos pages Linkedin dédiées à l'économie de vos territoires

Abonnement

Restez informé.e en vous abonnant à nos publications économiques

Annonce légale

Devis instantané, publication et attestation sans délai, paiement CB sécurisé