International / Mécanique et plasturgie : le salut est ailleurs

International / Mécanique et plasturgie : le salut est ailleurs

Le développement à l’international est une étape obligée pour augmenter sa compétitivité et enrichir ses savoir-faire.

Auvergne-Rhône-Alpes, avec deux vallées bénéficiant de la proximité de la Suisse et aux premières places dans leurs industries respectives, décolletage et plasturgie, a tous les atouts pour devenir la région leader au niveau européen.

Un positionnement à consolider

Même si la tendance est à la croissance des implantations et des exportations, l’industrie régionale doit renforcer sa présence
à l’international. «La part moyenne du chiffre d’affaires réalisé à l’export est de 30 % », décrit Philippe Guérand, président de la CCI Auvergne- Rhône-Alpes, à propos des sous-traitants industriels régionaux d’au moins 20 salariés.

« Elle se monte à 32 % pour les seules entreprises des services industriels du travail des métaux. Les deux tiers de ces entreprises exportent et 15 % réalisent plus de 50 % de leur chiffre d’affaire à l’export. » « Les entreprises réussissent lorsque, avant de se lancer, elles affinent en France leur projet, forment leurs salariés, structurent leur organisation, musclent leur stratégie commerciale… », estime encore Philippe Guérand qui, avec le réseau des 13 CCI de la région, apporte un accompagnement au plus près des entreprises.

Où s’implanter ? Comment ? Avec quels appuis ? Et surtout quels moyens financiers ? Des questions plus faciles à résoudre pour les grands groupes que pour les PME qui composent la majorité des tissus industriels de la Technic Vallée et la Plastics Vallée. En Haute-Savoie, le nombre d’entreprises de décolletage implantées à l’étranger a augmenté de 39 % entre 2011 et 2015, mais ramené en volume réel, il démontre que le territoire est peu présent au niveau mondial : de 36 entreprises en 2011, il était passé à 50 quatre ans plus tard. Seulement 13 % des décolleteurs détiennent des filiales à l’étranger, dépassant de peu le taux au niveau national.

Territoires dynamiques

Le décolletage haut-savoyard s’avère néanmoins plus dynamique à l’international que le reste de la filière française. En 2015, près des deux tiers des entreprises dotées d’implantations à l’étranger étaient des entités du département. En termes d’exportations, la Haute-Savoie a passé la barre des 50 % de son chiffre d’affaires depuis 2014 et ne cesse de progresser, dépassant largement le taux du décolletage français (41,6 % en 2015) et de l’industrie hexagonale dans son ensemble (moins de 33 %).

La Plastics Vallée, premier pôle de la plasturgie en France, a toujours joué un rôle hors de ses frontières historiques : les entreprises du Haut-Bugey s’implantent au plus près de leurs clients. L’Ain concentre plus de 17 % des entreprises de la filière et totalise près de 20 % des exportations régionales dont la croissance annuelle a frôlé les 1 % entre 2015 et 2016, et reste sur cette lancée depuis. Les pays clients sont d’abord l’Allemagne, puis l’Italie, le Royaume-Uni, l’Espagne et les Pays-Bas. Selon la base de données des CCI de 2017, 61 entreprises de l’Ain totalisent 215 implantations à l’étranger via des filiales, bureaux de représentation, joint-ventures, agences commerciale, etc.

La démarche reste compliquée pour les PME, car elle demande du temps et mobilise d’importants moyens financiers, d’autant plus que les pays avec du potentiel sont éloignés géographiquement et culturellement. « L’Asie est stratégique pour le territoire, souligne Christine Godet délégué régionale adjointe d’Allizé Plasturgie. Il faut se positionner sur place, notamment du fait du marché automobile très présent et du luxe. » Dans ce sens, au printemps dernier, la municipalité d’Oyonnax a emmené au Japon une délégation composée notamment d’entreprises locales, dont le savoir-faire est très recherché sur place. Les initiatives de ce type se multiplient dans les deux vallées. Pour les PME, l’avenir international passe par des stratégies de regroupement pour peser face aux grosses entités.

Zoom sur la Suisse

« En mécanique et microtechnique, les compétences suisses sont à la fois des atouts et leur faiblesse. Les entreprises suisses apportent une valeur ajoutée sur l’innovation des process, des techniques et technologies. Le frein porte sur le prix final des produits qui reste élevé », campe Frédéric Dreyer, directeur de l’Office pour la promotion industrielle du canton de Genève.

Le pays a de fait une vocation exogène à cause de son marché interne trop contraint : « un franc sur deux du PIB suisse est réalisé à l’étranger », décrit Sylvain Jaccard, directeur de Switzerland Global Enterprise. « La Suisse, c’est trois régions, trois langues, trois cultures… Nous avons l’habitude de collaborer avec d’autres pays », ajoute-t-il.

« Chasser en meute » : la bonne stratégie

Pour les petites et moyennes industries, le seul moyen d’être compétitif à l’international est de prospecter en groupe. Depuis 2016, le Syndicat national du décolletage (SNdec) a lancé le projet Nexin autour de quatre groupes marché pour accompagner des sociétés à l’international : automobile, biens d’équipement, aéronautique/aérospatial et défense.

En seulement deux ans, avec le soutien de la région Auvergne- Rhône-Alpes, du pôle Mont-Blanc Industries et de partenaires bancaires, il a fédéré une vingtaine d’entreprises de Haute-Savoie et participé à de nombreux salons pour développer des liens commerciaux. Si Nexin avait été lancé dix ans plus tôt, « il n’aurait pas fonctionné, constate Christophe Cau, en charge de la coordination des groupes : l’individualisme laisse de plus en plus place à des coopérations. Être plus fort en partageant des informations ».

Il souligne un effet de taille lié aux capacités des entreprises à pouvoir se dégager du temps pour prospecter à l’étranger. Les implantations en solo sont davantage le fait d’entreprises de taille importante qui ont les capacités financières, juridiques et humaines pour monter des filiales hors France. Les TPE et les PME naviguent à l’international surtout à travers l’export, où « le produit et le marché visé font la différence entre un succès et un échec.

Ce n’est pas lié à la taille des entreprises », ajoute Christine Godet d’Allizé Plasturgie, syndicat de la filière. L’export est un levier de développement important pour ce territoire : « Il se manifeste souvent via des partenariats et des distributeurs locaux », précise celle qui constate que le chiffre d’affaires généré à l’étranger est en hausse. « Quelques-unes ont des implantations à l’étranger, mais peu », ajoute-t-elle.

Exporter ou s’implanter ?

Le pôle de compétitivité Plastipolis a mis en place des plans d’action avec les industriels pour jouer un rôle sur la scène mondiale, sur les marchés ou pour des coopérations techno logiques. « Aujourd’hui, les PME ont conscience que pour l’international, il faut certes être innovantes mais également au sein d’un écosystème pertinent et crédible », observe Patrick Vuillermoz, directeur du pôle de la plasturgie. S’entourer d’experts, d’appuis dans les pays cibles et prendre son temps, notamment pour les implantations…

« Les PME font bloc pour exister », affirme Frédéric Dreyer, directeur de l’Office pour la promotion industrielle du canton de Genève. Et côté Suisse, dont le pays bénéficie d’une image attractive dans le monde, la marche vers l’international passe le plus souvent par la coopération, du fait d’un tissu industriel composé d’une majorité de PME. « Les entreprises françaises viennent en Suisse chercher notre expertise, ajoute-t-il. Chacun associe ses compétences. »

« Sur les secteurs comme l’industrie, les microtechniques, les machines, c’est plutôt la Suisse qui apporte sa collaboration dans la R&D, confirme Sylvain Jaccard, directeur de Switzerland Global Enterprise (SGE). Il y a des connexions naturelles et historiques via les Alpes et le Jura. »


Dossier réalisé par Sandra Molloy

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